Sujet Français - Bac ES Liban 2016

Sujet Français - Bac ES Liban 2016

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L'objet d'étude de cette année est "Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIe siècle à nos jours". Le corpus est composé de 4 textes : Bérénice, Acte IV, scène 5, de Jean Racine, Le Jeu de l'Amour et du Hasard, Acte III, scène 8, de Marivaux, On ne badine pas avec l'amour, Acte II, scène 5 d'Alfred de Musset et Cyrano de Bergerac, Acte III, scène 5, d'Edmond Rostand. Les élèves de Première ES ont dû répondre à la question "Quels obstacles aux sentiments amoureux ou à leur expression apparaissent dans ces dialogues ?", puis ont eu le choix parmi 3 travaux d'écriture : le commentaire de texte d'Alfred de Musset, une dissertation sur "Comment le théâtre représente-t-il la complexité des relations amoureuses ?" et une écriture d'invention autour de l'extrait de la pièce de Jean Racine.

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Sujet Français - Bac ES Liban 2016

Le contenu du document

 

Objet d’étude :

Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIe siècle à nos jours

Le sujet comprend :

Texte A – Jean Racine, Bérénice, Acte IV, scène 5, 1670.

Texte B – Marivaux, Le Jeu de l’Amour et du Hasard, Acte III, scène 8, 1730. Texte C – Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour, Acte II, scène 5, 1834.

Texte D – Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte III, scène 5, 1897.

 

Texte A – Jean Racine, Bérénice, Acte IV, Scène 5, 1670.

Titus, empereur de Rome, aime la reine de Judée, Bérénice. Mais il renonce à l’épouser car le Sénat s’oppose à cette union. Il annonce sa décision à sa bien- aimée.

BÉRÉNICE

[...]

Eh bien ? il est donc vrai que Titus m’abandonne ?

Il faut nous séparer ; et c’est lui qui l’ordonne !

TITUS

N’accablez point, Madame, un prince malheureux. Il ne faut point ici nous attendrir tous deux.

Un trouble assez cruel m’agite et me dévore,

Sans que des pleurs si chers me déchirent encore. Rappelez bien plutôt ce cœur qui tant de fois

M’a fait de mon devoir reconnaître la voix.

Il en est temps. Forcez votre amour à se taire,

Et d’un œil que la gloire et la raison éclaire Contemplez mon devoir dans toute sa rigueur. Vous-même, contre vous fortifiez mon cœur, Aidez-moi, s’il se peut, à vaincre ma faiblesse,

A retenir des pleurs qui m’échappent sans cesse ;

Ou, si nous ne pouvons commander à nos pleurs, Que la gloire du moins soutienne nos douleurs,

Et que tout l’univers reconnaisse sans peine

Les pleurs d’un empereur et les pleurs d’une reine. Car enfin, ma Princesse, il faut nous séparer.

BÉRÉNICE

Ah ! cruel ! est-il temps de me le déclarer ?

Qu’avez-vous fait ? Hélas ! je me suis crue aimée. Au plaisir de vous voir mon âme accoutumée

Ne vit plus que pour vous. Ignoriez-vous vos lois Quand je vous l’avouai pour la première fois ?

 

Texte B – Marivaux, Le Jeu de l’Amour et du Hasard, Acte III, Scène 8, 1730.

Deux jeunes aristocrates, Silvia et Dorante, sont promis l’un à l’autre sans se connaître. Ils ont l’idée d’un même stratagème pour découvrir et observer l’autre au- delà des positions sociales : ils se déguisent. Silvia prend l’apparence de sa femme de chambre, Lisette, et Dorante porte la tenue de son valet. Les deux personnages tombent amoureux. Dans cette scène, Silvia a découvert la véritable identité de Dorante qui ignore encore qu’elle n’est pas une servante.

DORANTE

Répondez donc, je ne demande pas mieux que de me tromper. Mais que dis-je ?

Mario1 vous aime.

SILVIA

Cela est vrai.

DORANTE

Vous êtes sensible à son amour ; je l’ai vu par l’extrême envie que vous aviez tantôt que je m’en allasse ; ainsi vous ne sauriez m’aimer.

SILVIA.

Je suis sensible à son amour ! qui est-ce qui vous l’a dit ? Je ne saurais vous aimer ! qu’en savez-vous ? Vous décidez bien vite.

DORANTE

Eh bien, Lisette, par tout ce que vous avez de plus cher au monde, instruisez-moi de ce qui en est, je vous en conjure.

SILVIA

Instruire un homme qui part !

