Medias et opinion publique

Medias et opinion publique

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Cette fiche présente le deuxième chapitre du thème 2 : « Idéologies et opinions en Europe de la fin du XIXe siècle à nos jours ». L'objectif est de voir le lien entre les différentes crises que la France a connues et le rôle des médias. Le chapitre commence avec l’affaire Dreyfus, c’est-à-dire à la fin du XIXe siècle et permet d’étudier le développement des différents médias et leur rôle.

PRÉREQUIS

Avant d’aborder cette fiche, il faut connaître les grandes lignes de l’histoire de France depuis 1870. Ainsi, à cette date, la France est battue par la Prusse et connaît donc un changement de régime avec la naissance de la Troisième République. Puis, elle doit faire face à la Première Guerre mondiale et à la menace des Ligues, ces organisations antiparlementaires durant l’entre-deux-guerres. 

Après la Seconde Guerre mondiale et la mise en place du Régime de Vichy, la France connaît deux autres Républiques. Le gouvernement est alors contesté, soit par le vote, soit par des manifestations.

OBJECTIFS

Après la lecture de cette fiche, il faut avoir en tête que les médias ont beaucoup évolué de la fin du XIXe siècle à nos jours : alors qu’au début de la période, seuls les journaux existent, de nouveaux médias font peu à peu leur apparition : la radio, puis la télévision et enfin Internet. 

De plus, ces médias jouent un rôle dans les crises que traverse la France : pendant l’Affaire Dreyfus, les antidreyfusards s’opposent aux dreyfusards dans les journaux, tandis que les Ligues invitent à manifester pendant l’entre-deux-guerres. 

Les gouvernements utilisent les médias (journaux, radio) pendant les deux guerres mondiales afin de convaincre les populations. Après la Seconde Guerre mondiale, les médias se développent, mais sont de plus en plus contestés.

            Les notions suivantes sont à maîtriser : média, opinion publique, guerre des ondes.

            Les repères suivants sont à maîtriser : 1881 : loi sur la liberté de la presse ; 1894 : condamnation de Dreyfus ; 1898 : publication de « J’accuse… ! » d’Émile Zola ; 1914 : mise en place de la censure préventive ; 1934 : organisation des émeutes antiparlementaires ; 18 juin 1940 : appel du Général de Gaulle ; 1958 : contrôle des médias par le président de Gaulle ; 1964 : création de l’ORTF ; 1968 : mouvement de révolte étudiante et ouvrière et grève de l’ORTF ; 1974-1975 : fin de l’ORTF ; Années 1990 et 2000 : développement de nouveaux médias.

Introduction

La France connaît, grâce aux différentes lois sur l’école à la fin du XIXe siècle, des progrès dans l’alphabétisation des populations. Ainsi, ces dernières peuvent avoir de plus en plus accès aux médias. Un média est un outil servant à transmettre des informations, visant certaines tranches de la population en fonction de sa nature.

DÉFINITION : Média. Le terme média (de l’expression anglaise mass media qui signifie média de masse) désigne les techniques et les supports permettant de diffuser l’information auprès de l’opinion publique. 

Ainsi, les médias ont influencé l’opinion publique lors des grandes crises qui ont jalonné l’histoire de la France : l’Affaire Dreyfus, la Première Guerre mondiale, l’entre-deux-guerres et le développement des Ligues antiparlementaires. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Résistance tout comme le Régime de Vichy ont utilisé les médias. 

Depuis le retour à la République, la France a connu de nouvelles crises, comme les manifestations de Mai 68 ou l’échec du référendum sur la Constitution européenne de 2005.

DÉFINITION : Opinion publique. L’opinion publique désigne les idées dominantes partagées par la majorité de la population. 

De l’Affaire Dreyfus, qui éclate en 1894 dans les médias, à de nos jours, les médias se sont transformés : d’abord sous forme de journaux, les médias évoluent avec l’arrivée de la radiodiffusion pendant l’entre-deux-guerres, puis de la télévision, après la Seconde Guerre mondiale. À la fin du XXe siècle, l’avènement d’Internet comme outil d’information permet de concurrencer les médias traditionnels.

En quoi les médias ont-ils joué un rôle lors des grandes crises politiques en France depuis l’affaire Dreyfus ?

