Corrigé de Philosophie (2/3) Bac ES Pondichéry 2018

Corrigé de Philosophie (2/3) Bac ES Pondichéry 2018

Retrouvez sur digiSchool le corrigé n°2 de Philosophie du Bac ES Pondichéry 2018, rédigé par un professeur de l'Éducation nationale. Le 2ème sujet de cette session était "Doit-on attendre de la technique qu'elle mette fin au travail ?"

Également disponible pour vous entraîner en vue des épreuves de juin, le sujet de l'épreuve de Philo Pondichéry 2018.

Accédez également aux corrigé n°1 et corrigé n°3 ainsi qu’aux sujets et corrigés des autres filières du Bac Pondichéry 2018 sur digischool.fr.

Corrigé de Philosophie (2/3) Bac ES Pondichéry 2018

Le contenu du document

 

SUJET 2 : DOIT-ON ATTENDRE DE LA TECHNIQUE QU’ELLE METTE FIN AU TRAVAIL ?

Notion en jeu : Le travail et la technique. Avant-propos : Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation.

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…

PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « Doit-on attendre de la technique qu’elle mette fin au travail » a trait à un couple de notions classique de terminale ES, le travail et la technique, intégré au grand domaine de la culture.

C’est ici un sujet quasiment définitionnel, puisque le travail c’est l’activité par laquelle l’homme modifie son environnement pour parvenir à ses besoins et que la technique ce sont les moyens mis en œuvre pour parvenir à parvenir à un tel résultat, comme si la seconde incluait effectivement une baisse évidente du travail pour l’homme.

Néanmoins, avec le “doit-on”, on atteint l’ordre du prescriptif et de la légitimité de faire une telle équation et la question se demande alors s’il est bien légitime de considérer les choses ainsi, sous-entendu, n’est-ce pas immoral voire dangereux pour l’homme ?

ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.

1. Définition des termes

 

  • doit-on : le verbe “devoir” est celui, comme dit juste au-dessus, de la prescription, de la légitimité, voire de l’obligation morale. C’est un impératif, non pas factuel mais de l’ordre de ce que tout un chacun doit faire pour bien se comporter, ainsi est-il à distinguer de son collègue “faut-il”, beaucoup plus large, révélant le simple champ de la nécessité.
  • attendre de : avoir des attentes envers quelqu’un ou quelque chose, c’est leur donner un but, une finalité et espérer qu’ils le réalisent. C’est donc la légitimité d’une telle attente (que la technique mette fin au travail) qui est ici questionnée : la technique est-elle vraiment faite pour cela et n’est-ce pas exagéré voire mauvais d’en avoir de telles attentes ?
  • la technique : il s’agit du propre de l’homme, des moyens qu’il met en œuvre pour parvenir à une fin. Par exemple, on met en place une technique particulière pour faire une dissertation de philosophie. La technique se distingue de l’art par l’usage de règles bien précises, elle est de l’ordre, de ce fait, de la connaissance au moins minimaliste tandis que l’art est davantage du domaine de l’intuition. Si la technique est le propre de l’homme, c’est qu’elle se détache de l’instinct qui fait faire aux animaux, automatiquement et inconsciemment, leurs faits et gestes.
  • mettre fin : en philosophie le mot “fin” a plusieurs sens. D’abord la fin au sens de terminer, de final, de terme (la vie a pour fin la mort, par exemple). Ensuite, la fin au sens de but, de finalité (la vie a pour fin le bonheur). Mais ici mettre fin, c’est tabler sur le premier sens du mot “fin”, cela veut dire stopper quelque chose définitivement (mettre fin à ses jours).
  • travail : le travail, c’est l’activité par laquelle l’homme modifie son environnement pour subvenir à ses besoins (le travail de la terre par exemple). Il s’agit d’un effort pour l’homme, d’une véritable tare parfois dont il se passerait bien, d’où l’étymologie du mot, venant du latin “tripalium”, le travail signifie à la base “torture”, “souffrance”. Autrement dit, on aurait bien envie de n’avoir pas besoin de travailler.

