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La décolonisation - Fiche Bac Histoire

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  • Introduction 

     

    Elles sont multiples, complexes et différentes selon les empires coloniaux. Tout de même trois points convergent en 1945. Première cause de la décolonisation : le colonialisme lui-même qui, par ses déséquilibres et ses injustices, a généré des oppositions grandissantes.

     

     

     

    I. Les origines de la colonisation

     

    1. Les deux Grands, EU et URSS, soutiennent la décolonisation

     

    - Les E-U sont viscéralement attachés aux idées d'indépendance et de liberté, le président Roosevelt tout spécialement, qui juge très sévèrement le colonialisme (rappelons-nous déjà de Wilson en 1919 et de ses "14 points"). Les E-U se rappellent qu'ils sont eux aussi une ex-colonies qui a dû batailler pour son indépendance.

     

    De plus, le colonialisme avec son système de l'exclusif, est une entrave au libre-échange que les E-U entendent bien promouvoir en 1945 (le commerce colonial est réservé quasi exclusivement à la métropole). Toutefois, avec la guerre froide et l'arrivée au pouvoir du très pragmatique Harry Truman, les E-U modéreront leurs attaques afin de ne pas trop affaiblir leurs alliés français et anglais.

     


    - L'URSS a des mobiles différents. Dans ses principes, le communisme se veut lui aussi anticolonial car il se dit lutter pour l'émancipation des peuples. Lénine, dans un livre de 1917, "L'impérialisme stade suprême du capitalisme", fustigeait capitalisme, colonialisme et impérialisme.

     

    En fait, l'URSS ne s'intéresse que fort peu aux peuples colonisés et va affirmer son anticolonialisme essentiellement pour affaiblir les puissances rivales
    d'Europe de l'ouest.

     

     

    2. L'ONU : la charte de San Francisco

     

    La naissance officielle de l'ONU en juin 1945 sonne le glas du colonialisme dans ses principes mêmes, d'autant que l'organisation est soutenue par les puissances anticoloniales.


    L‘ONU devient une influente tribune pour les campagnes anti-coloniales. Les peuples colonisés s'y font entendre, attaquent systématiquement les puissances coloniales (ex. des représentants du FLN pendant la guerre d'Algérie), d'autant qu'au fil des décolonisations le nombre de pays du Tiers-Monde augmente sans cesse à l'ONU.

     

     

     

    II. Formes et Modalités des dépendances

     

    1. Les réactions variées des avatars

     

    a. Des méthodes et des principes différents, des réponses coloniales inadaptées

    Face à cette accélération de la décolonisation, les métropoles vont réagir de manières différentes, tantôt en accompagnant les processus, tantôt en s'y opposant, d'où des différences sensibles dans la décolonisation.

     

    La Grande Bretagne

    Plus grande puissance coloniale (voir carte de l'empire britannique), l'Angleterre se montre la plus pragmatique face à la décolonisation de son empire. Des grands pays colonisateurs, c'est elle qui accepte le plus facilement le processus. Contrairement à la France, l'Angleterre n'a jamais voulu intégrer ces territoires. La colonisation fut souvent plus légère :

     

    • préférence pour le système du gouvernement indirect qui laissait en place les cadres traditionnels,
    • pas de réelle colonie de peuplement (des colons annglais installés au Kenya, peu ailleurs),
    • conviction que la défense des intérêts économiques ne passent pas par la colonisation territoriale (c'est le "give and keep" du ministre des affaires étrangères britanniques Bevin : on donne l'indépendance, mais on garde un contrôle économique),
    • volonté d'accompagner le processus de décolonisation pour maintenir des liens avec les colonies : pour la Grande Bretagne, toute colonie est un futur dominion membre du Commonwealth (allégeance à l'égard de la couronne britannique assortie d'une préférence commerciale depuis les accords d'Ottawa en 1932).

     

    C'est dans l'empire britannique que la décolonisation se passe le mieux, exception faite de quelques tragédies (la révolte de la tribu Mau Mau au Kenya en 1952 fut réprimée dans le sang).