I. LA DOMINATION DE LA PRESSE DE L’AFFAIRE DREYFUS AU DÉBUT DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

A. L’Affaire Dreyfus

À la fin du XIXe siècle, la presse se développe de manière exponentielle. Ce succès s’explique notamment par les lois de Jules Ferry, qui rendent l’école obligatoire et qui permettent donc le recul de l’analphabétisme. Par ailleurs, la loi du 29 juillet 1881 accorde à la presse une liberté d’expression

Son premier article commence d’ailleurs par « l’imprimerie et la librairie sont libres ». Ainsi, à l’époque, l’opinion publique a de plus en plus accès à la presse, aux médias en général, d’autant plus que le développement de la publicité dans les journaux permet de réduire leurs prix, les rendant ainsi accessibles à une large partie de la population française.

REPÈRE. La loi sur la liberté de la presse est promulguée le 29 juillet 1881.

Après la défaite française dans la guerre franco-prussienne de 1870, la France est marquée par l’Affaire Dreyfus, révélée dans les médias en 1894.

REPÈRE. Dreyfus est arrêté et condamné en 1894.

Dreyfus est un militaire juif, condamné pour avoir transmis des informations à l’armée allemande. Il est dégradé publiquement. L’Affaire Dreyfus est révélée en 1894 dans Le Figaro au moment où le militaire est condamné à la déportation pour espionnage. Malgré le fait que le véritable espion ait été démasqué en 1896 (le commandant Esterhazy), Dreyfus n’est pas réhabilité. 

Cette affaire est relayée dans la presse : un réel positionnement politique divise l’opinion publique, entre dreyfusards et antidreyfusards (généralement antisémites). Ce climat de tension aboutit à la publication d’une lettre ouverte écrite par Émile Zola, intitulée « J’accuse… ! » dans le journal L’Aurore, le 13 janvier 1898.

DOCUMENT 1. Extrait de « J’accuse… ! » d’Émile Zola, publié dans le journal L’Aurore, le 13 janvier 1898

« Mais cette lettre est longue monsieur le Président, et il est temps de conclure. J’accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.

J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l’état-major compromis.

J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus complices du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte inattaquable.

J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une enquête scélérate, j’entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J’accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.

J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans L’Éclair et dans L’Écho de Paris, une campagne abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute. »

REPÈRE. L’article « J’accuse… ! » d’Émile Zola est publié dans L’Aurore le 13 janvier 1898

Dreyfus est finalement réhabilité par la justice en 1906.

B. La Première Guerre mondiale

Le tirage des journaux est augmenté entre la fin du XIXe siècle et le début de la Première Guerre mondiale. Une grande partie des journaux populaires, comme Le Petit Journal (imprimé à un million d’exemplaires avant 1914) sont politiquement neutres, tandis que la presse d’opinion connaît moins de tirage. 

Mais celle-ci est cependant très influente et de nombreux titres différents existent, afin de satisfaire tous les militants : tandis que Le Figaro est un journal de centre-droit, L’Humanité est marqué par les pensées communistes et L’Action Française est le journal de l’extrême droite.

Lors de la Première Guerre mondiale, crise majeure du début du XXe siècle, le gouvernement français utilise les médias pour manipuler l’opinion publique. Comme cette guerre est totale, toutes les tranches de la population sont concernées, aussi bien le front que l’arrière. Ainsi, pour garder le moral à l’arrière, les médias sont utilisés par les dirigeants. 

Ces derniers votent en août 1914 la loi de la censure préventive. Ainsi, toutes les informations qui critiquent le gouvernement ou qui ne prônent pas le patriotisme sont censurées, tandis que les médias assurent une propagande qui permet de maintenir l’effort de guerre au sein de la population.

REPÈRE. Le gouvernement français met en place la censure préventive en août 1914.

Néanmoins cette censure n’est pas approuvée par tous : le journal satirique Le Canard enchaîné, créé en 1915, est le premier à dénoncer le « bourrage de crâne » des autorités. Après la Première Guerre mondiale, la moitié des journaux disparaissent, tandis que la radio commence à se développer.

