L'Historien et les mémoires de la Seconde Guerre Mondiale en France - Histoire Géographie - Terminale ES

L'Historien et les mémoires de la Seconde Guerre Mondiale en France - Histoire Géographie - Terminale ES

digiSchool te propose ce cours d'Histoire géographie niveau Terminale, rédigé par un professeur. Il traite du premier thème, le rapport des sociétés à leur passé, et s'intitule "L'historien et les mémoires de la Seconde Guerre Mondiale en France".

Ce cours d'histoire géographie, composé de 3 grandes parties illustrées avec de nombreux exemples, t'aidera à y voir plus clair dans ton cours et à mieux préparer tes épreuves du bac.

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Cette fiche présente le premier chapitre du thème 1 Le rapport des sociétés à leur passé. Pour traiter ce thème, le professeur pouvait choisir entre l'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France et l'historien et les mémoires de la guerre d'Algérie. L'objectif est de montrer l'évolution des mémoires et du travail des historiens qui étudient la Seconde Guerre mondiale, de la fin du conflit à de nos jours.

 

PRÉREQUIS

Avant d’aborder cette fiche, il faut avoir en tête le déroulé de la Seconde Guerre mondiale et du Régime de Vichy. Pour cela, les élèves de Terminales peuvent se référer à leurs cours de 3e ou de Première. Il faut garder en tête que le Régime de Vichy a collaboré avec l'Allemagne nazie, tandis que d'autres continuent à résister avec le Général de Gaulle. Par ailleurs, l'Allemagne perpétue un génocide auprès des populations juives et tziganes.

 

OBJECTIFS

Après la lecture de cette fiche, il faut avoir en tête que différentes mémoires ont été progressivement mises en évidence : d'abord il s'agit d'une mémoire résistancialiste de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la fin des années 1960. Puis, après la sortie d'ouvrages d'historiens et de films, de nouvelles mémoires sont mises au jour, comme la mémoire juive mais également celle du régime de Vichy. Enfin, à la fin du XXe siècle, les gouvernements développent un devoir de mémoire et mettent en place des politiques mémorielles.

Les notions suivantes sont à maîtriser : crime contre l'humanité, devoir de mémoire, épuration, Justes, lieu de mémoire, lois mémorielles, mythe résistancialiste, négationnisme, politique mémorielle, Shoah.

Les repères suivants sont à maîtriser : 1961 : procès Eichmann, 1964 : transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, 1990 : lois Gayssot, 1995 : Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de Vichy lors de la déportation des Juifs.

Les personnages suivants sont à maîtriser : Charles de Gaulle, Philippe Pétain.

Introduction

La Seconde Guerre mondiale débute en 1939 par l’annexion de la Pologne par l’Allemagne. Après une période surnommée la « drôle de guerre », les combats en France ont lieu en mai-juin 1940. 

Le général de Gaulle prononce un appel le 18 juin 1940 afin de continuer à résister face à l’Allemagne, qui suit le discours du maréchal Pétain, dans lequel il affirme avoir demandé l’armistice aux Allemands. Une fois celui-ci signé le 22 juin 1940, Pétain, devenu chef de l’État français (ou Régime de Vichy) rencontre Hitler le 24 octobre 1940 lors de l’entrevue de Montoire, pendant laquelle la collaboration d’État est discutée. 

La France de Vichy collabore ainsi à la politique nazie en mettant en place des lois antisémites et en organisant des rafles, comme celle du Vel’ d’Hiv les 16 et 17 juillet 1942. La Résistance française, extérieure et intérieure, unifiée dans le CNR par Jean Moulin en 1943, participe à la Libération de la France, après les débarquements anglo-américains. 

La Seconde Guerre mondiale se termine en Europe avec la capitulation allemande le 8 mai 1945. Elle s'achève après les deux bombardements américains sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945, par la capitulation japonaise, signée officiellement le 2 septembre 1945.

Les mémoires de cette guerre ont beaucoup évolué, depuis la fin de la guerre où il s’agissait de faire table rase du passé de la France de Vichy jusqu’à de nos jours, où elles mettent en lumière les responsabilités de l’État dans la collaboration.

