Correction Sujet 1 - Philosophie Bac ES Polynésie 2016

Correction Sujet 1 - Philosophie Bac ES Polynésie 2016

digiSchool Bac ES met à votre disposition le corrigé du sujet 1 de philosophie du Bac ES de Polynésie 2016.

"Est-il souhaitable de pouvoir satisfaire tous ses désirs ?" était le sujet 1 de l'épreuve de Philo du Bac ES de Polynésie 2016. Notre professeur en a rédigé la correction en vous présentant et en analysant rapidement le sujet, puis vous expose son plan détaillé répondant à la problématique.

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Correction Sujet 1 - Philosophie Bac ES Polynésie 2016

Le contenu du document



Corrigé du sujet n° 1

Est-il souhaitable de pouvoir satisfaire tous ses désirs ?


Notions en jeu : le désir.


Avant-propos

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


Présentation du sujet 

Ce sujet, « Est-il souhaitable de pouvoir satisfaire tous ses désirs ? », a trait à une notion classique du programme de terminale ES, le désir, faisant partie du grand domaine du ‟sujet”. Il va s’agir ici de se questionner sur l’essence même du désir : le désir est-il toujours réalisable ou non ? Et n’est-ce pas précisément parce qu’il est dangereux ou difficile de le réaliser que le monde du désir existe, avec ses fantasmes, ses non-dits et ses rêves ?

On pourrait comprendre ce sujet selon une portée morale : il questionne quant aux conséquences de l’assouvissement des désirs, conséquences tenables ou non.


Analyse du sujet

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.


Définition des termes

• est-il : le verbe “être” est sans doute l’un des plus simples de la langue française. Il marque un état, voire un constat. Ici le sujet nous demande juste s’il est souhaitable de pouvoir satisfaire tous ses désirs. Attention ici à ne pas en faire un verbe de nature ou d’essence puisqu’il se borne à être de l’ordre du constat.

• souhaitable : souhaiter, c’est avoir envie / désirer / vouloir, quelque chose qui ne s’est pas encore réalisé / produit. Souhaiter c’est attendre, espérer. C’est quelque chose qui a trait au for intérieur.  

• pouvoir : capacité de faire quelque chose, de les réaliser.

• satisfaire : synonyme d’assouvir.

• tous : synonyme de totalité, sans exception. 

• désirs : terme désignant un certain nombre d’envies, de pulsions, mais d’un ordre d’abord irrationnel et / ou corporel (lorsque je veux quelque chose, ma volonté est réfléchie, mais ce n’est plus réfléchi lorsque je désire). C’est aussi plus précisément la conscience d’un manque et l’effort que nous faisons pour pallier à ce manque qui crée le désir.


Mise en tension du sujet et problématisation

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.


Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

sujet : est-il souhaitable de pouvoir satisfaire tous ses désirs ? 

réponse évidente : oui, a priori la satisfaction de nos désirs est un but en soi : elle serait preuve de notre entière liberté et promesse de bonheur. Satisfaire ce que l’on veut et ce que l’on désire serait en effet tout à fait souhaitable.

réponse opposée, qui réfute la première réponse, ou en montre les limites : et pourtant, si nous étions en capacité de satisfaire tous nos désirs, cela ne renierait pas cette liberté, au sens où l’on ne serait plus maître de nos désirs du tout mais contrôlés et asservis par eux ? Ne seraient-ils pas alors de simples passions ? Ne doit-on pas être mesuré par rapport à ses désirs ?

↳ La tension est ici sensible : soit il est souhaitable de pouvoir satisfaire tous ses désirs, soit il ne l’est pas, soit il est souhaitable de n’en satisfaire que quelques uns, mais alors lesquels ?


Cela amène alors la problématique : et si l’essence même du désir se trouvait dans le fait qu’il n’est pas forcément réalisable, qu’il n’est pas nécessairement à satisfaire ou assouvir, bien plutôt un phénomène de notre monde intérieur, de notre fantasmagorie, qui une fois réalisé se perdrait ?


Proposition de plan

I. Oui, il est souhaitable de pouvoir satisfaire tous ses désirs parce que c’est alors réaliser notre pleine liberté et accéder au bonheur

1. L’idée de liberté totale

Définition basique du désir comme jaillissement pulsionnel, spontané et irrationnel d’une envie, d’une pulsion, d’une velléité en moi. Le désir en ce sens est personnel et ne vient que de moi, il fait fi des normes, des qu’en dira-t-on, des préjugés. On n’impose pas grand-chose à nos désirs, ils sont la marque de nos envies les plus profondes, la caractéristique d’un moi authentique, à l’état brut. Signe d’une liberté fondamentale, donc. Pouvoir réaliser tous ses désirs, ce serait alors concrétiser cette liberté, faire tout ce que je veux et je souhaite, sans aucune attache ni contrainte. C’est le souhait sans doute de tout un chacun, mais un souhait bien détaché de la réalité, ceci n’étant pas possible concrètement.