     

    La France

    La France rechigne plus que l'Angleterre à se séparer de son empire colonial. Difficile prise de conscience qu'il faut évoluer et dépasser le stade de la colonisation de pillage du début du siècle (la conférence de Brazzaville en 1944 promet une libéralisation tout en excluant l'indépendance : cest un peu du ni oui ni non, mais de toutes façons c'est pour plus tard et selon le bon vouloir de la France).


    La répression de l'insurrection malgache en 1947 illustre bien cette crispation et cette difficulté à évoluer.
    La France est restée figée sur des images et des formules anciennes et ne correspondant pas aux réalités :

     

    • mythe de l'assimilation entretenu par l'armée et les politiques,
    • conviction de l'importance de l'empire dans le redressement français en 1945 (on s'y accroche car c'est tout ce qui reste, mythe de "la plus grande France"). Une idée communément répandue : que deviendrait la France sans son empire ? On retrouve ces raisonnements aux Pays-Bas,
    • fonctionnement centralisé et peu souple (l'administration directe : l'administration française a remplacé les cadres locaux).

     

     

    D'où des situations très variées : décolonisation à l'amiable ou guerres très meurtrières. La France a mis du temps à évoluer, et quand elle a voulu réformer elle l'a fait trop peu outrop tard. La décolonisation a donc été vécue sur un mode beaucoup plus dramatique qu'en Grande Bretagne, comme une perte de substance vitale.

     

    Ailleurs

    Pays Bas et Belgique se sont opposés aux indépendances, mais le plus réactionnaire et intransigeant fut incontestablement le Portugal. Ces petits pays ont ressenti de manière brutale la perte de leurs empires coloniaux.

     

    b. Le poids des colons


    Le rôle des expatriés et colons fut également très important. Partout où ils ont constitué une force, ils furent un frein à la décolonisation et on bloqué toute évolution. Le meilleur exemple reste l'Algérie avec son million de pieds-noirs. Ils constituent un lobby efficace à Paris où ils parviennent à peser sur les trop fragiles majorités de la 4ème République.

    Ils ont beau jeu face à la valse des ministères et au peu d'intérêts que suscite les colonies (12 ministres des colonies se succèdent sous la 4ème République qui s'intéressent peu à l'empire).
    Le lobbying des colons expliquent aussi les difficultés au Maroc, en Tunisie, ainsi que les décolonisations tardives du Kenya et de la Rhodésie.

    C'est aussi pour cela que l'essentiel de la décolonisation de l'Afrique noire est plus facil, la présence européenne y est beaucoup plus faible.

     

     

    c. Le rôle des opinions publiques

    Ce rôle est plus difficile à déterminer. En France, on éprouve une réelle fierté face à cette empire et face aux réalisations que réalisent le pays là-bas, mais on s'y intéresse peu, on s'y rend peu. Il a fallu dépenser beaucoup en publicité avant 1940 pour attacher les Français à leur empire. Paradoxalement, c'est quand les Français commencent à s'attacher à l'empire, en 1945, qu'il faut songer à se retirer...

    L'opinion évolua vite vers l'indépendance des territoires quand les difficultés se sont aggravées (Algérie, Indochine, campagne du journaliste de Paris-Match Raymond Cartier dénonçant le coût de l'empire sur le mot d'ordre "mieux vaut la Corrèze que le Zambèze"). Dans tous les cas, l'opinion a rarement constitué une force de pression déterminante.

     

     

     

    2. Décolonisations négogicées, mais parfois dramatiques

     

    La décolonisation débute en Asie où la maturité des peuples est plus grande et les mouvements nationalistes plus anciens. Elle s'étend ensuite à l'Afrique.

     

     

    a. En Asie Britannique

     

    Les Britanniques savent se retirer à temps pour éviter les guerres ouvertes. En bien des endroits pourtant, on sent que le colonisateur a été débordé et que l'accession à l'indépendance se fait dans de mauvaises conditions.

    En Inde, une indépendance dramatique qui débouche su la partition du pays

    Volonté d'indépendance ancienne.
    Parti du Congrès de Gandhi et de Nehru (1886).
    Non-violence de Gandhi. "Quit India" en 1942.

     


    Blocage de Churchill qui accepte mal la perspective d'une indépendance des Indes ("Hands off British Empire"), mais accélération du processus en 1945 avec l'arrivée au gouvernment des travaillistes de Clement Atlee.