Il faut cependant faire attention à différencier histoire et mémoire :

  • Lorsqu’il travaille un événement, l’historien s’appuie sur l’analyse critique de sources et évite toute implication personnelle. L’histoire doit donc être dénuée de toute subjectivité afin d’atteindre une vérité historique la plus exacte possible ;
  • Au contraire, la mémoire s’appuie sur le souvenir et le témoignage d’acteurs qui ont vécu les événements et cherchent à le transmettre aux populations. Selon l’historien Pierre Nora, la mémoire entretient un rapport affectif au vécu.

Cependant, la mémoire peut être une source permettant à l’historien de construire l’histoire.

 

Problématiques :

  • Comment l’historien peut-il expliquer que l’immédiat après-guerre n’ait pas permis l’émergence de toutes les mémoires ?
  • En quoi les historiens ont-ils progressivement mis en évidence les différentes mémoires de la Seconde Guerre mondiale ?

I. UNE MÉMOIRE TOUT D’ABORD PATRIOTE (DE 1945 AUX ANNÉES 1960)

A. Le mythe d’une France majoritairement résistante

Dès la fin de la guerre, le mythe d’une France majoritairement résistante se développe : il s'agit du mythe résistancialiste.

DÉFINITION : Mythe résistancialiste. Terme utilisé par l'historien français Henri Rousso évoquant le mythe selon lequel toute la population française a lutté contre l'occupation en entrant en Résistance.

Il a pour but de panser les blessures en faisant oublier le régime de Vichy et la collaboration de l’État français avec les Allemands. De plus, il s’agit aussi de pouvoir réunifier les Français, divisés et choqués par la défaite française, l’occupation nazie et les politiques du Régime de Vichy, afin de rétablir la puissance du pays et de le reconstruire politiquement et économiquement. Cette mémoire met en évidence les actes de la Résistance française, en occultant en partie le rôle joué par les Alliés dans la Libération du pays. Elle affirme que les Français se sont majoritairement engagés dans la Résistance.

Cette mémoire est soutenue :

  • par De Gaulle, qui a été pendant la guerre le chef de la résistance française, puis l’artisan du retour à la démocratie.

PERSONNAGE : Charles de Gaulle (1890-1970)Charles de Gaulle est le chef des Forces Françaises Libres (Résistance française) lors de la Seconde Guerre mondiale. Il préside le GPRF de 1944 à 1946 puis est élu président de la Cinquième République en 1958. Il reste à cette fonction jusqu'à sa démission, en 1969.

Ainsi, de nombreuses célébrations sont organisées pour glorifier le souvenir de la Résistance. C'est le cas notamment lors du transfert des cendres de Jean Moulin le 19 décembre 1964 au Panthéon. Cet événement est l’occasion de rappeler les actes de la Résistance française. Dans le discours prononcé par André Malraux, ministre de la Culture, la figure de De Gaulle, alors président de la République, est exaltée.

  • par le parti communiste : autoproclamé parti martyr, celui des « 75 000 fusillés » (alors que le nombre total des civils français fusillés par les Allemands est d’environ 30 000 et celui des résistants de l’Intérieur d’environ 20 000), le PC occulte le pacte de non-agression germano-soviétique de 1939 et l’entrée tardive dans la résistance. En effet, il participe au développement du mythe résistancialiste, véhiculant l’image d’une France majoritairement résistante à l’intérieur du territoire. Avec la victoire de l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale, le parti communiste obtient de plus en plus de voix aux élections, en France, devenant ainsi le premier parti politique du pays. De plus, les intellectuels sympathisants, comme Aragon, participent à l’héroïsation du PC.

B. La mémoire pétainiste

Se développe également une mémoire liée au chef du régime de Vichy, le Maréchal Pétain. Ainsi, lors de son procès, en juillet 1945, l’avocat de ce dernier essaie de justifier ses actes pendant le régime de Vichy en affirmant qu’il aurait accepté de collaborer avec l’Allemagne pour préserver l’avenir du pays. Certains Français cherchent à réhabiliter sa mémoire, affirmant l’idée qu’il a joué un double jeu vis-à-vis des Allemands pour protéger les Français. 

Cette thèse est d’ailleurs défendue par l’écrivain Robert Aron (1898-1975) dans Histoire de Vichy, publié en 1954 et ouvrage de référence jusqu’aux années 1970. Il développe la thèse du bouclier et de l'épée, affirmant que le maréchal Pétain et le général de Gaulle ont agi ensemble pendant la Seconde Guerre mondiale : Pétain aurait ainsi préservé et protégé les Français au maximum en collaborant, tandis que De Gaulle continuait les combats pour libérer la France, selon cette thèse (qui a cependant été invalidée ensuite).