DORANTE

Je ne partirai point

SILVIA

Laissez-moi. Tenez, si vous m’aimez, ne m’interrogez point. Vous ne craignez que mon indifférence et vous êtes trop heureux que je me taise. Que vous importent mes sentiments ?

DORANTE

De ce qu’ils m’importent, Lisette ? peux-tu douter encore que je ne t’adore ?

SILVIA

Non, et vous me le répétez si souvent que je vous crois ; mais pourquoi m’en persuadez-vous ? que voulez-vous que je fasse de cette pensée-là, monsieur ? Je vais vous parler à cœur ouvert. Vous m’aimez ; mais votre amour n’est pas une chose bien sérieuse pour vous. Que de ressources n’avez-vous pas pour vous en

défaire ! La distance qu’il y a de vous à moi, mille objets2 que vous allez trouver sur votre chemin, l’envie qu’on aura de vous rendre sensible, les amusements d’un homme de votre condition, tout va vous ôter cet amour dont vous m’entretenez impitoyablement. Vous en rirez peut-être au sortir d’ici, et vous aurez raison. Mais moi, monsieur, si je m’en ressouviens, comme j’en ai peur, s’il m’a frappée, quel secours aurai-je contre l’impression qu’il m’aura faite ? Qui est-ce qui me dédommagera de votre perte ? Qui voulez-vous que mon cœur mette à votre place ? Savez-vous bien que, si je vous aimais, tout ce qu’il y a de plus grand dans le monde ne me toucherait plus ? Jugez donc de l’état où je resterais. Ayez la générosité de me cacher votre amour. Moi qui vous parle, je me ferais un

scrupule de vous dire que je vous aime, dans les dispositions où vous êtes. L’aveu de mes sentiments pourrait exposer3 votre raison, et vous voyez bien aussi que je vous les cache.

DORANTE

Ah ! ma chère Lisette, que viens-je d’entendre ? tes paroles ont un feu qui me pénètre. Je t’adore, je te respecte. Il n’est ni rang, ni naissance, ni fortune qui ne

disparaisse devant une âme comme la tienne. J’aurais honte que mon orgueil tînt encore contre toi, et mon cœur et ma main t’appartiennent.

1 Mario est le frère de Silvia. Il se fait passer pour un amoureux de Silvia pour rendre Dorante jaloux. 

2 Objet : objet d’attachement, personne aimable.

3 Exposer : mettre en danger.

 

Texte C – Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour, Acte II, Scène 5, 1834.

Perdican doit se marier avec sa cousine Camille. Les deux jeunes gens se retrouvent après une séparation de plusieurs années : Camille a été éduquée dans un couvent, tandis que Perdican poursuivait ses études. Camille se montre distante et refuse de se souvenir de leur enfance. Perdican est déçu de l’attitude de la jeune fille. Dans cet extrait, ils confrontent leurs conceptions de l’amour.

CAMILLE

Je veux aimer, mais je ne veux pas souffrir ; je veux aimer d’un amour éternel, et

faire des serments qui ne se violent pas. Voilà mon amant. (Elle montre son crucifix.)

PERDICAN

Cet amant-là n’exclut pas les autres.

CAMILLE

Pour moi, du moins, il les exclura. Ne souriez pas, Perdican ! Il y a dix ans que je ne vous ai vu, et je pars demain. Dans dix autres années, si nous nous revoyons, nous en reparlerons. J’ai voulu ne pas rester dans votre souvenir comme une froide statue, car l’insensibilité mène au point où j’en suis. Écoutez-moi, retournez à la vie, et tant que vous serez heureux, tant que vous aimerez comme on peut aimer sur la terre, oubliez votre sœur Camille ; mais s’il vous arrive jamais d’être oublié ou d’oublier vous-même, si l’ange de l’espérance vous abandonne, lorsque vous

serez seul avec le vide dans le cœur, pensez à moi qui prierai pour vous.

PERDICAN

Tu es une orgueilleuse ; prends garde à toi.

CAMILLE Pourquoi ?

PERDICAN

Tu as dix-huit ans, et tu ne crois pas à l’amour ?