    Indépendance accordé le 15 août 1947 mais partition du pays entre Hindous et Musulmans (ligue musulmane d'Ali Jinnah) qui ne parviennent pas à s'entendre et échec d'un grand état fédéral multiconfessionnel comme l'aurait souhaité Gandhi (voir carte). Il est d'ailleurs assassiné par un extrémiste hindou qui ne lui pardonne
    pas sa volonté de rapprochement avec les musulmans.


    Formation de 2états : Union Indienne et Pakistan occidental et oriental, qui deviendra le Bangla Desh.
    Union Indienne et Pakistan s'affronte rapidement à propos du Cachemire, revendiqué par les deux pays.

    En Palestine, une décolonisation bâclée (ne pas développer)

    La Palestine n''était qu'un mandat britannique depuis 1919, mais une quasi-colonie de fait.

     

     

    b. En Afrique noire

    La décolonisation de l'Afrique noire se déroule dans d'assez bonnes conditions pour les empires français et anglais.

    L'Afrique noire anglaise

    La décolonisation de l'Afrique débute dans les territoires britanniques de l'ouest où existent depuis les années 1945, le Vietminh dirigé par le communiste Hô Chi Minh proclame l'indépendance du Vietnam.

     

    La France n'entend pas renoncer à sa colonie. On tente tout d'abord de négocier, mais les points de vue sont irréconciliables et les deux camps également déterminés :

     

    • la France veut conserver l'Indochine. On est prêt éventuellement à une autonomie du Vietnam, mais dans le cadre de l'Union française, donc sans réelle souveraineté,
    • le Vietminh veut une indépendance totale et une unification des 3 Ky.

     

     

    Les incidents se multiplient et débouchent sur une guerre à partir de décembre 1946. C'est une guerre de guérilla où s'enlise la France et qui va coûter de plus en plus chère.

     


    Cette guerre de décolonisation est aussi un conflit de guerre froide : dès 1947, le PCF s'y oppose, et, à partir de 1949, la Chine apporte un soutien décisif au Vietminh, tandis que la France reçoit une aide matérielle croissante des E-U qui finiront par équiper presque totalement les Français sur place.

     


    Pourtant, après une résistance héroïque, la France est battue à Dien Bien Phu en mai 1954. La France négocie et les accords de Genève reconnaissent l'indépendance du Laos, du Cambodge et du Vietnam qui est toutefois divisé en deux (17ème parallèle) : au nord la république démocratique du Vietnam, au sud le régime corrompu de Ngo Dinh Diem, bientôt soutenu massivement par les E-U. Le réglement de Genève n'est qu'une trêve...

     

     

    b. Les Indes néerlandaises, une décolonisation violente

     

    Sukarno proclame l'indépendance en 1945. Refus néerlandais et début d'une guerre en Indonésie. Les Pays-Bas doivent pourtant céder face aux pressions internationales et se retirer en 1949.

     

     

    c. La guerre d'Algérie : la plus violente des décolonisations (1954-1962)

    L'Algérie : 1830, des départements, 1 million d'Européens (pieds-noirs)
    Sétif 1945. Répression sauvage.
    Toussaint 1954 : FLN. Mitterand : "l'Algérie, c'est la France".
    Envoi du contingent. Succès militaires français.
    Mais malaise grandissant en métropole (question de la torture, les "porteurs de valises et intellectuels, difficulté de la 4ème République).
    Crise du 13 mai 1958. Retour de Gaulle.
    16 septembre 1959 : début d'un long processus vers l'indépendance.
    Réactions violentes en Algérie des colons et d'une partie de l'armée : OAS, putsch des généraux.
    18 mars 1962 : accords d'Evian.

     

     

    d. Chaos en Afrique portugaise

    L'Empire portugais demeure l'un des derniers bastions du colonialisme blanc dans les années 60 et 70. Il y a un anachronisme de la colonisation portugaise qui s'intensifie dans les années 60 alors que partout ailleurs l'Afrique s'émancipe. En Angola et au Mozambique, le régime du dictateur Salazar au Portugal s'obstine à maintenir les vestiges de l'Empire portugais. Les Africains n'ont aucun droit et quasiment aucun espoir de s'assimiler. C'est une "colonisation du pauvre" : peu d'administration, peu d'écoles, peu de médecins.
    Essor tardif de mouvements nationalistes qui vont mener une guérilla de plus en plus acharnée. Les Africains recherchent des appuis à l'étranger, surtout à l'Est (Chine, URSS) : la décolonisation portugaise contribue ainsi à faire entrer la guerre froide en Afrique.