C. L’entre-deux-guerres

Après la crise économique de 1929, le monde et la France connaissent aussi une crise politique.

C’est dans ce contexte qu’a lieu la crise du 6 février 1934. À la fin de l’année 1933, un scandale bancaire avait éclaté (affaire Stavisky, banquier qui payait les intérêts des placements de ses clients avec l’argent qu’ils lui donnaient). 

Ce scandale est aussi politique, puisque certains élus étaient concernés. Ainsi, certaines organisations antiparlementaires, les Ligues d’extrême-droite, appellent à une manifestation afin de s’emparer de la Chambre des députés. Cependant, cette crise dégénère, faisant une quinzaine de morts et une centaine de blessés.

REPÈRE. Les émeutes antiparlementaires du 6 février 1934 sont organisées grâce aux médias. 

DOCUMENT 2. Extrait de « Comment finissent les démocraties » de Pierre-Jean Martineau, L’Histoire, n°275, Avril 2003. 

« Une minorité violemment hostile au régime parlementaire, recrutée dans les rangs de l’Action française et dans les groupuscules fascistes ou fascisants, comme la Solidarité française, voudrait abattre le régime, dans l’espoir d’une restauration monarchique pour les uns, d’un pouvoir autoritaire à l’exemple de l’Italie de Mussolini pour les autres.

Mais le gros de la troupe manifeste surtout sa colère protestataire, sans remettre en jeu la démocratie républicaine. Les plus politisés, quand ils ont un projet précis, entendent surtout faire échec à Daladier, à la gauche, et faire revenir la droite au pouvoir. […]

La montagne du 6 février accouche d’une souris : le rappel de Gaston Doumergue, à la tête d’un gouvernement d’union nationale, où les radicaux se retrouvent aux côtés de la droite. Mais elle accrédite à gauche la conviction qu’il existe un vrai danger fasciste en France, ce qui contribue à former une nouvelle union de la gauche, le Front populaire, comprenant pour la première fois les communistes ».

Ainsi, la conséquence de cette manifestation est la création du Front populaire en 1934, qui regroupe trois partis politiques : le Parti Socialiste (SFIO), le Parti Communiste et les Radicaux.

Les médias et la presse en particulier ont un rôle déterminant dans cette affaire : outre le fait que les appels à la manifestation sont passés par les journaux, ces derniers participent à une surenchère de cette affaire. 

Ainsi, les journaux d’extrême-droite qualifient le gouvernement d’ « assassins » (ils sont rendus coupables d’avoir tué intentionnellement des manifestants), tandis que ceux de gauche parlent d’un « coup d’État raté ». Par ailleurs, la radio est censurée par le ministre de l’Intérieur. L’impact sur l’opinion publique est tel que le gouvernement Daladier doit démissionner, preuve de la force des médias sur l’opinion publique sous la IIIe République.

Jusqu’en 1939, la presse a cependant tendance à régresser. Les tirages se font de moins en moins nombreux : cela s’explique par l’apparition de la radio et du cinéma, plus attractifs car nouveaux et différents. La radio a l’avantage de pouvoir donner une information immédiate. 

Malgré tout, ces deux médias, contrairement à la presse, subissent un contrôle de l’État : en effet, Daladier crée en 1939 une organisation chargée de contrôler la radio, appelée Radiodiffusion française nationale.

II. LE CONTRÔLE DES MÉDIAS PAR L’ÉTAT DU DÉBUT DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE AU MILIEU DES ANNÉES 1960

A. La Seconde Guerre mondiale, ou la « guerre des ondes »

La Seconde guerre mondiale est une crise majeure du XXe siècle. Elle débute en 1939 suite à l’invasion de la Pologne par Hitler, mais ne commence véritablement en France qu’en 1940. Après la défaite lors de la bataille de France, l’armistice est signé par Pétain le 17 juin 1940.

Les médias ont un rôle dominant durant cette crise : c’est par la radio que Pétain annonce l’armistice. À l’époque, la radio est un média assez nouveau, mais qui s’est vite répandu : en 1940, 60% des foyers en sont équipés. Entendre la voix du gouvernement, en l’occurrence Pétain, à la radio, a donc un impact certain à l’époque pour les populations. 

