Correction Philosophie Sujet 3 Bac ES 2017 Polynésie

Correction Philosophie Sujet 3 Bac ES 2017 Polynésie

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Le Sujet 3, pour rappel, portait sur l'explication de texte : Rousseau, Essai sur l'origine des langues (1781)

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Correction Philosophie Sujet 3 Bac ES 2017 Polynésie

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SUJET 3 : ROUSSEAU, ESSAI SUR L’ORIGINE DES LANGUES

 

« Les affections sociales ne se développent en nous qu’avec nos lumières. La pitié, bien que naturelle au cœur de l’homme resterait éternellement inactive sans l’imagination qui la met en jeu. Comment nous laissons-nous émouvoir à la pitié ? En nous transportant hors de nous-mêmes ; en nous identifiant avec l’être souffrant. Nous ne souffrons qu’autant que nous jugeons qu’il souffre ; ce n’est pas dans nous, c’est dans lui que nous souffrons. Qu’on songe combien ce transport suppose de connaissances acquises ! Comment imaginerais-je des maux dont je n’ai nulle idée ? Comment souffrirais-je en voyant souffrir un autre si je ne sais pas même qu’il souffre, si j’ignore ce qu’il y a de commun entre lui et moi ? Celui qui n’a jamais réfléchi ne peut être ni clément ni juste ni pitoyable ; il ne peut pas non plus être méchant et vindicatif. Celui qui n’imagine rien ne sent que lui-même ; il est seul au milieu du genre humain. » 

ROUSSEAU, Essai sur l’origine des langues (1781)

 

PRESENTATION DU SUJET 

Notions en jeu : la culture, la société et les échanges, le sujet, autrui

 

Ce texte est un extrait de l’Essai sur l’origine des langues de Jean-Jacques Rousseau. C’est un texte assez transversal par rapport au programme de terminale ES car il convoque plusieurs domaines : « Le sujet » (et particulièrement la notion « Autrui »), « La culture » mais aussi « La politique » (et particulièrement la notion « La société et les échanges »). 

 

Petit rappel de méthode : pour l’explication de texte, il ne faut considérer que le texte, pour ne pas risquer le hors-sujet, mais aussi définir bien les termes, expliciter ce qui se dit et donner des exemples pour éviter le deuxième écueil de cet exercice : la paraphrase. 

 

DEFINITION DES TERMES

Comme dans la dissertation, la définition des termes est un enjeu important pour la réussite de votre explication de texte. Voici une liste non exhaustive des principaux termes à définir dans le sujet.

 

« les affections sociales » : les « affections » du verbe « affecter » désignent les sentiments. Ce terme désigne donc les sentiments entre les hommes. 

« nos lumières » : le terme « lumières » est à replacer dans le contexte du XVIIIème où il désignait la culture, le développement de l’esprit et de la connaissance humaine. 

« pitié » : sentiment de compassion des hommes envers autrui lorsque autrui est en souffrance. Selon Rousseau, la pitié est la première des « affections sociales ». Bien que naturellement présente chez l’homme, donc de l’ordre de l’inné, elle a besoin d’être stimulée. 

« imagination » : faculté humaine d’abstraction, qui permet ici à l’homme de « se transporter hors de lui-même » c’est à dire de s’ « identifier » à autrui. 

 

PROBLEMATISATION 

 

Dans ce texte, Rousseau soutient la thèse selon laquelle « les affection sociales ne se développent en nous qu’avec nos lumières ». Cela veut dire que les sentiments entre les hommes ne sont pas de l’ordre de l’inné mais de l’acquis. 

 

On peut donc poser la question suivante : Comment les sentiments sont-ils acquis en société ? De quelle manière se développent les « affections sociales » et plus particulièrement la pitié ? 

 

PROPOSITION DE PLAN 

Pour ce qui est de l’organisation, ce texte nous rend la tâche assez facile. En effet, il possède une structure logique plutôt évidente et peut être divisé facilement en trois parties. Le plan doit suivre une organisation telle qu’il vous permette de tout expliquer dans le texte. 

 

Thèse de l’auteur : « Les affections (…) sans l’imagination qui la met en jeu » (lignes 1    à 3)

 

« Les affections sociales ne se développent en nous qu’avec nos lumières » 

Dès la première phrase de ce texte, Rousseau soutient sa thèse : les sentiments entre les hommes sont le fruit d’une construction, d’un développement progressif. Le négatif « ne se » vise à aller contre le postulat d’affections sociales innées, c’est à dire déjà là à l’origine. Ce sont les « lumières » c’est à dire les connaissances et le développement de l’esprit humain qui permettent l’actualisation des affections sociales. 