 

2. Mise en tension du sujet et problématisation.

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser.

Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser. Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

 

  • Sujet : doit-on attendre de la technique qu’elle mette fin au travail ?
  • Réponse évidente : oui, il semble bien à première vue que la finalité de la technique soit de cet ordre, de cette lignée, cette dernière étant suspendue au travail et à sa bonne réalisation.
  • Réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : néanmoins, mettre fin au travail, cela a des conséquences majeures sur l’homme, car le travail, précisément, change un homme, lui permet de prendre conscience de lui-même, de grandir, s’élever, voire être libre de la nature. Mettre fin au travail de l’homme ne serait pas alors enlever tout le bénéfice humain que l’on acquiert à travailler ?

 

La tension est ici sensible : soit en effet la finalité de la technique est de mettre un terme au travail humain (pourquoi travailler si une machine peut me remplacer ?) pour lui faciliter l’existence, ou autres, soit il n’en est pas question parce que moralement, intrinsèquement, l’homme y perdrait quelque chose de fondamental.

Cela amène alors la problématique suivante : si la technique peut viser la fin du travail humain, par toutes les capacités qu’elle met en œuvre, attendre d’elle qu’elle mette un terme à ce dernier est-ce vraiment légitime ou pas ? N’est-ce pas au contraire de l’ordre du devoir moral de ne pas faire disparaître le travail de la vie de l’homme ?

PROPOSITION DE PLAN

I. LA TECHNIQUE, UNE AIDE PRÉCIEUSE AU TRAVAIL HUMAIN.

A. La technique comme adjuvante.

Le mythe de Prométhée nous en apprend beaucoup sur l’avènement de la technique dans le monde humain. Ce mythe, que l’on retrouve chez Platon, raconte que l’homme, tout à fait démuni, nu, et dénué de grandes qualités de force, de ruse, de vitesse, etc., se trouvait être l’être vivant le moins bien loti au sein de la nature. Prométhée a donc volé pour lui venir en aide le feu, symbole de technique, qui était pour lui d’une aide incroyable pour avancer plus vite dans ses actions.

B. À l’heure actuelle, la technique empêche l’homme de s’user au travail.

Aujourd’hui, la technique n’est plus celle de nos aïeux, elle n’est plus simplement un geste humain bien fait et réglé comme une horloge, elle est machine, robot, informatique, et permet de remplacer l’homme dans l’acte même de travailler. Pensons à l’exemple de la fabrique à aiguilles d’Adam Smith. Seul, l’homme mettrait une journée entière à ne faire que quelques aiguilles, associé à d’autres hommes, la division des tâches étant là, l’homme en une journée faisait des milliers d’aiguilles.

Et l’on pourrait rajouter une dernière étape : remplacer par la machine, l’homme ne perd plus de temps à fabriquer des aiguilles, celles-ci se font automatiquement et l’homme n’a plus besoin de travailler lui-même les aiguilles, de même que l’agriculteur n’a plus besoin lui-même de retourner la terre, le tracteur le faisant à sa place. N’est-ce pas là le signe d’incroyables avancées pour l’homme, qui aspire à plus de tranquillité et d’aisance quand il travaille et qui donc physiquement s’use moins à la tâche ?

II. NEANMOINS, CE SERAIT EXAGÉRÉ DE PENSER QUE LA TECHNIQUE A POUR DEVOIR DE METTRE FIN AU TRAVAIL, CAR ELLE NE FAIT QUE NOUS EN LIBÉRER POUR QU’ON N’Y SOIT PAS ASSERVI.

A. La différenciation travail / labeur

Le gain de rapidité et l’automatisation de certains gestes qui en est la source, permettent à l’homme de travailler plus convenablement. La technique fait que le travail ce n’est pas la souffrance, malgré l’étymologie latine qu’on donne à ce mot, “tripalium”, un véritable instrument de torture. La technique libère donc de tout le négatif du travail, si elle est bien maîtrisée évidemment.