PERSONNAGE : Philippe Pétain (1856-1951). Philippe Pétain est surnommé « le vainqueur de Verdun » pour son rôle dans la Première Guerre mondiale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il obtient les pleins pouvoirs en 1940 et dirige le régime de Vichy de manière autoritaire, de 1940 à 1944.

Cependant, ces mémoires mettent de côté un certain nombre de Français, notamment les victimes du génocide. En effet, la responsabilité du régime de Vichy dans la déportation des Juifs n’est pas évoquée et les rescapés ne parviennent pas à témoigner de leur vécu dans les camps. Il n’existe donc pas UNE mémoire de la guerre, d’autant plus que les combattants et les rescapés s’organisent dans des associations afin d’acquérir une reconnaissance officielle.

C. Mémoire et IVe République

L’attitude de la IVe République face à la Seconde Guerre mondiale est de plus paradoxale. En effet, après la phase  d'épuration spontanée puis officielle, certains acteurs jugés coupables sont amnistiés.

DÉFINITION : Épuration. L’épuration a pour objectif d’écarter de la vie politique ou sociale les individus accusés de collaboration. 

Trois lois d’amnistie (annulant les sanctions) sont en effet votées en 1947, 1951 et 1953, libérant de nombreuses personnes de prison. Ces actes provoquent des tensions au sein du régime, qui est marqué par des divisions politiques, renforcées par le contexte de la Guerre Froide, conflit opposant les deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale : l’URSS et les États-Unis. En effet, l’exclusion des communistes de la vie politique en 1947 oblige le gouvernement à s’appuyer sur la droite traditionnelle pour gouverner, donc des hommes politiques qui ont participé au Régime de Vichy.

De plus, elle cherche à minimiser le rôle des Français dans la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale : le film Nuit et Brouillard d’Alain Resnais (1956) est ainsi censuré. Un gendarme français montant la garde dans le camp d’internement pour juifs à Pithiviers est en effet masqué par un trait noir. 

 

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II. LES MÉMOIRES (ANNÉES 1960 - 1980)

A. La fin du mythe d’une France majoritairement résistante

Après l’élan contestataire de Mai 1968 et la démission de De Gaulle en 1969, le mythe d’une France majoritairement résistante s’éteint pour laisser apparaître l’idée selon laquelle peu de gens ont été résistants.

Des historiens travaillent sur cette période afin de mettre au jour la vérité dans le cadre du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Leur démarche passe en effet par un travail critique des sources : celles-ci s’enrichissent au fur et à mesure du temps, avec l’ouverture des archives des belligérants. Après avoir longtemps travaillé sur la guerre et la Résistance, les historiens se penchent à partir des années 1960 sur le régime de Vichy. 

C’est ainsi que l’ouvrage La France de Vichy de Paxton (né en 1932), paru en 1973, est le premier à montrer le rôle de l’État français pendant la Seconde Guerre mondiale

En effet, en étudiant les archives américaines et allemandes, il affirme que le régime de Vichy a eu l’initiative de la politique de la collaboration et de la législation antisémite, notamment du premier statut des Juifs en 1940 ou de la déportation des femmes et des enfants lors des rafles. 

Cet ouvrage a une forte répercussion sur les populations et sur les historiens (les historiens Rousso ou Azéma se revendiquent comme héritiers de Paxton). L’opinion publique s’intéresse alors de plus en plus aux différents acteurs de la guerre.

Par ailleurs, le cinéma cherche aussi, grâce à des images d’archives, à effacer le mythe d’une France uniquement résistante, comme le film Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls (réalisé en 1969 et sorti au cinéma en 1971). Il démontre à travers l’exemple de Clermont-Ferrand de 1940 à 1944 que la Résistance était un phénomène minoritaire et que l’antisémitisme était très répandu en France. 

En effet, le film met l’accent sur des comportements quotidiens à l’égard de l’occupant, ambigus ou de collaboration. 

 

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B. Célébrer la mémoire de la Seconde Guerre mondiale

Afin de perpétuer la politique mémorielle, des lieux de mémoire sont élaborés, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale : ils célèbrent la Résistance française, mais également incarnent le souvenir des combats et des persécutions.