     


    Le Portugal répond par l'envoi de troupes et l'encouragement au peuplement blanc (100 000 portugais au Mozambique en 1960, 200 000 en 1973). Le Portugal se ruine dans ces luttes.
    Il faut attendre la "révolution des oeillets" au Portugal en 1974 et la chute de la dictature pour que des indépendances bâclées soient accordées en 1974 et 1975.
    Le départ précipité des Portugais laisse ces pays sans organisation, livrés à des mouvements nationalistes opposés qui vont se faire la guerre : ainsi le MPLA et l'UNITA proclament chacun l'indépendance en Angola et se mènent une terrible guerre civile : aujourd'hui, Angola et Mozambique sont parmi les pays les plus pauvres du monde...

     

     

     

    III. Naissance et difficile affirmation du tiers monde

     

    1. Emergence d'un troisième monde

     

    a. Bandoung 1955 : acte de naissance du tiers-monde

    La décolonisation, somme toute assez rapide de deux continents, entraîne la naissance d'un grand nombre de pays nouveaux. Et si les anciens peuples opprimés pouvaient s'entendre face aux 2 blocs et affirmer une voie originale de développement qui leur soit propre ? C'est le rêve que font les grands leaders du tiers-monde au lendemain de la décolonisation, tout particulièrement Nehru, Nasser et Tito qui seront les grands défenseurs du "neutralisme".


    A Bandoung a lieu la 1ère grande conférence des pays nouvellement indépendants. 29 délégations surtout de pays asiatiques mais aussi un peu d'Afrique sous l'égide de Sukarno se réunissent pour :

     

    • condamner partout le colonialisme,
    • réaffirmer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et respecter l'intégrité territoriale et la souveraineté des états, 
    • récuser la politique des blocs en appelant à la coexistence pacifique.

     

    Conférence très médiatisée et pleine d'espoir : une 3ème voie est-elle en train de naître ? En tout cas, on assiste à la "prise de conscience de leur éminente dignité par les peuples de couleur" (L.S.Senghor).

     

     

    b. 1956, Suez semble confirmer le déclin des vieilles métropoles et l'ascension du tiers-monde

    Nasser est à la tête de l'Egypte depuis 1954. Il veut jouer un rôle de leader dans les pays arabes et sortir son pays du sous-développement. Pour cela, Nasser doit augmenter la richesse nationale et surtout accroître les productions agricoles, mais il faut un grand barrage sur le Nil pour irriguer, à Assouan. Or, les Occidentaux refusent de prêter l'argent necessaire à sa construction.


    Nasser nationalise alors le canal de Suez (jusque-là contrôlé par les Français et les Anglais) pour obtenir les capitaux nécessaires à la construction du barrage d'Assouan, recouvrer la souveraineté totale sur son territoire et menacer du même coup Israël.
    La France, l'Angleterre et Israël décident alors de mener une expédition militaire commune contre l'Egypte en octobre 1956. Nasser est vite battu (débarquement franco-anglais en Egypte, attaque éclaire d'Israël : c'est la 2ème guerre Israëlo-arabe).


    C'est alors qu'interviennent les deux Grands : Moscou évoque des représailles nucléaires, les Etats-Unis font chuter le cours de la livre sterling. La France et l'Angleterre doivent se replier.

     

    Bilan d'un conflit complexe et multiple :

    • C'est un conflit nord-sud (pays coloniaux voulant sauvegarder leurs intérêts) mais c'est aussi un conflit est-ouest et une guerre israëlo-arabe.
    • Défaite militaire de l'Egypte contre Israël, mais victoire politique de Nasser qui devient un des leaders du tiers-monde et le grand chef charismatique du monde arabe,
    • Recul de la France et de l'Angleterre qui sont ramenées au rang de puissances moyennes dans un monde dominé par les deux grands.

