La question de l'homme dans les genres de l'argumentation : Convaincre et persuader - Français - Première ES

La question de l'homme dans les genres de l'argumentation : Convaincre et persuader - Français - Première ES

digiSchool vous propose un document sur le thème de Français Première ES : Convaincre et persuader dans le chapitre "La question de l'homme dans les genres de l'argumentation du 16ème siècle à nos jours".

Vous verrez dans ce cours la différence entre convaincre et persuader en littérature. Vous retrouverez également une partie sur les différents types de raisonnements.

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La question de l'homme dans les genres de l'argumentation  : Convaincre et persuader - Français - Première ES

Le contenu du document

 

INTRODUCTION

 

Argumenter, c’est chercher à prouver à quelqu’un que l’on a raison ou qu’il a tort. On peut le convaincre ou le persuader.

 

CONVAINCRE

 

Définition : Amener quelqu’un par des moyens rationnels à admettre la vérité d’une proposition. Il s’agit donc de démontrer. 

→ domaine de la connaissance scientifique

→ lexique de la vérité (utilisation de l’indicatif à valeur de certitude), de la science, de la preuve

 

On sait que le soleil se lèvera car la Terre tourne autour du soleil.

 

Une argumentation qui cherche à convaincre s’adresse à la raison : J’accuse, Zola. Dans cette lettre ouverte, Zola reprend les éléments de preuves matérielles qui accusent Dreyfus, capitaine de l’armée française condamné à tort pour haute trahison. La structure logique et démonstrative de la lettre en fait une démonstration rigoureuse de l’innocence de Dreyfus.

● Le plus souvent, une démonstration prend une forme impersonnelle.

 

PERSUADER

 

Définition : conduire quelqu’un à croire quelque chose. Il s’agit donc d’argumenter.

 

→ domaine de la croyance, donc de ce qui n’est pas certain

→ lexique affectif, de l’espoir, du mystère

 

On croit que Dieu existe.

 

Une argumentation qui cherche à persuader s’adresse au cœur : Souvenir de la nuit du 04, Hugo. Dans ce poème, Hugo décrit une scène où un enfant a été tué par des soldats lors de manifestations contre Napoléon III. Usant du registre pathétique, il frappe l’imagination de son lecteur par des descriptions qui touchent sa sensibilité, et dénonce la violence d’Etat orchestrée par Napoléon.

● Le plus souvent, l’argumentation est plus personnelle.

 

UN PEU DE VOCABULAIRE

 

Une thèse

Opinion admise par un groupe de personnes sur un sujet donné. Une thèse fait généralement un consensus pour au moins certains. Elle n’est cependant pas universelle. On distinguera la thèse explicite (clairement formulée) de la thèse implicite (que le récepteur du texte doit comprendre par lui-même).

Une opinion 

C’est une vision personnelle sur un sujet. Lorsqu’on donne cette opinion et qu’on la défend, on entre dans une argumentation.

Un argument 

Raisonnement destiné à soutenir une thèse. Dans un raisonnement, ils sont classés par ordre d’importance, du moins fort au plus fort.

 

CONVAINCRE

 

Convaincre, c’est établir une démonstration qui s’appuie sur une rigueur scientifique : pour convaincre son interlocuteur, on lui apportera des preuves indiscutables et de bonne foi que ce que l’on avance est vrai. Ce raisonnement sera donc vérifiable, clair et concis.

Dans ce cas-là, on parlera d’un énonciateur peu impliqué. Par exemple, un raisonnement mathématique s’organisant autour des connecteurs « si… et si…. Alors » suppose une construction logique rigoureuse dont la conclusion est indiscutable.

 

——

En Espagne, au XVI° siècle, dans un couvent de Valladolid, un étrange procès va avoir lieu. Ce procès historique a pour but de savoir si les Indiens d’Amérique ont ou non une âme. L’enjeu est de taille car s’ils en ont une, ils ne peuvent devenir les esclaves des Espagnols. Deux prêtres vont s’affronter sur la question : Sépulvéda, un raisonneur froid et calculateur qui soutient que les Indiens n’ont pas d’âme et Las Casas, homme de passion, ami des habitants du Nouveau Monde. Dans cet extrait, Sépulvéda cherche à démontrer que les Indiens doivent être évangélisés par tous les moyens, y compris, s’il le faut, la violence.


SEPULVEDA : Je pose d’abord la question générale. N’est-il pas établi, n’est-il pas certain que tous les peuples de la terre, sans exception, ont été créés pour être chrétien un jour ? [THESE]


LEGAT : Oui, cette vérité est établie.


SEPULVEDA : Et que nous devons tout faire pour les mener à la vraie foi ? [ARGUMENT 1]


LEGAT : Cela ne peut pas se discuter. 