DÉFINITION : Politique mémorielle. La politique mémorielle est l’ensemble des éléments élaborés par le gouvernement pour commémorer le souvenir d’un évènement ou de personnes. Il peut s’agir de mémoriaux, mais également de cérémonies.

 

DÉFINITION : Lieu de mémoire. Un lieu de mémoire est une expression développée par l’historien Pierre Nora qui désigne un lieu, un objet ou un symbole important pour la construction de la mémoire nationale.

Ils perpétuent la mémoire :

  • Des combats militaires, notamment par le biais de cimetières militaires où sont enterrés des soldats morts au combat. Ex : le Mémorial-Cité de l’histoire pour la Paix à Caen qui commémore le débarquement allié en Normandie.
  • Des victimes de la Shoah, par le biais de monuments aux morts ou de musées. Ex : Mémorial de Drancy, qui était un camp d’internement pour les Juifs, ou le Mémorial des enfants juifs exterminés d’Izieu (arrestation d’enfants juifs).
  • Des persécutions des civils. Ex : le Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane qui commémore un massacre de 642 civils par des SS en juin 1944, ou le Monument de la Chapelle-en-Vercors (où des civils avaient été tués).
  • Des actes de la Résistance. Ex : Monument national du Mont Mouchet, lieu dans lequel un important maquis s’était formé pendant la Seconde Guerre mondiale, ou le Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation, installé à Lyon dans le bâtiment de la Gestapo.

C. Le début de la mémoire de la Shoah

Après la Seconde Guerre mondiale, la déportation dans les camps nazis est évoquée pour montrer la violence de la guerre, mais la mémoire ne parle pas d’un génocide juif ou tzigane. 

En effet, la plupart des déportés se réclament de la Résistance : en effet, seuls 3% des déportés juifs sont revenus des camps et il s’agissait souvent la plupart du temps de personnes modestes, contre 60% des autres déportés. 

En 1954 est instituée une Journée nationale de la Déportation (dernier dimanche d’avril). L’univers concentrationnaire est décrit avec le film Nuit et brouillard, d’Alain Resnais (1922-2014) : les images d’archives permettent de montrer au grand jour la déportation et l’extermination des populations dans les camps nazis. 

Sorti en 1956, ce film, commandé par le Réseau du Souvenir (association de déportés résistants) et du Comité d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale, décrit l’expérience concentrationnaire, mais ne met pas en exergue la spécificité du sort des juifs déportés.

La mémoire de la Shoah se développe notamment avec le procès d’Eichmann.

DÉFINITION : Shoah. La Shoah (« catastrophe ») désigne le génocide des juifs perpétré par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Ce procès a lieu à Jérusalem en 1961 et est entièrement filmé. Il est l’occasion pour la première fois d’entendre des témoins. Eichmann (1906-1962) est un dirigeant nazi qui s’était rendu responsable des déportations juives pendant la guerre en tant que responsable de la logistique de la « solution finale » et qui, réfugié en Argentine, avait été enlevé par les services secrets israéliens pour être jugé en Israël. Il est inculpé pour crime contre le peuple juif.

REPÈRE : 1961, le procès d'Eichmann. L’ancien dirigeant nazi Eichmann est jugé lors de son procès en Israël.  

 

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Par ailleurs, les témoignages écrits sont progressivement traduits en français, comme celui de Primo Levi. Paru en Italie en 1947, il n’est traduit en français que 40 ans plus tard. 

III. DE NOUVEAUX ENJEUX MÉMORIELS À LA FIN DU XXe SIÈCLE ET AU XXIe SIÈCLE

A. Le devoir de mémoire

Depuis les années 1980, le devoir de mémoire se centre sur la commémoration du génocide juif.

DÉFINITION : Devoir de mémoire. Le devoir de mémoire désigne l’obligation de se rappeler les souffrances endurées par les victimes.  

Le gouvernement français a choisi de mettre en place une transmission officielle de la mémoire. Pour cela :

  • Il choisit des dates de commémoration : outre le 8 mai comme commémoration de la victoire de 1945, une journée nationale de la Résistance est instituée le 27 mai en 2013.
  • Il adopte des lois mémorielles comme la loi Gayssot en 1990 qui interdit le négationnisme. Cependant, ces lois sont parfois critiquées par les historiens.

DÉFINITION : Loi mémorielle. Une loi mémorielle établit une vérité historique officielle, réprimant également ceux qui les nient ou les falsifient.   

