Corrigé de Philosophie (3/3) Bac ES Pondichéry 2018

Corrigé de Philosophie (3/3) Bac ES Pondichéry 2018

Retrouvez sur digiSchool le corrigé n°3 de Philosophie du Bac ES Pondichéry 2018, rédigé par un professeur de l'Éducation nationale.

Également disponible pour vous entraîner en vue des épreuves de juin, le sujet de l'épreuve de Philo Pondichéry 2018.

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Corrigé de Philosophie (3/3) Bac ES Pondichéry 2018

Le contenu du document

SUJET 3 : EXPLICATION DE TEXTE, OPUSCULES DE PHILOSOPHIE SOCIALE, COMTE

Notion en jeu : Politique, science, connaissance

Avant-propos : Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte. En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs, même s’il faut méthodiquement procéder de manière linéaire (expliquer ligne après ligne, du début à la fin, et montrer comment l’argumentation se déroule). Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…

TEXTE À EXPLIQUER

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

PRÉSENTATION DU SUJET

Ce texte d’Auguste Comte a trait à une notion grandement classique du programme de Terminale ES, “la politique” (‟la politique” étant même un grand domaine). Dans ce texte, plusieurs grands concepts sont en jeu : la distinction entre savoir et opinion, entre dogmatisme de la pensée imposant ses normes au réel et expérimentation de cette dernière menant à la science positive, un savoir réconciliant des deux positions, on le verra.

ANALYSE DU TEXTE

  • Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte, je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.)
  • Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.  
  • L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale. • Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes de l’Introduction, ce que nous allons donc faire ici.

1) Situation du texte Dans ce texte, extrait des Opuscules de philosophie sociale, Auguste Compte...  

2) Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait) ... s’intéresse au savoir politique, c’est-à-dire à la connaissance spécifique à la politique et au bien gouverner et à qui est le mieux placé pour le mieux connaître. 

3) Problème du texte Ce texte met en lumière un réel paradoxe : les gouvernés et les gouvernants revendiquent la même chose mais s’écartèlent dans leur volonté commune. Les deux en effet prétendent être les meilleurs politiciens, alors que tous les deux ont des défauts bien spécifiques (le gouverné est en proie à son opinion, le gouvernant pense dogmatiquement tout savoir puisqu’il dirige...) Comment donc sortir de cela ?

4) Thèse du texte (point de vue défendu par Comte) Il faut considérer la politique comme une science positive, c’est-à-dire que le savoir politique doit être relié à la réalité, comme s’il s’agissait d’un véritable laboratoire expérimental duquel on déduit des grandes conséquences d’actes en train de se réaliser. 

 

5) Enjeu Comment dépasser ainsi le dogmatisme des politiciens et le populisme des gouvernés par cette troisième notion réconciliatrice de science positive ? 

6) Annonce du plan (étapes par lesquelles Comte procède). Pour mener à bien son argumentation, Comte procède en trois temps. D’abord, la réfutation de ce qu’il en est dans la réalité ; où gouvernant et gouverné clament tous deux être les maîtres en matière de connaissance politique. Ensuite, Comte tient à être partial : dans un second temps, il juge les deux attitudes comment étant équivalentes dans la fausseté, l’une étant de l’ordre de l’opinion, l’autre de l’ordre de la prétention et du manque de distance. Enfin, il propose une solution réconciliant tout le monde : la conception de la politique comme une science, certes, mais une science positive, qui tire ses principes d’observations de la réalité.

PROPOSITION DE PLAN

I. LA SCIENCE POLITIQUE N’EST L’APANAGE NI DU GOUVERNANT NI DU GOUVERNÉ, ET DE L’ABSURDITÉ À PENSER LE CONTRAIRE.

« Les gouvernants voudraient faire admettre la maxime qu’eux seuls sont susceptibles de voir juste en politique, et que par conséquent il n’appartient qu’à eux d’avoir une opinion à ce sujet. »

Comte commence fort en dénonçant ce mépris des gouvernants, quasi dictatorial, à penser qu’ils détiennent à eux seuls le savoir politique. Pourquoi “dictatorial” ? Parce qu’alors, si les autres n’ont pas leur avis à donner, on leur impose une vision des choses sans qu’ils aient à discuter. Oui les gouvernants sont censés être des spécialistes en la matière, mais non, ils ne peuvent pour autant prétendre qu’eux seuls sont aptes à avoir une opinion politique. « Ils ont bien leurs raisons pour parler ainsi, et les gouvernés ont aussi les leurs, qui sont précisément les mêmes, pour refuser d’admettre ce principe, qui effectivement considéré en lui-même, et sans aucun préjugé, soit de gouvernant, soit de gouverné, est tout à fait absurde. »

De suite Comte établit un équilibre : nulle question ici de désavouer les gouvernants, leur prétention étant tout autant partagée par les gouvernés. Pourquoi donc les gouvernants comme les gouvernés sont-ils persuadés de détenir la vérité en matière politique ? C’est très simple : les gouvernants pensent être des spécialistes en la matière, être des scientifiques de la question en somme, et les gouvernés quant à eux pensent être au plus près des finalités politiques en ce qu’ils sont les premiers concernés, la politique œuvrant au bien commun, donc au bien des gouvernés.