2. L’assouvissement de tous les désirs pour accéder au bonheur

Le désir est attaché à la notion de plaisir. Je désire ce qui me plaît, ou me plaira. A l’inverse, je ne souhaite pas ce que je sais déplaisant. Satisfait et plaisant, le désir serait ainsi une source de bien-être dès lorsqu’il se réalise, ce qui laisserait à penser que la satisfaction de tous les désirs concourt au bonheur, ou tout du moins en est une condition. En effet, plus on réalise de choses dont on a envie et moins on a de sentiments de frustration, plus on s’approche du bonheur. 


II. Non, il n’est pas souhaitable de satisfaire tous ses désirs, de la mesure avant toute chose

1. Affaire de morale

S’il n’est pas interdit de désirer ce que l’on veut, si en pensée il n’y a pas de limites à nos désirs, en pratique il n’en est rien et il n’est au final pas du tout souhaitable de pouvoir satisfaire tous ses désirs. Le passage à l’acte est ce qui pose problème, un problème souvent d’ordre moral. Cf. Freud, les principes de mort et de plaisir sont ce qui gouverne nos désirs, souvent inavouables. Et puis réaliser tous ses désirs, cela se ferait souvent à l’encontre de l’autre, contre tout respect d’autrui. Cf. l’homme de passions décrit à l’état de nature par les philosophes contractualistes. 


2. Les désirs passions à bannir, les désirs naturels et nécessaires à satisfaire

Si je satisfais tous mes désirs, ce sont eux qui prennent le dessus sur moi et ma volonté. Je suis pris dans le mécanisme du désir que je ne contrôle pas, qui me soumet et que je ne peux nullement stopper juste par une décision de ma raison. Le désir vu ainsi est alors dangereux au sens où j’en serai la marionnette si je ne le contrôle pas et que je lui laisse les rênes. . Cf. Platon, Gorgias et le mythe du tonneau des Danaïdes : à trop écouter nos désirs, on désire encore plus, sans mesure, c’est comme si nous étions un tonneau percé, dont les denrées s’écoulent sans cesse et que nous serions contraints de remplir sans cesse. Il faut maîtriser nos désirs par la raison, ce sans quoi nous en serions les esclaves et perdrions notre qualité d’être humain, notre faculté d’être spirituel. Il serait alors une passion pour l’âme, qui perdrait tous ses moyens et se laisserait dominer, ce qui fonde alors les paradoxes de l’irrationalité. Cf. Médée : « Je vois le meilleur, je l’approuve, et pourtant je fais le pire » : l’incapacité de la raison à nous faire agir comme elle l’entend, puisque nous sommes en proie aux désirs. Pour rester maître de ces derniers, je dois alors les satisfaire mais avec mesure. Cf. la tripartition des désirs effectuée par Epicure et l’idée selon laquelle il faut seulement satisfaire les désirs naturels et nécessaires, ceux qui ne risquent rien et ne peuvent pas créer une addiction ou des passions.


III. De l’essence du désir de rester insatisfait

1. Le désir ou le jeu du manque 

Le désir est le propre de l’homme, cet homme qui est un être de manque, un être avorté. Parce qu’il est marqué par la finitude, l’homme sait qu’un jour il va mourir. L’homme est en recherche constante de quelque chose qui pourrait le compléter. Cf. mythe d’Aristophane où l’homme un jour a été scindé en deux par Dieu, et depuis il n’a qu’un but, retrouver sa part manquante, sa moitié. Depuis, l’homme, naturellement, inéluctablement, désire, comme pour combler un vide.  Le désir est alors considéré comme la conscience d’un manque, un manque lié à la quête d’être comblé. Cf. son étymologie, du latin desiderare, de sidus, “étoile” ; mot provenant de la langue des augures, étymologiquement le désir est le regret d’un astre disparu, la nostalgie d’une étoile. 

Cf. le dés-astre, l’absence de l’astre, dont parle chez Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra).


2. La disparition du désir

Le mécanisme du désir suppose cette recherche absolue pour combler le manque, il suppose donc une dépendance perdue, arrachée... il suppose donc de ne pas être comblé ce sans quoi il disparaîtrait pour en faire ressurgir d’autres, et ce à l’infini. Cf. Lévinas : « le désirable ne comble pas mon désir mais le creuse, me nourrissant en quelque manière, toujours, de nouvelles faims. » (Totalité et infini). Le désir doit toujours rester manque, cf. Eros, fils de Pénia, la pauvreté, et de Poros, l’abondance. Ces deux caractères lui sont consubstantiels. 

Fin de l'extrait

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