La radio est également utilisée par la résistance, et notamment par De Gaulle, qui répond au discours radiodiffusé de Pétain le 18 juin 1940. S’opposant à toute forme d’armistice et voulant continuer les combats, il lance l’Appel du 18 juin depuis les studios de la BBC à Londres.

REPÈRE. L’appel du général de Gaulle à poursuivre les combats après l’armistice est effectué par le biais de la radio le 18 juin 1940.

Dès lors, s’engage une véritable guerre des ondes : l’émission diffusée par la BBC (à Londres) « Les Français parlent aux Français » a énormément d’audience (le général de Gaulle s’y exprimait environ une fois par semaine), tandis que le Régime de Vichy, collaborateur, envoie des informations différentes via Radiodiffusion nationale, qui fait un culte de la personnalité du maréchal Pétain, tandis que Radio-Paris transmet des informations contrôlées par la propagande nazie. 

De même, de nombreuses radios clandestines sont créées pour organiser la résistance.

DÉFINITION : Guerre des ondes. La guerre des ondes désigne la guerre psychologique menée par les belligérants pour discréditer l’ennemi et séduire les auditeurs.

En revanche, la presse connaît une baisse d’influence : certains journaux sont interdits, d’autres sont utilisés à des fins de propagande. Cependant, de nombreux journaux clandestins ont tout de même été créés, notamment dans la zone libre, dans le Sud de la France. 

Après la Libération de la France, l’ensemble des titres de la presse est reprise par les résistants, certains sont interdits (car ils ont collaboré avec l’Allemagne), comme L’Auto, tandis que d’autres renaissent (comme L’Humanité ou Le Figaro). 

Cependant, la presse connaît un déclin : alors qu’elle imprimait 6 millions d’exemplaires en 1946, le nombre a presque diminué de moitié en 1952. Par ailleurs, les chaînes de radios sont nationalisées. Celles-ci sont regroupées dans l’organisation Radiodiffusion française (RDF), créée le 23 mars 1945, qui remplace la Radiodiffusion française nationale créée en 1939.

B. La guerre d’Algérie (1954-1962)

Les années 1950-1960 voient le développement de la radio, tandis qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la presse retrouve une certaine liberté et connaît donc une forme de renaissance. 

Cependant, la liberté de la presse n’est que partielle : malgré la création de journaux et radios privés (par exemple Europe 1 en 1955), la censure est très présente. Par ailleurs, la fin de la Seconde Guerre mondiale aboutit à un monopole d’État sur la radiodiffusion française.

Ainsi, pendant la Guerre d’Algérie (1954-1962), les médias sont censurés. Le terme « guerre » n’est pas utilisé à l’époque des combats. La crise du 13 mai 1958 est alors évoquée dans les médias : alors que la IVe République est marquée par une instabilité ministérielle, Pierre Pfimlin est investi en tant que président du Conseil. 

Celui-ci est favorable aux négociations avec le FLN (Front de Libération Nationale, qui désire l’indépendance de l’Algérie et contre lequel l’armée française se bat). Un comité de salut public, regroupant des militaires français, réclame le retour de De Gaulle au pouvoir. Celui-ci se dit « prêt à assumer les pouvoirs de la République ». 

Ainsi, le 28 mai, le président René Coty nomme De Gaulle pour remplacer Pierre Pfimlin en tant que Président du Conseil. Investi par le Parlement, De Gaulle reçoit les pleins pouvoirs pour 6 mois et fait rédiger une nouvelle constitution afin de créer une Ve République à son image, avec un pouvoir exécutif fort. Après la création de la Ve République, les médias officiels sont contrôlés par le Président lui-même.

REPÈRE. En 1958, Charles de Gaulle devient président de la Ve République et contrôle les médias. 

Les médias ont évoqué cette crise liée à la guerre d’Algérie, particulièrement la radio. En effet, à l’époque, les Français possédaient moins de 900 000 postes de télévision alors qu’ils possédaient plus de 10 millions de postes de radio. 

Par ailleurs, tandis que la télévision n’était pas assez mobile et que la presse avait un peu de retard dans le traitement de l’information immédiate du fait de l’impression, la radio bénéficie de l’instantanéité de la diffusion ainsi que de la mobilité avec la création du transistor. 