Qui d’autres qu’eux pourraient en avoir une meilleure compréhension ? Et pourtant, Comte déclare que gouvernés comme gouvernants se trompent, pour la même raison : ils se croient les mieux placés pour savoir mais ils ne le sont pas plus les uns que les autres.

II. EXPLICATION DE CE CONSTAT : LES DEUX RAISONS POUR LESQUELLES LES DEUX SONT MAL PLACÉS POUR BIEN CONNAÎTRE LA POLITIQUE.

« Car les gouvernants sont, au contraire, par leur position, même en les supposant honnêtes, les plus incapables d’avoir une opinion juste et élevée sur la politique générale : puisque plus on est enfoncé dans la pratique, moins on doit voir juste sur la théorie. Une condition capitale pour un publiciste*, qui veut se faire des idées politiques larges, est de s’abstenir rigoureusement de tout emploi ou fonction publique : comment pourrait-il être à la fois acteur et spectateur ? »

Première raison : si les gouvernants sont incapables d’avoir une juste appréhension de la politique (Comte parle bien d’opinion et non de savoir, il est radical !), c’est que pour lui, pratique et théorie ne vont pas de pair. Plus on pratique, moins on a de recul, de distance, et moins on est bon théoriquement. En somme, pour s’y connaître en politique, il ne faudrait jamais l’exercer.

L’argument de Comte est ici logique puisqu’il mise sur l’opposition classique pratique / théorie, via elle d’acteur / spectateur pour s’en sortir. Donc première raison de la méconnaissance du politique ne la matière : il l’exerce. « Mais on est tombé, à cet égard, d’un excès dans un autre. En combattant la prétention ridicule du savoir politique exclusif des gouvernants, on a engendré, dans les gouvernés, le préjugé non moins ridicule, quoique moins dangereux, que tout homme est apte à se former, par le seul instinct, une opinion juste sur le système politique, et chacun a prétendu devoir s’ériger en législateur. » 

La première phrase rééquilibre les choses. Il y a un parallèle entre ce que fait le gouvernant et ce que fait le gouverné, dont il est tout aussi absurde de penser qu’il puisse mieux s’y connaître en politique, non pas par un savoir spécialisé, donc, mais par une opinion, un “instinct” avoue même Comte. La seule différence c’est que le gouverné reste moins dangereux car il ne détient pas les pouvoirs. Mais au niveau de la pensée il est dangereux puisqu’il considère connaître alors qu’il n’a qu’un point de vue biaisé et on ne peut plus superficiel.

III. CONSÉQUENCES : FAIRE DE LA POLITIQUE UNE SCIENCE POSITIVE.

« … Il est singulier que les hommes jugent impertinent de prétendre savoir la physique ou l’astronomie, etc., sans avoir étudié ces sciences, et qu’ils croient en même temps que tout le monde doit savoir la science politique, et avoir une opinion fixe et tranchante sur ses principes les plus abstraits, sans qu’il soit nécessaire d’avoir la peine d’y réfléchir, et d’en avoir fait un objet spécial d’étude. »

L’erreur des gouvernés, c’est de confondre la connaissance et l’opinion, comme si on pouvait se déclarait astronome sans jamais avoir étudié, instinctivement... et de faire de ce savoir un savoir partagé par tous, général. Tout le monde doit avoir une idée de la politique, selon Comte. Cela ne plaît guère à Comte. Comment prétendre s’y connaître en politique quand la réflexion, l’étude de cette dernière, sont absentes ? Voilà l’opinion, l’incohérence, et le manque d’humilité.

« Cela tient à ce que la politique n’est point encore une science positive : car il est évident que, quand elle le sera devenue, tout le monde comprendra que, pour la connaître, il est indispensable d’avoir étudié les observations et les déductions sur lesquelles elle sera fondée. » 

On comprend ici que Comte souhaite faire de la politique une science positive, c’est-à-dire un mixte des deux positions au-dessus. Il suffit de prendre le regard de l’observateur, ni dedans ni dehors, qui réussit davantage à comprendre les choses. Mais cette science positive suppose une connaissance terrain (observations puis déductions), donc elle n’est ni un art (quelque chose d’inexplicable donnée aux gouvernants), ni un savoir particulier (pour les raisons évoquées au-dessus).

La politique en appelle à l’expérimentation et non au dogmatisme. Si la science positive réunit ici gouvernants et gouvernés, c’est que comme le gouverné, elle expérimente et est au cœur des débats ; et comme le gouvernant elle exprime son savoir, mais ici seulement après avoir expérimenté. Elle réconcilie donc les deux points de vue.

Fin de l'extrait

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