     

    c. 1961 le non-alignement naît à Belgrade

    A Belgrade en 1961, toujours sous l'influence de Nehru, Nasser et Tito, 25 pays fondent le mouvement des non-alignés. Objectif : être des acteurs à part entière de la vie politique internationale et refus de devenir satellite de l'un ou l'autre bloc.
    Au début des années 60, le monde semble ainsi de moins en moins bipolaire et de plus en plus multipolaire. Les pays du tiers-monde ont remporté des succès, ils sont très peuplés et possèdent beaucoup de richesse. On est en droit de nourrir beaucoup d'espérances.

     

    d. La naissance d'organisation régionale : l'exemple de l'OUA, 1963

    Signe de cette volonté de prendre son destin en main, création d'une organisation africaine internationale dont le but est le règlement pacifique des conflits et problèmes du continent

     

     

     

    2. Des espoirs d'unité, de liberté et de prospérité déçus

     

    Les réalités ne seront pas à la hauteur des espoirs entretenus. Le tiers-monde va se diviser et de nombreux pays vont connaitre des problèmes internes, poltiques et économiques, grandissants.

     

    a. L'impossible unité

    Dès le départ, l'unité du tiers-monde est plus apprente que réelle : ces pays sont très différents, leurs intérêts et les défis qu'ils ont à relever également.


    La guerre du Vietnam provoque une première scission entre les pays qui s'opposent à l'"impérialisme" sous toutes ses formes, mais tout particulièrement américain (et qui de ce fait basculent souvent dans les alliances chinoises ou soviétiques) et ceux qui s'accomodent d'une coopération assez étroite avec les alliances métropoles. Cuba est le chef de file des 1ers, alors qu'une grande partie de l'Amérique latine reste liée aux E-U. En Afrique une grande partie des anciennes AOF et AEF acceptent une coopération étroite avec la France (et finalement une décolonisation que partielle), tandis que la Libye, l'Algérie, l'Egypte ou la Guinée, pour des raisons différentes, récusent toute immixtion. Enfin, en Asie, les pays de l'OTASE passent sous alliance américaine alors que Vietnam, Cambodge et Laos passent sous des régimes d'obédience communiste.

    En 1966, Castro organise une conférence tricontinentale à La Havane et appelle à créer "deux, trois, pluseurs Vietnam". Cuba alimente alors une intense activité révolutionnaire, mais ce romantisme révolutionnaire anti-américain, incarné par des figures célèbres comme Ernesto "Che" Guevara, est regardé avec circonspection par les Soviétiqes et ne donnera pas grand chose.
    Ces difficultés expliquent l'impuissance du mouvement des non-alignés et sa disparition en 1991. Les organisations comme l'OUA ou la Ligue arabe ne réussiront guère mieux. Il est vrai qu'elles sont confrontées à de multiples contradictions :


    • le monde arabe est coïncé entre les aspirations nationalistes et les liens religieux plus unitaire,
    • l'OUA refuse de toucher aux frontières coloniales et ne se dotent pas des moyens minimuym d'intervention.

     

    La guerre idéologique mondiale et les intérêts locaux de chaque pays ont eu raison des beaux rêves d'unité. Ainsi, peu à peu, le tiers-monde se divise. Bientôt, il s'entredéchirera.

     

    b. Les problèmes politiques : la difficile démocratisation

    Les espoirs de démocratie et de liberté sont éphèmères. Nombreux sont les pays du tiers-monde à passer sous le contrôle de pouvoirs personnels autoritaires : régime présidentiel fort en Côte d'Ivoire, régimes révolutionnaires socialistes en Algérie, à Cuba ou au Viet-Nam, dictatures patrimoniales des Mobutu au Zaïre, Suharto en Indonésie ou Marcos aux Philippines... Le système du parti unique prévaut, les oppositions traquées, la vie politique alterne alors entre coups d'état et révolutions. C'est souvent l'armée qui joue le rôle d'arbitre. : en 1985, la moitié des états du tiers-monde sont dirigés par des militaires.