 

DÉFINITION : Le négationnisme. Le négationnisme nie l’existence du génocide juif et l’existence des chambres à gaz. Ils se qualifient eux-mêmes de « révisionnistes ».   

 

REPÈRES : 1990, la loi Gayssot. La loi Gayssot interdit le négationnisme en France.   

  • Il fait enseigner la Shoah à l’école : c’est notamment lors de l’inauguration du Mémorial de Drancy que François Hollande rappelle le rôle de l’Éducation nationale dans la transmission de la mémoire de la Shoah. La mémoire de la Résistance est entretenue par le concours national de la Résistance, par exemple.

Par ailleurs, le président de la République Jacques Chirac reconnaît officiellement pour la première fois, lors d’un discours le 16 juillet 1995, la responsabilité de Vichy lors de la déportation des Juifs.

REPÈRES : 1995, la reconnaissance de la responsabilité de Vichy. Jacques Chirac reconnaît officiellement la responsabilité de Vichy lors de la déportation des Juifs lors d’un discours.

 

DOCUMENT 5 : Extrait du discours de Jacques Chirac en 1995.

« Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 450 policiers et gendarmes français, sous l’autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis.

Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police.

On verra des scènes atroces : les familles déchirées, les mères séparées de leurs enfants, les vieillards — dont certains, anciens combattants de la Grande Guerre, avaient versé leur sang pour la France — jetés sans ménagement dans les bus parisiens et les fourgons de la Préfecture de Police.

On verra, aussi, des policiers fermer les yeux, permettant ainsi quelques évasions. »

B. La reconnaissance officielle de la Shoah

Les dernières décennies du XXe siècle voient l’établissement de grands procès en France, après le vote de la loi introduisant le caractère imprescriptible (c’est-à-dire qui peut être jugé sans limitation de temps) du crime contre l'humanité depuis 1964.

DÉFINITION : Le crime contre l'humanité. Le crime contre l’humanité est un nouveau chef d’accusation défini pendant le procès de Nuremberg (novembre 1945 – octobre 1946) défini ainsi : « l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout autre acte inhumain inspirés des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisés en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile ».

 

  • Le procès Klaus Barbie (1913-1991) à Lyon en 1987 : ancien chef de la Gestapo lyonnaise, il avait été surnommé le « boucher de Lyon » car il avait fait torturer et exécuter de nombreux résistants, comme Jean Moulin. Il a été arrêté après son expulsion de Bolivie en 1983. Son procès a été entièrement filmé, permettant ainsi de l’utiliser en tant que témoignage historique.
  • Le procès de Paul Touvier (1915-1996) en 1994 : ancien fonctionnaire de police, chef de la milice à Lyon pendant la Seconde Guerre mondiale. Il avait été amnistié par Georges Pompidou en 1971. Il est le premier français à avoir été condamné pour crimes contre l’humanité.
  • Le procès Maurice Papon (1910-2007) en 1998 : ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde entre 1942 et 1944, il avait participé à la déportation de juifs. Il avait ensuite continué sa vie politique sans être inquiété (préfet de police de Paris entre 1958 et 1967 puis haut fonctionnaire et ministre du Budget sous Valéry Giscard d’Estaing). Le procès avait été l’occasion pour des historiens, comme Jean-Pierre Azéma, de prendre la parole pour présenter l’histoire du régime de Vichy et son rôle dans la persécution et la déportation des Juifs. Papon est condamné pour complicité de crimes contre l’humanité et condamné à dix ans de réclusion.

Ces derniers ont été jugés coupables d’avoir participé à la déportation de Juifs, ce qui démontre bien officiellement la responsabilité de l’État français. 

Ces procès se sont tenus notamment grâce à l’action du couple Klarsfeld (Serge - né en 1935, avocat et historien français, fils de déporté - et Beate) qui œuvre à la reconnaissance du génocide juif en cherchant à faire juger les coupables, en fondant l'association des Fils et Filles de déportés juifs de France en 1979 et en publiant un Mémorial de la déportation des juifs de France recensant les noms des victimes françaises de la Shoah en 1978.

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De plus, le Mémorial de la Shoah, créé en 2005 sur les lieux du Tombeau du Martyr juif inconnu, inauguré à Paris en 1956, participe au souvenir du génocide : ainsi, un « Mur des Noms » a été élaboré, rappelant les noms des 76 000 Juifs déportés de France vers les camps d’extermination. Ce mémorial accueille de nombreux visiteurs.