Les journaux qui paraissent ensuite traitent l’information avec le prisme de leurs opinions politique : alors que Le Parisien, plutôt marqué à droite et gaulliste, se félicite de l’arrivée de De Gaulle au pouvoir et du changement de République, les journaux de gauche qualifient ce même événement de coup d’État.

C. Le développement d’un nouveau média

Dans les années 1960 apparaît un nouveau média, de plus en plus utilisé et très populaire auprès des Français : la télévision. Assez vite, de nombreux foyers s’équipent. Ainsi, le général de Gaulle utilise beaucoup la télévision après son retour au pouvoir, en 1958, d’autant que de plus en plus de ménages français s’équipent d’un poste de télévision : plus de la moitié de la population française possède une télévision en 1962. 

Le journal télévisé est l’une des émissions les plus regardées par les Français. Mais la censure reste très présente : l’ORTF (Office de Radiodiffusion-télévision française) est créée en 1964 et contrôlée par l’État. L’audiovisuel est géré par le ministre de l’information, Alain Peyrefitte.

REPÈRE. L’Office de Radiodiffusion-télévision française est créé en 1964. 

Par ailleurs, les partis d’opposition ne peuvent pas s’y exprimer. Des voix s’élèvent, de plus en plus nombreuses, pour contester ce système. Celles-ci militent pour une indépendance des médias, afin que l’opinion publique soit moins manipulée.

III. LA RÉVOLUTION MÉDIATIQUE DE L’ÉPOQUE CONTEMPORAINE

A.  Les médias comme acteurs de la crise de mai 1968

Le contrôle des médias provoque la colère de l’opinion publique. En effet, le président de la République contrôle tous les médias par le biais de l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française), fondé en 1964. Ainsi, durant les élections présidentielles de 1965, les médias ne relaient pas les idées des opposants politiques de De Gaulle.

Dans ce contexte, des étudiants contestent le pouvoir lors de grandes manifestations en 1968. Celles-ci se déroulent principalement en mai 1968 : les étudiants sont rejoints par les ouvriers en grève, ce qui a des répercussions dans tous les secteurs économiques. 

Tandis que les ouvriers veulent obtenir de meilleures conditions de travail, les revendications des étudiants lors des manifestations de 1968, portent à la fois sur des progrès sociaux mais également sur l’existence de médias libres.

REPÈRE. Des mouvements de révolte étudiante et ouvrière se propagent en mai 1968, revendiquant l’existence de médias libres.

Par ailleurs, les médias eux-mêmes prennent part à la crise : des radios indépendantes sont créées pour faire entendre la voix des opposants politiques, des journalistes de plus en plus nombreux se mettent en grève, … À cette époque, plus de la moitié des Français a accès à un poste de télévision et plus des 2/3 écoutent la radio.

REPÈRE. Une grève à l’ORTF a lieu du 17 mai au 27 juin 1968. 

Cependant, de Gaulle rétablit la situation par le biais des médias : le 24 mai, il fait un discours à la télévision et, lors d’une allocution radiodiffusée le 30 mai, le président annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Cependant, après ces événements, afin de garder une certaines mainmise sur les médias, De Gaulle fait licencier les grévistes de l’ORTF.

B. La libération des médias et leur multiplication

De Gaulle choisit de conserver la censure sur les médias, néanmoins, ses successeurs la suppriment progressivement. Ainsi, en 1974 (pour la radio) et 1975 (pour la télévision), le président Valéry Giscard d’Estaing supprime le contrôle des médias par le président de la République ainsi que l’ORTF. 

Elle est alors remplacée par 7 sociétés différentes : Radio-France, trois chaînes de diffusion (TF1, Antenne 2, FR3), la Société française de production (SFP), Télédiffusion de France (TDF) et l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Par ailleurs, François Mitterrand légalise en 1981 les radios pirates et autorise la création de radios et de chaînes de télévision indépendantes.

REPÈRE. Valéry Giscard d’Estaing met fin à l’ORTF en 1974-1975.

