Correction Explication de texte Philosophie Bac ES 2017 Pondichéry

Correction Explication de texte Philosophie Bac ES 2017 Pondichéry

Notre professeur vous propose une correction de l'explication de texte (sujet 3) de l'épreuve de Philosophie du Bac ES de Pondichéry 2017.

Pour rappel, vous deviez étudier le texte de Descartes : Lettre à Elizabeth, 1er Septembre 1645.

Téléchargez gratuitement ce corrigé du Bac Philosophie ES de Pondichéry 2017, et retrouvez le sujet de Philosophie, ainsi que le corrigé du sujet 1 et la correction du sujet 2 !

Correction Explication de texte Philosophie Bac ES 2017 Pondichéry

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SUJET N°3:
DESCARTES, LETTRE A ELIZABETH, 1ER SEPTEMBRE 1645

 

AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte.

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve.

Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques...

 

INTRODUCTION

 

Accroche :

Le désir semble, en un sens, être le moteur de l’homme. C’est lui qui nous pousse à agir pour obtenir ce que, justement, nous désirons.

Objection :

Pourtant nos désirs sont parfois clairement contradictoires. De même ils peuvent être trompeurs, et nous faire considérer quelque chose comme un bien alors que ce n’est pas forcément le cas. Il semble alors qu’il faille passer nos désirs au crible de la raison.

Problématique :

L’enjeu de ce texte, tiré de la lettre que Descartes adresse à la princesse Elisabeth, est précisément de savoir quel doit être le rôle de la raison par rapport à nos désirs d’une part, et à l’acquisition d’une certaine forme de bonheur que Descartes appelle béatitude naturelle, d’autre part.

Thèse de l’auteur :

la thèse de Descartes est claire : la raison doit opérer un tri entre nos désirs et nos passions afin que nous ne manquions pas la béatitude naturelle par notre propre faute.

Annonce du plan :

Nous expliquerons donc ce texte en suivant l’ordre que l’auteur y a mis lui- même : dans une première partie nous étudierons les arguments exposés par Descartes pour expliquer que la passion est inapte à nous procurer des biens véritables. (Ligne 1 à 5). Dans une seconde partie nous expliciterons la thèse de l’auteur (ligne 5 à 11) Enfin nous proposerons une analyse critique en troisième partie.

 

PARTIE 1 : Dans cette première partie Descartes se propose de montrer que la passion ne peut être considérée comme une raison suffisante et fiable pour élire ce qui sera bon pour nous.

A) Le premier argument de Descartes consiste à souligner le fait que la passion influence notre perception. Par passion, il faut comprendre ce que Descartes désigne : une idée qui vient en moi sans que ma volonté intervienne pour ou contre. La passion est une passivité. Il faut comprendre cette conception de la passion par Descartes dans le cadre de son dualisme : en effet il considère que l’âme et le corps sont deux substances distinctes et que même, même s’ils sont unis, ils sont profondément et essentiellement différents. Ainsi les passions cartésiennes sont des phénomènes causés dans l’âme par l’action du corps, elles résultent des mécanismes corporels, de l’action du corps. Mais même si l’âme est étrangère à la raison, il faut, pour sortir du mensonge de la passion qui modifie notre perception, soumettre ses passions à la raison.

B) Si nous décidons de suivre cette passion aveuglément, nous ne récolterons que des choses misérables: premièrement nous passerons à coté de biens véritables, qui le sont, eux, réellement et non conçus comme telle par une perception aveuglée. Deuxièmement nous nous nous rendrons compte de la finitude et de l’imperfection de ce que nous concevions auparavant comme très désirables. Et enfin, même s’il ne le dit pas explicitement, nous perdrons notre responsabilité quant à la construction de notre béatitude naturelle. Et c’est en raison de cela même « que viennent les dédains, les regrets et les repentirs ». Il va donc falloir maitriser ses passions et ses désirs.

 

Transition : Puisque suivre ses passions nous ôte finalement toute responsabilité et toute possibilité de construire notre béatitude éternelle, il va falloir faire appel à la raison qui est l’essence même de l’homme chez Descartes : « je pense donc je suis ».

 

PARTIE 2 : la thèse de Descartes : la raison doit réguler nos désirs

A) Telle est la thèse de Descartes ici : la raison doit réguler nos désirs, examiner les biens « dont l’acquisition semble dépendre en quelques façon de notre conduite ». Descartes n’est pas le seul à considérer que la raison doit prendre le pas sur les désirs. Platon explique aussi dans Gorgias que « une vie bien réglée vaut mieux qu’une vie désordonnée ». Or c’est la raison elle-même qui ordonne alors que le désir et la passion changent sans cesse de but et sont insatiables.