     

    c. Les problèmes économiques : le poids grandissant de la dette

    Un grand nombre d'anciennes colonies connaissent très vite de gros problèmes économiques qui s'aggravent avec la crise de 1973 : impréparation, dépendance vis à vis d'une matière première, effondrement des cours dans les années 80, explosion de la dette, détournement des fonds par des pouvoirs corrompus.... Beaucoup accusent alors les pays riches d'avoir instauré une division internationale du travail avantageuse pour eux. Ils dénoncent l'échange inégal et réclament l'instauration d'un Nouvel Ordre Economique International (Bouhmedienne, conférence d'Alger de 1973).
    Ce constat les conduit à obtenir en 1964 la création d'une 1ère CNUCED (conférence des nations unies pour le développement). Certains accords commerciaux plus avantageux sont signés (accords de Lomé).

     

    d. Un legs colonial ambigu : l'Europe responsable ?

    Dès lors, immanquablement, une question se pose : face à ces difficultés et cet échec, quelle est la responsabilité de l'Europe ? On a tout dit, selon les époques et les sensibiltés politiques : qu'elle n'y était pour rien et que la colonisation avait été un bienfait (il suffisait de voir comme c'était devenu depuis que les Européens n'y étaient plus) puis, dans une mouvance plus tiers-mondiste, que les anciennes métropoles étaient les grands responsables des difficultés des pays du tiers-monde et que c'est sur le dos de ces pauvres Africains que l'occident aurait construit sa richesse. Ces deux points de vue semblent très excessifs et, l'un comme l'autre, erronés. La question est difficile et il convient d'avoir une réponse nuancée.
    Il semble aujourd'hui possible d'avancer les 3 éléments suivants :

     

    Un bilan globalement négatif

    La colonisation a eu des effets positifs réels (modernisation, infrastructures, écoles...), très médiatisés par les métropoles et dont la portée et les bienfaits ont souvent été exagérés. Dans son ensemble, le bilan est en effet négatif pour les peuples colonisés.
    Citons quelques exemples flagrants :
    - la destruction des économies traditionnelles vivrières, introduction de mono-cultures spéculatives, d'où une grande dépendance des colonies vis à vis des métropoles et une économie très déséquilibrée avec une industrialisation très faible et uniquement fondées sur l'exportation de matières premières soumises aux fluctuations des cours mondiaux,
    - la destructuration des pouvoirs traditionnels et les replis identitaires (musulmans souvent) et la mise à mal des cultures traditionnelles,
    - le placage d'intitutions à l'européenne sur des populations pour lesquelles un tel système n'était visiblement pas fait et qui dégénèreront,
    - le découpage "à la hache" des frontières en fonction du seul intérêt des colonisateurs et conduisant à des aberrations géographiques et humaines (l'ex. de la Gambie, entre autre, est frappant d'absurdité..., celui des Touaregs aussi),
    - l'accaparemment des meilleures terres qui, lié à la chute de la mortalité et la poussée démographique, a alimenté une urbanisation et un chômage galopant que le colonisateur s'est bien gardé de traiter,
    - l'utilisation et l'exacerbation de certaines rivalités anciennes entre tribus selon le bon vieil adage "diviser pour mieux régner", qui a laissé des situations explosives (comment ne pas penser au Rwanda ?),
    - le legs d'une pratique permanente de l'autoritarisme, qui pèsera ensuite sur les pratiques institutionnelles,
    - enfin, beaucoup de décolonisations bâclées où les colonisateurs n'ont pas créé les conditions d'une indépendance réussie (exemples multiples : Congo, empire portugais...).

     

    Les colonisateurs ne sont cependant pas responsables de tout

    Toutefois, si les colonisateurs ont été à l'origine de lourdes erreurs, on ne peut les accuser d'être seuls responsables des multiples conflits entre peuples qui existaient parfois déjà avant (rappelons-nous qu'aux XVIIème et XVIIIème siècles, ce sont des Africains qui fournissaient souvent les négriers nantais) et qui masquent souvent des luttes de pouvoir. Par ailleurs, si les colonisateurs ont dangereusement regroupés et découpés certaines ethnies, on ne peut leur faire porter seuls la totale responsabilité des luttes actuelles.