Par ailleurs, les Français ayant caché des Juifs sont aussi célébrés, sous le nom de Justes. Ce titre, octroyé par les personnes qui ont contribué à sauver des Juifs, est décerné par l’État d’Israël.

DÉFINITION : Les "Justes". Le titre de Juste est attribué depuis 1953 par le mémorial Yad Vashem de Jérusalem à des non-Juifs qui ont sauvé des Juifs de l’extermination nazie. 3 654 Français l’ont reçu en 2013.

C. Le rôle des témoins

De plus en plus de victimes de la guerre sont sollicitées pour apporter leur témoignage :

  • Dans le but de transmettre un message à des élèves ;
  • Dans le but de participer à la justice, notamment lors des procès d’Eichmann (1961) et de Klaus Barbie (1987) ;
  • Afin de faire évoluer les connaissances historiques.

Claude Lanzmann (1925-2018), après s’être engagé dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, réalise un film intitulé Shoah, diffusé pour la première fois en 1985. Ce documentaire de 9h30, qui traite de l’extermination des juifs d’Europe dans les camps nazis, est composé de témoignages de témoins du génocide (rescapés, contemporains ou assassins) et de prises de vues faites sur les lieux.

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Conclusion

  • Comment l’historien peut-il expliquer que l’immédiat après-guerre n’ait pas permis l’émergence de toutes les mémoires ?
  • En quoi les historiens ont-ils progressivement mis en évidence les différentes mémoires de la Seconde Guerre mondiale ?

L'immédiat après-guerre a fait surgir une mémoire officielle, surnommée résistancialisme, afin de faciliter le retour à la démocratie. Cependant, au début des années 1970, le travail des historiens et des réalisateurs permet de mettre en évidence différentes mémoires, notamment celle liée au régime de Vichy et au génocide juif. Cela aboutit à un devoir de mémoire et au développement de politiques mémorielles. 

Cependant, mis à part la mémoire juive, les autres types de déportation, comme le génocide des Tsiganes, sont peu évoqués dans la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. En effet, l’historien Emmanuel Filhol montre qu’il n’y a pour l’heure presqu’aucune reconnaissance sur le sort des Tsiganes. 

La mémoire tsigane est encore occultée pour plusieurs raisons, notamment parce que les lieux de mémoire concernant ce génocide sont rares en France. C'est pour cela qu'en juillet 2010, les ruines du camp de Montreuil-Bellay dans le Maine-et-Loire ont été classées « monument historique » afin d’en faire un lieu de mémoire.

Le chapitre pour le bac

Il est possible d’avoir à traiter le jour du baccalauréat :

  • Pour toutes les sections, un sujet de composition « l'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale » ;
  • Pour les sections S, une analyse d'un ou de deux documents ; pour les sections L et ES, une étude critique d’un ou de deux documents.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Citer des noms précis d'historiens qui ont travaillé sur la Seconde Guerre mondiale et les titres de leurs ouvrages.

POUR ALLER PLUS LOIN …

À VOIR : Les films documentaires cités dans le cours :

  • RESNAIS, Alain (réalisateur), Nuit et brouillard, 1956
  • OPHÜLS, Marcel (réalisateur), Le Chagrin et la pitié, 1971
  • LANZMANN, Claude (réalisateur), Shoah, 1985

À LIRE : Les ouvrages des historiens :

  • Robert Paxton, La France de Vichy, Le Seuil, 1973
  • Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy, Le Seuil, 1987

 

Fin de l'extrait

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Les avis sur ce document

claire2509
5 5 0
20/20

Le cours est de nouveau complet, merci pour vos commentaires !

par - le 02/02/2017
elooo69
3 5 0
12/20

il manque quelques pages qui apparaissent en résumé ms pas sur le "document à télécharger"... on peut avoir une mise à jour? je recopie vos cours pour réviser, ( je n'ai que ça comme support-candidate libre ndlr-) merci d'être là, vos cours me sont d'une grande utilité!

par - le 28/01/2017
elooo69
3 5 0
12/20

le chapitre 5 est incomplet, je recopie vos cours pour réviser et du coup je n'ai pas l'integralité, je ne suis pas étudiante alors je n'ai pas d'autre supports... merci de réajuster si possible

par - le 23/01/2017
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