Il faut noter aussi que Descartes limite ici l’action à ce qui dépend de nous, il admet explicitement qu’une part des biens que nous avons ou qui nous sont enlevés, ne sont pas le bénéfice de nos actions mais plutôt celui de la fortune, du hasard.

B) Enfin, il explicite le but d’une telle action de la raison sur nos passions et nos désirs : atteindre la béatitude naturelle (- par opposition à la béatitude qui est celle du Paradis, où l’âme contemple et se réjouit de la vision de Dieu. Il ne faut pas oublier que Descartes est croyant-) Mais que désigne-t-il donc par ce concept ? Dans une autre lettre à la Princesse Elisabeth, Descartes explique que « la béatitude consiste, ce me semble, en un parfait contentement d’esprit et une satisfaction intérieure, que n’ont pas d’ordinairement ceux qui sont le plus favorisés par la fortune, et que les sages acquièrent sans elle. Ainsi vivre en béatitude, ce n’est autre chose qu’avoir l’esprit parfaitement content et satisfait.» Nous sommes obligés de remarquer que cette béatitude naturelle de Descartes ressemble fortement à l’ataraxie, qui est absence de troubles de l’âme et du corps, visée par les Stoïciens et les Epicuriens. Et ce n’est pas leur seul point commun comme nous le verrons dans la partie critique.

Ainsi l’enjeu est clair : la raison doit maitriser les passions d’origine corporelles et ainsi nous permettre de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour atteindre la béatitude naturelle.

Transition : Ainsi nous pouvons faire plusieurs remarques pour éclairer et expliciter cet extrait.

 

PARTIE 3 : Analyse critique

A) Descartes, nous l’avons vu, est imprégné de l’héritage Stoïciens. Comme eux, il aspire à cette ataraxie, cette béatitude naturelle. Comme eux encore, il distingue ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas : c’est pourquoi on trouve cette phrase dans son très célèbre Discours de la méthode « mieux vaut changer ses désirs que l’ordre du monde ».

Cette troisième maxime de sa morale provisoire montre bien que pour Descartes, si je peux avoir une action sur moi-même, je dois cependant accepter le fait que ma possibilité d’action est très réduite. Et qu’il faut accepter ce que je ne peux changer par mon action, ce qui ne dépend pas de moi. Et cela rejoint l’idée du Manuel d’Epictète : « parmi les choses les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas »

Mais la pensée de Descartes a aussi des similitudes avec la pensée d’Epicure, car s’il y a un philosophe qui a pris la peine d’insister sur la nécessité de « trier » ces désirs, c’est bien lui.

 

B) Le souhait de Descartes est donc de penser une juste relation entre la passion et la raison. La passion et les désirs qu’elle implique semble pensés par Descartes en termes assez péjoratifs : mensonger, dangereux, qui amènent peine, regret, dédain. Pourtant le désir n’est-il pas en un sens le moteur de l’homme? Et derrière cette application, cette volonté de la raison de distinguer le bon et le mauvais désir, n’y a-t-il pas justement un désir ? Descartes parle de la béatitude naturelle, mais ce n’est pas le seul à considérer que l’homme désir foncièrement et avant tout d’être heureux. Pascal le dit aussi « tout homme recherche d’être heureux jusqu’à ceux qui vont se pendre »

En réalité Descartes n’est pas aussi sévère avec la passion et le désir de manière générale. Il dit d’ailleurs, dans une autre lettre à Elisabeth, que « toutes sortes de désirs ne pas incompatibles avec la béatitude ; il n’y a que ceux qui sont accompagnés d’impatience et de tristesse »

Son but ici est simplement de montrer à sa lectrice l’intérêt et le bénéfice de l’action de la raison sur les passions.

 

CONCLUSION

Bilan :

Nous avons donc vu que Descartes cherche à expliciter l’importance du rôle de la raison par rapport aux passions et désirs.

Thèse de l’auteur :

En effet elle nous donne les moyens d’atteindre la béatitude naturelle, pour ce qui dépend de notre action. Elle nous aide à voir quels sont les véritables biens et, contre la folie du désir qui ne se fixe jamais, à ordonner notre vie.

Intérêt du texte/Ouverture :

Ce texte de Descartes entre en écho avec la pensée de nombreux autres philosophes : Epicure et sa hiérarchie des désirs, Saint Augustin « être heureux c’est continuer à désirer ce que l’on possède », mais encore Rousseau « malheur à qui n’a plus rien à désirer !». La liste est longue des philosophes qui se sont penchés sur la nature à la fois rationnelle et désirante de l’homme. Preuve que cette question reste centrale pour l’homme parce que liée à celle de son bonheur.

Fin de l'extrait

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