Par ailleurs, depuis 1981, l’accès de l’opinion publique aux médias est facilité du fait de la multiplication du nombre de radios et de chaînes de télévision. En effet, la télévision est, à la fin du XXe siècle, le média le plus utilisé (chaque Français regarde en moyenne près de 20 heures par semaine la télévision). Le personnel politique utilise de plus en plus ce média, notamment lors de débats.  

De plus, la création d’Internet à la fin des années 1990 et de journaux numérisés avec la possibilité de laisser des commentaires permet un accès toujours plus rapide à l’information. En effet, Internet est rapidement le média le plus utilisé : après près de 12 millions d’utilisateurs en 2001 en France, il regroupe plus de 38 millions d’utilisateurs à la fin de la décennie.

REPÈRE. Le premier navigateur Web a été utilisé en 1993, tandis que Facebook a été créé en 2004 et que la TNT (Télévision Numérique Terrestre) est constituée en 2005.

C. La crise latente des médias et de l’opinion publique

Le développement d’Internet provoque une rupture : d’une part les internautes ont accès à une information en direct, gratuite et instantanée, d’autre part il introduit la possibilité que chaque personne peut produire une information grâce aux réseaux sociaux, à la création d’un blog ou d’un site internet.

Ainsi, de nos jours, une crise existe entre l’opinion publique et les médias. Ces derniers rendent la séparation entre médias et opinion publique poreuse. Ceci provoque la remise en cause de leur professionnalisme. Par exemple, en 2005, pour le projet de la Constitution européenne, alors que les politiques et les médias étaient en faveur du « oui », les blogueurs y étaient opposés. Le non l’a finalement emporté.

La question de l’indépendance des journaux est elle aussi soulevée, avec l’achat de grands groupes de presse par des hommes d’affaire. C’est le cas en 2004 pour Le Figaro, racheté par Dassault (holding de sociétés, regroupant de l’immobilier, de la presse, de l’aviation, …). 

Ainsi, une certaine méfiance s’installe entre les médias et l’opinion publique : les médias sont accusés de « gonfler » certaines affaires sans raison particulière, comme en 2002 sur la question de la sécurité lors des élections présidentielles.

Conclusion

Les médias ont joué un grand rôle dans toutes les crises qu’a traversées la France depuis l’Affaire Dreyfus. En effet, ils ont pu participer au développement d’une opinion publique (comme les dreyfusards ou les antidreyfusards) et ont également été l’instrument du pouvoir politique, pendant la Seconde Guerre mondiale sous le Régime de Vichy, mais également lorsque le gouvernement de la Ve République contrôlait la télévision et la radio.

Les médias se sont progressivement multipliés : à la fin du XIXe siècle, le seul média est la presse, qui obtient une liberté d’expression. Progressivement, d’autres outils sont utilisés, comme la radio, après la Première Guerre mondiale, puis la télévision, après la Seconde Guerre mondiale. Cependant ces deux derniers sont contrôlés jusqu’en 1974-1975 par le président de la République. C’est au tournant du XXIe siècle qu’Internet s’est développé, devenant le principal média.

Le chapitre pour le bac

Il est possible d’avoir à traiter :

  • Un sujet de composition le jour du baccalauréat intitulé : « Médias et opinion publique dans les grandes crises politiques en France depuis l’Affaire Dreyfus. »
  • Une étude critique d’un ou de deux documents.

LE PETIT + DANS TA COPIE

  • Expliquer rapidement chaque crise et montrer le rôle des médias systématiquement.

POUR ALLER PLUS LOIN …

  • Regarder le film Good Morning England, de Richard Curtis (2009) qui traite de l’existence d’une radio pirate britannique au moment où la France contrôle aussi la radio.
  • Regarder le film Nés en 68, d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, qui évoque mai 68.
  • Regarder L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller, qui montre le quotidien d’un ministre des transports en France.

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vikila972
5 5 0
20/20

Cours plus que parfait à 7 jours du Bac ça me sert énormément!

par - le 09/06/2016
wiss692
5 5 0
20/20

Cette fiche est top, elle résume parfaitement sans oublier aucun points importants

par - le 06/06/2015
lauradelpon
5 5 0
20/20

Des fiches claires et nettes, parfaites pour réviser et mieux commprendre le cours. Merci beaucoup :)!

par - le 23/03/2015
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