SEPULVEDA : Tous les êtres humains [ARGUMENT 2] sont prédestinés à être chrétiens un jour. Même les ignorants, même les barbares. Ils font tous partie du corps mystique du Christ, car la religion chrétienne est une voie universelle. Elle est le plus haut bienfait qu’on puisse apporter à chacun des peuples, puisqu’elle assure le salut éternel. N’est-ce pas vrai ?


LEGAT : C’est véritablement vrai. (…)


SEPULVEDA : Tous les peuples de la terre sont donc destinés à être chrétiens. [CONCLUSION] A être touchés par la parole du Christ. 


Jean-Claude CarrièreLa Controverse de Valladolid, 1999, GF Flammarion.

——

 

ANALYSE

 Au cours de son argumentaire, Sépulvéda procède en quatre moments :

Premier moment : rappel de la thèse

Second moment : l’argument 1 affirme qu’il existe une « vraie foi », donc, sous-entend qu’il en existe de fausses ; la seule vraie foi est la foi chrétienne et donc les autres sont mauvaises ; partant de là, le devoir d’un chrétien est de transmettre la vérité à « tous les êtres humains ».

Troisième moment : l’argument 2 selon lequel il existe une prédestination de chaque humain à devenir chrétien tire la conclusion que sans foi chrétienne, les hommes iront directement en enfer.

Quatrième moment : pour sauver les hommes de la terre entière, il faut devenir chrétien.

Dans cette démonstration, on remarque une structure mathématique. Ce qui compte ici, ce n’est pas la vérité des axiomes mais la manière dont ils sont articulés les uns aux autres. Cette démonstration se veut mathématique.

Un raisonnement mathématique peut aussi s’appuyer sur des structures telles que le syllogisme, qui est un raisonnement en trois parties :

Une majeure : je pense.

Une mineure : celui qui pense est.

Une conséquence : je pense donc je suis.

Enfin, lorsque l’on cherche à convaincre, on utilisera aussi l’argument d’autorité qui consiste à se référer à une autorité incontestable (un scientifique, un homme célèbre dont la parole est indiscutable) : « Philippe Lejeune explique que l’autobiographie est un récit rétrospectif en prose qu’un individu fait de sa propre existence ». Lejeune est une autorité intellectuelle dans le domaine du genre de l’autobiographie.

 

PERSUADER

 

PERSUADER SOUS-ENTEND DE S’ADRESSER AU CŒUR 

En le persuadant, on cherche à toucher la sensibilité de son interlocuteur. Dans ce cas-là, l’énonciateur est très impliqué dans son discours.

 

——

Dans cet extrait, Las Casas essaie de toucher le cœur de son auditoire et de l’émouvoir par l’exposé des horreurs commises par les Espagnols, horreurs qui le révoltent lui-même.

 

« LAS CASAS :  - Dès le début, on les [les Indiens d’Amérique] a jetés en masse dans des mines d’or et d’argent, et là, ils meurent par milliers. Une effroyable puanteur se dégage de ces mines, qui sont pires que l’enfer, noires et humides. Les puits sont survolés par des troupes d’oiseaux charognards. (…) Quelquefois on les embroche par groupes de treize. (…) Pourquoi ? Pour honorer le Christ et les douze apôtres ! Oui, je vous dis la vérité. Le Seigneur a été « honoré » par toutes les horreurs humaines. Tout a été imaginé ! Quelquefois, on saisit les enfants par les pieds et on leur fracasse le crâne contre les roches ! Ou bien on les met sur le gril, on les noie, on les jette à des chiens affamés qui les dévorent comme des porcs ! On fait des paris à qui ouvrira le ventre d’une femme d’un seul coup de couteau ! »


Ibid.

——

 

ANALYSE

La multiplicité des points d’exclamation souligne la révolte ressentie par Las Casas.

Les hyperboles : « ils meurent par milliers ; effroyable puanteur » dont le but est de souligner la très grande quantité d’hommes tués et donner à la description qui est faite l’aspect d’une boucherie insupportable. 

Une référence religieuse : « pires que l’enfer », image forte au 16ème siècle en ce sens que l’enfer renvoie à une croyance partagée par le plus grand nombre.

Un catalogue détaillé des horreurs subies par les Indiens : les femmes et les enfants.

La référence forte au Christ et aux douze apôtres dont le nombre est détourné pour devenir un jeu macabre et révoltant.

Ce dialogue théâtral permet à Las Casas de frapper l’imagination de son auditoire par des images fortes, un rythme soutenu par une ponctuation exaltée et par des références partagées par le plus grand nombre. De la sorte, il s’adresse au cœur et persuade son auditoire de la nature juste de son combat.

N.B : Effet oratoire particulièrement efficace, la question rhétorique formule une interrogation dont la réponse est évidente ; elle permet à l’énonciateur de toucher du doigt des éléments présentés comme évidents : « LAS CASAS : Et nous ? [Les européens] N’étions-nous pas naïfs et ignorants ? N’allions-nous pas chercher des sirènes et des amazones ? Des hommes avec la tête dans la poitrine ? Des pygmées se drapant dans les plis de leurs oreilles ? », Ibid. 