     

    Finalement, la colonisation fut une mauvaise affaire pour presque tout le monde

    D'un point de vue économique enfin, la colonisation a été une mauvaise affaire pour tout le monde. Contrairement à ce que l'on entend encore trop souvent, la richesse de l'occident est bien loin d'être le fait de la colonisation (que l'on m'explique alors la puissance des trois premiers mondiaux actuels, qui n'ont pas ou très peu été des puissances coloniales : E-U, Allemagne, Japon ??!). La colonisation a plutôt été une source de retard et de non-adaptation aux nouveautés pour les métropoles car les marchés coloniaux protégés ne portaient pas à l'innovation (c'est flagrant pour l'industrie du textile en France par exemple). Quant aux pays colonisés, la colonisation, notamment en Afrique s'est révélée être aussi une mauvaise affaire (voir ci-dessus), mais elle ne peut être la cause unique des problèmes de ces pays : comment expliquer alors que de nombreux pays (notamment en Asie) aient si bien réussi ?

     

     

     

    3. Actuellement, plusieurs tiers-monde en proie à de multiples tensions

     

    a. Un tiers-monde en miette

    Le tiers-monde n'existe plus. Il a éclaté et ses pays ont connu des évolutions si divergentes que l'on ne peut plus les associer.
    Distinguons :
    - les NPI : l'Asie orientale qui a le mieux réussi
    - les pays pétroliers à l'origine d'une OPEP qui ont connu un énorme afflux de dollars après 1973, mais qui ont vu leurs recette baisser et qui sont face à une poussée de l'islamisme actuellement
    - les PMA : l'Afrique noire qui connaît de graves difficultés.

     

    b. Violences postcoloniales et spectaculaires réconciliations


    Un tiers-monde qui s'entre-déchire

    - l'ethnicisme fait des ravages : l'Afrique est gangrénée par les luttes intestines. Peu de pays africains échappent à ce fléau. Au Nigéria, en 1967, des luttes de pouvoir entre ethnies au sein de cet état fédéral

    débouchent sur le massacre de l'une d'elle (les Ibos, qui avaient fait sécession en proclamant la république du Biafra). Autre exemple, le Rwanda où cohabitent Tutsis minoritaires et Hutus majoritaires au profit desquels l'indépendance est proclamée. Les affrontements violents sont réguliers, le pire en 1994 débouchant sur 0,5 à 1 million de mort. L'Asie n'échappe pas à ces problèmes ethniques (ex. au Myanmar ou à Sri Lanka).
    - l'intégrisme musulman menace certains pouvoirs et débouche aussi sur des massacres. Pouvoirs plus ou moins ébranlés au Maghreb (Algérie), guerres civiles en Asie centrale, massacres au Soudan...
    - des guerres terribles sont conduites par des dirigeants ambitieux et débouchent sur des carnages (la guerre Iran-Irak : sunnites contre chiites sur fond de rivalités territoriales).

    Mais aussi de réels signes d'espoir

    - la miraculeuse fin de l'apartheid en Afrique du sud. L'Union sud-africaine est un dominion depuis 1909. La minorité afrikaner y a instauré peu à peu un régime d'apartheid sur fond de racisme virulent, attisant les violences, injustices et rancœurs. De nombreux noirs sont cantonnés sur des terres arides (développement séparés de bantoustans homelands). Les massacres se multiplient à partir des années 60 et une ANC milite pour la fin de l'apartheid. En 1976, les émeutes de Soweto sont dramatiques. La situation évolue pourtant très vite dans les années 90. Isolée, l'Afrique du sud évolue et l'apartheid est supprimée en 1991, Mandela libéré, devient président en 1994, sans guerres civiles. Son action personnelle fut décisive.
    - les espoirs au Proche-Orient, réels depuis 1978. Les accords d'Oslo en 1993 ont permis de croire un temps à une incroyable coexistence entre Palestiniens et Israéliens. La dégradation brutale des relations entre les deux peuples en octobre 2000 permet aujourd'hui d'en douter.



    c. Un tiers-monde toujours sous influence ? Un néocolonialisme toujours d'actualité ?

    Les cartes apparaissent de plus en plus troublé. Les anciennes métropoles ont conservé des liens plus ou moins étroits avec leurs anciennes colonies, ce qui leur a valu parfois l'accusation de néocolonialiste. Le tiers-monde serait-il toujours un enjeu ?

     

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