Comme le dit Lafargue, la technique offre enfin aux hommes d’autres possibilités que travailler tout le temps, elle ouvre sur une vie plus libre, une vie où les loisirs existent. Elle permet donc de mettre fin à une définition du travail comme labeur, et de mettre fin aussi à un monde divisé en deux classes : les travailleurs, les oisifs.

B. Une finalité bien marquée : non pas la fin du travail, mais un meilleur travail

Jamais, dans les ambitions technicistes, il n’est question d’arrêter de travailler. Il est simplement question d’optimiser le travail, de le rendre meilleur, d’assister l’homme dans ce dernier en se rapprochant du geste parfait qu’il serait incapable, lui, de reproduire indéfiniment.

Comme le dit Voltaire, la technique améliore non seulement le travail humain, mais elle lui ouvre un autre monde, elle permet à l’homme de vivre dans une société plus abondante. La technique et le travail, associés, permettent donc à l’homme bien plus qu’assurer sa survie. Ils lui permettent, par le travail bien fait, de multiplier les objets de désir et de plaisir.

III. LE DEVOIR DE CONTINUER À TRAVAILLER ET DE NE PAS ATTENDRE DES CHOSES DÉMESURÉES DE LA TECHNIQUE, NE PAS ATTENDRE QU’ELLE METTE FIN AU TRAVAIL, SURTOUT PAS.

A. Car, risque n°1, de l’homme devenu machine à l’homme misérable

Les économistes et sociologues actuels s’en sidèrent, tout comme par ailleurs les auteurs de science-fiction : un jour la technique jouera de mauvais tours à l’homme, et le remplacera ni plus ni moins.

Voyons à cet égard le risque majeur, par exemple, des caisses automatiques, où il n’y a plus d’humain pour enregistrer nos courses et nous les faire payer. Combien d’emplois en moins de telles machines ont-elles coûté ?

Le risque, à tout robotiser, n’est-il pas de tuer le travail lui-même et de mettre alors les hommes en difficulté financière, si tout est remplacé par une machine ? Et sans forcément aller jusque-là, qui est toutefois un risque à moyen terme, l’usage grandissant des machines n’a-t-elle pas transformé l’homme lui-même en un être machinal, ayant perdu toute trace de spontanéité et de créativité dans le travail ?

Pensons à cet égard au film de Charlie Chaplin Les temps modernes, ou au taylorisme, mettant en évidence ce que le travail à la chaîne, permis par l’avènement des technologies, implique pour les travailleurs qui se tuent à petit feu à servir des machines et à faire des gestes automatiques dénués de sens. C’est là l’aliénation dont parle Marx.

B. Et risque n°2, perdre notre liberté voire notre humanité

Hegel le disait, « le travail rend libre ». Attention à cette formule très mal interprétée par les nazis et qui figurait au-dessus des camps de travail, précisément. Redonnons-lui le sens qui fut le sien. Hegel voulait dire par là que le travail sert à l’homme, lui permet de s’élever, de grandir, de prendre conscience de lui-même et de se rendre sans arrêt compte, dans son geste même de travailler, qu’il est humain.

Pourquoi ? D’une part parce que le travail revient à dépasser la nature, or ce dépassement, qui est donc culture, est le propre de l’homme, lui seul peut se transcender du monde qui l’environne aussi facilement.

D’autre part, parce que ce faisant, l’homme signe sa liberté : l’homme qui travaille n’est plus soumis à la factualité des choses, du monde, il peut les transformer à sa guise, par son intelligence, ses gestes habiles, et c’est là tout ce qui fait sa grandeur humaine, sa force spirituelle le sortant de l’instinct animal et signant donc toute son appartenance à une espèce à part.

La boucle est bouclée puisque c’était là le but du mythe de Prométhée, de montrer que par la technique, l’homme créait un monde proprement humain et sortait de l’animalité où de toutes façons il n’aurait pas survécu. Devoir moral donc de ne pas anéantir le travail dans la technique... ce sans quoi l’humanité s’y perdrait.

 

 

 

 

 

 

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac ES le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac ES

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac ES

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?