Dans cet extrait, Las Casas souligne un point commun entre les Indiens et les européens qui ont connu une époque aussi primitive les uns que les autres durant laquelle les superstitions guidaient leurs vies.

 

PERSUADER SOUS-ENTEND L’USAGE DE LA RUSE 

La persuasion est un art maîtrisé par les rhétoriciens. Au V° siècle av J-C, les sophistes étaient des philosophes qui, autour de Protagoras, affirmaient pouvoir défendre une thèse et le lendemain son contraire. C’est la rhétorique aussi décrite comme la « bene dicendi scientia », la science qui permet de bien dire les choses ». Dans les Fables, Jean de La Fontaine use de la personnification pour dénoncer et critiquer les travers de la société du XVII° siècle. La personnification lui permet de faire passer son message sans risquer les foudres de la censure.

 

——

Dans les animaux malades de la peste, Jean de La Fontaine, fabuliste français du XVII° siècle, met en scène des animaux soumis au fléau de la peste. Le Roi affirme que cette maladie est une punition divine et que seule une confession de leurs péchés et la punition du pire pécheur d’entre eux pourra les sauver. Il avoue donc avoir mangé « force moutons » et parfois « le berger ». Un renard flatteur va prendre la parole :


    1    « - Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

           Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

           Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,

           Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur

     5    En les croquant beaucoup d'honneur.

           Et quant au Berger l'on peut dire

           Qu'il était digne de tous maux,

           Etant de ces gens-là qui sur les animaux

           Se font un chimérique empire. »

Jean de La FontaineFables, VII, 1678.

——

 

ANALYSE

La répétition de l’adverbe « trop » souligne l’excès de moralité du lion et prend le contrepied de l’opinion du lecteur en ce sens que le roi a avoué des crimes gravissimes. Pourtant, le renard, flattant l’égo du lion, affirme par cette reprise que la bonté et la délicatesse du roi le placent au-delà du châtiment. 

Par ailleurs, la question rhétorique des vers 3 et 4 comportant une accumulation « moutons, canaille, sotte espèce » place les victimes du roi dans un anonymat qui dédouane le criminel de ses responsabilités, anonymat renforcé par l’asyndète visant à faire de cette énumération un catalogue froid, rendant le crime « acceptable ». Le roi a dévoré des inconnus. Faut-il s’en émouvoir ?

Bien plus, le renard va énoncer une contre vérité, usant d’un argument par l’absurde : « vous leur fîtes Seigneur, en les croquant beaucoup d’honneur » ; cette inversion des valeurs habituelles conduit le flatteur à affirmer que le roi n’a fait que rendre justice et donc son travail en dévorant les bergers qu’il a punis de leur attitude envers les animaux que le renard appelle « un chimérique empire ». Dans cette tirade argumentative, le renard convainc son auditoire en flattant. Son argumentaire ne démontre pas mais persuade le lecteur.

 

LES DIFFERENTS TYPES DE RAISONNEMENTS

 

Pour soutenir une thèse, il conviendra de l’identifier clairement en l’énonçant puis de l’étayer à l’aide d’arguments (idées générales) soutenus et nourris par des exemples. C’est ce que l’on appelle un raisonnement. On trouve différents types de raisonnements :

Le raisonnement inductif qui part d’une idée particulière pour arriver à une conclusion générale. C’est un raisonnement faible et à éviter en ce sens qu’il fait comme si tout cas particulier pouvait devenir une loi générale. Il est donc par essence discutable.

Le raisonnement déductif part d’une hypothèse ou d’une idée générale et descend vers le particulier pour en tirer des propositions. Ce type de raisonnement est plus efficace dans la mesure où il s’appuie sur du général.

Le raisonnement par analogie qui met en regard deux situations, deux idées, deux thèses comparables, pour aboutir à une conclusion.

Le raisonnement par l’absurde réfute une thèse en la développant jusqu’à son extrême limite afin d’en montrer la caducité.

Le raisonnement critique consiste à contester une opinion ou une thèse adverse. Il peut s’appuyer sur l’ironie, l’antiphrase.

Le raisonnement dialectique qui consiste à peser les arguments favorables ou défavorables d’une thèse ; c’est l’un des raisonnements les plus usités en dissertation littéraire ou philosophique.

Le raisonnement concessif consiste à admettre une partie de l’argumentation adverse pour lieux la retourner à son avantage.

 

LES MODALISATEURS DE JUGEMENT

 

Pour rendre son argumentation plus convaincante, on utilisera des modalisateurs de jugement :

Le mode conditionnel : permet de nuancer l’expression de son opinion.

Des adverbes, des verbes ou expressions : il semble que ; peut-être ; nous pouvons supposer que ; nous pouvons nous demander si ; il est évident, il est clair que…

Fin de l'extrait

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