CAMILLE

Y croyez-vous, vous qui parlez ? vous voilà courbé près de moi avec des genoux

qui se sont usés sur les tapis de vos maîtresses, et vous n’en savez plus le nom. Vous avez pleuré des larmes de joie et des larmes de désespoir ; mais vous saviez que l’eau des sources est plus constante que vos larmes, et qu’elle serait toujours là pour laver vos paupières gonflées. Vous faites votre métier de jeune homme, et vous souriez quand on vous parle de femmes désolées ; vous ne croyez pas qu’on puisse mourir d’amour, vous qui vivez et qui avez aimé. Qu’est-ce donc que le monde ? Il me semble que vous devez cordialement mépriser les femmes qui vous prennent tel que vous êtes, et qui chassent leur dernier amant pour vous attirer dans leurs bras avec les baisers d’une autre sur les lèvres. Je vous demandais tout à l’heure si vous aviez aimé ; vous m’avez répondu comme un voyageur à qui l’on demanderait s’il a été en Italie ou en Allemagne, et qui dirait : Oui, j’y ai été ; puis qui penserait à aller en Suisse, ou dans le premier pays venu. Est-ce donc une monnaie que votre amour, pour qu’il puisse passer ainsi de mains en mains jusqu’à la mort ? Non, ce n’est pas même une monnaie; car la plus mince pièce d’or vaut mieux que vous, et dans quelques mains qu’elle passe, elle garde son effigie1.

PERDICAN

Que tu es belle, Camille, lorsque tes yeux s’animent !

1 Effigie : représentation du visage d’une personne, portrait sur une pièce de monnaie, une médaille.

 

Texte D – Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte III, Scène 5, 1897.

Christian, un jeune soldat, aime Roxane, une jeune fille amoureuse des beaux discours. Il lui a fait parvenir de très belles lettres écrites par son ami Cyrano. Pour la première fois, ils se rencontrent et Roxane s’attend à une déclaration à la hauteur de ses écrits.

ROXANE [...] voit Christian. C’est vous !...

5

Elle va à lui.

Attendez. Ils sont loin. L’air est doux. Nul passant.

Le soir descend. Asseyons-nous. Parlez. J’écoute.

CHRISTIAN, s’assied près d’elle, sur le banc. Un silence. Je vous aime.

ROXANE, fermant les yeux. Oui, parlez-moi d’amour.

CHRISTIAN.

ROXANE. Brodez, brodez. CHRISTIAN.

Je t’aime.

C’est le thème.

ROXANE. CHRISTIAN.

Je vous...

Brodez !

Je t’aime tant.

ROXANE.

Sans doute. Et puis ?

CHRISTIAN.

Et puis..je serai si content

Si vous m’aimiez ! — Dis-moi, Roxane, que tu m’aimes !

ROXANE, avec une moue.

Vous m’offrez du brouet1 quand j’espérais des crèmes ! Dites un peu comment vous m’aimez ?...

CHRISTIAN.

Mais... beaucoup.

ROXANE.

Oh !... Délabyrinthez2 vos sentiments !

CHRISTIAN, qui s’est rapproché et dévore des yeux la nuque blonde. Ton cou !

Je voudrais l’embrasser !... 

ROXANE.

Christian !

CHRISTIAN.

Je t’aime !

ROXANE, voulant se lever.

Encore !

CHRISTIAN, vivement, la retenant. Non, je ne t’aime pas !

ROXANE, se rasseyant.

C’est heureux.

CHRISTIAN.

Je t’adore !

ROXANE, se levant et s’éloignant. Oh !

CHRISTIAN.

Oui... je deviens sot !

ROXANE.

Et cela me déplaît !

Comme il me déplairait que vous devinssiez laid.

CHRISTIAN. 

Mais...

ROXANE.

Allez rassembler votre éloquence en fuite !

CHRISTIAN. 

Je...

ROXANE.

Vous m’aimez, je sais. Adieu.

Elle va vers la maison.

CHRISTIAN.

Pas tout de suite !

Je vous dirai...

ROXANE, poussant la porte pour rentrer.

Que vous m’adorez... oui, je sais. Non ! non ! Allez-vous-en !

CHRISTIAN.

Mais je...

Elle lui ferme la porte au nez.

 

 

1 Brouet : potage, bouillon.

2;Délabyrinthez : développez.

 

QUESTION

Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) :

Quels obstacles aux sentiments amoureux ou à leur expression apparaissent dans ces dialogues ?

 

TRAVAUX D’ÉCRITURE

Vous traiterez ensuite au choix l’un des trois travaux d’écriture suivants (16 points).

Commentaire :

Vous commenterez le texte C (Musset).

Dissertation :

Comment le théâtre représente-t-il la complexité des relations amoureuses ?

Écriture d’invention :

Titus (texte A) revient sur sa décision et implore le pardon de Bérénice. Écrivez sa tirade en prose ou en vers libres.

Fin de l'extrait

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