 

La pitié : un sentiment paradoxal 

Pour Rousseau, la pitié est l’affection sociale par excellence. Elle est au cœur des relations entre les hommes et permet la bienveillance dans la société. Elle est ici cependant présentée de façon paradoxale. Elle serait d’une part « naturelle au cœur de l’homme », donc de l’ordre de l’inné, mais d’autre part « resterait éternellement inactive sans l’imagination qui la met en jeu ».  Cela peut, à première vue, sembler contradictoire mais ce qu’explique Rousseau c’est que malgré la naturalité du sentiment de pitié, ce sentiment a besoin d’être stimulé, activé par une autre faculté humaine. 

 

Pour justifier le caractère construit des affections sociales, Rousseau explique ensuite quel est le processus au cœur du sentiment de pitié dont il développe le cas.  

 

L’identification ou le mécanisme de la pitié : « Comment (…) c’est dans lui que nous souffrons. » (lignes 3 à 6)

 

L’identification : un mécanisme d’extériorisation... 

Rousseau s’intéresse ici au « Comment », il pose une question rhétorique pour faire comprendre qu’il va expliciter ensuite le processus à la source de la pitié. 

La pitié est permise par un mécanisme d’extériorisation : « nous transportant hors de nous-mêmes ». Le sujet se projette et « s’identifie avec l’être souffrant » c’est à dire qu’il imagine la souffrance ressentie par l’autre, qu’il se met à la place de son semblable qu’il voit souffrir. Ressentir la pitié c’est donc être autre que soi. 

 

... Qui permet le lien social  

 

Cette identification est à la source du lien social, des échanges. On reconnaît l’autre comme notre semblable. Le sentiment de pitié nous fait ressentir la souffrance de l’autre, passée au filtre de notre subjectivité : « nous ne souffrons qu’autant que nous jugeons qu’il souffre ; ce n’est pas dans nous, c’est dans lui que nous souffrons. » La pitié permet donc la naissance d’une relation entre deux individus, deux alter ego. 

 

Après avoir identifié le mécanisme de la pitié, Rousseau développe l’idée selon laquelle la pitié « ce transport », est permise par les « lumières humaines » c’est à dire par la connaissance. 

 

Que les « affections sociales » sont de l’ordre de l’acquis, de la connaissance : « Qu’on songe (…) il est seul au milieu du genre humain » (lignes 6 à 11)

 

La nécessité de « connaissances » pour éprouver la pitié 

Rousseau s’exclame ici « Qu’on songe combien ce transport suppose de connaissances acquises ! » mettant l’emphase sur le caractère acquis des affections sociales. Pour ressentir la pitié, il est nécessaire d’acquérir un savoir, tout particulièrement la connaissance de ce qu’il y a de « commun entre lui et moi ». Car pour s’identifier, il faut avoir conscience que le sujet souffrant est mon semblable, qu’il me ressemble et que ce qu’il éprouve, je pourrai l’éprouver à mon tour. Il faut aussi avoir connaissance de ce que c’est que la douleur : « comment souffrirais-je en voyant souffrir un autre si je ne sais pas même qu’il souffre ? ». 

En dernière instance, c’est la pensée humaine (« celui qui n’a jamais réfléchi ») qui permet non seulement l’activation de la pitié mais de toutes les autres affections sociales, sans distinction de valeur : «   ni clément ni juste ni pitoyable, il ne peut pas non plus être méchant et vindicatif ». La pensée gouverne au sentiment social, quel qu’il soit. 

 

L’imagination comme vecteur de socialisation 

En dernière instance, Rousseau explique que l’imagination, faculté de la pensée, est à la base de la création de relations sociales. Si l’on imagine pas, on ne peut pas « sentir » autre chose que soi car on se peut s’identifier, s’extérioriser. On reste donc isolé, « seul au milieu du genre humain ». 

 

CONCLUSION 

L’intérêt philosophique majeur dans ce texte est qu’il va contre le postulat de sentiments humains innés. Rousseau prend donc le contre-pied de la philosophie classique qui postule soit un homme naturellement mauvais, soit un homme naturellement bon. Il explique que les affections ne sont pas déjà là mais construites par la réflexion humaine, à la base de la société. 

Fin de l'extrait

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