Corrigé de Philosophie (1/3) Bac ES Pondichéry 2018

Corrigé de Philosophie (1/3) Bac ES Pondichéry 2018

Retrouvez sur digiSchool le corrigé n°1 de Philosophie du Bac ES Pondichéry 2018, réalisé par un professeur de l'Éducation nationale ! Le sujet était "Peut-on vivre sans morale ?"

Également disponible, le sujet de l'épreuve de Philo Pondichéry 2018.

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Corrigé de Philosophie (1/3) Bac ES Pondichéry 2018

Le contenu du document

SUJET 1 : PEUT-ON VIVRE SANS MORALE ?

AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation.

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques...

PRÉSENTATION DU SUJET

Ce sujet, « Peut-on vivre sans morale ? » a trait à un domaine classique du programme de terminale ES, la morale. C’est ici un sujet existentiel, qui porte sur la vie de l’homme, la vie humaine, et qui revient à questionner l’aspect a priori nécessaire, ou du moins obligatoire, de la morale, pour nos existences. Ceci étant parfaitement bien retranscrit par le “peut-on”, a trois dimensions : capacité, droit, légitimité.

ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.

1. Définition des termes

  • peut-on : le verbe “pouvoir” est a priori celui qui interroge la capacité, la possibilité d’une chose ou d’un fait. Par exemple, “puis-je donner la fessée aux enfants”, suis-je en capacité de le faire. Mais s’arrêter à cette dimension du terme serait réducteur et quasi hors-sujet. Car “peut-on”, c’est aussi la question du droit : “ai-je le droit de donner la fessée aux enfants, ou est-ce interdit?”. Enfin, dernière dimension, celle de la légitimité : “est-ce légitime de donner la fessée aux enfants, est-ce moral ?”. On voit donc une dimension tripartite du verbe “pouvoir”, qui suppose d’être traité en intégralité.

 

  • on : ici c’est l’homme générique, donc tous les êtres humains, l’espèce humaine. La question est donc “peut-on, en tant qu’humains, vivre sans morale ?”
  • vivre : ce verbe est ici bien neutre, mais c’est de la vie humaine dont il est question. Est-ce que donc on peut mener une vie humaine digne de ce nom sans morale, ou est- ce que ce n’est pas possible ? Ici c’est bien cette vie si particulière qui est la nôtre dont il s’agit et pas d’autre chose, car il est évident qu’on peut biologiquement vivre sans morale.
  • sans : en l’absence de.
  • morale : la morale, c’est la faculté humaine d’être raisonnable, de distinguer le bien et le mal et d’agir de manière bonne. La morale se distingue du droit, car il ne suffit pas d’obéir aux lois pour être juste ou moral. D’ailleurs les lois ne sont elles-mêmes pas forcément morales, d’où mythe d’Antigone ou le concept de désobéissance civile.

 

2. Mise en tension du sujet et problématisation

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est- à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser.

Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser. Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

- sujet : peut-on vivre sans morale ?

- réponse évidente : oui, il semble bien à première vue qu’il est tout à fait possible, dans nos capacités, donc, de vivre sans morale.

Ne pas être moral n’a pas de conséquences physiques sur mon existence, et pour quelqu’un de complètement immoral, il n’y aura aucun scrupule à vivre ainsi donc sa propre existence ne s’en trouvera nullement affectée. - réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : néanmoins, notre vie humaine à nous n’est pas une simple vie biologique, c’est une existence humaine, incarnée, avec de la spiritualité, des valeurs, et c’est surtout une vie en société.

Dans ce cas-là, le vivre ensemble suppose le respect de certaines règles morales précisément pour que l’homme ne soit pas un loup pour l’homme. C’est sur ce point que la question se pose : peut-on vraiment vivre humainement sans une once de morale ? Est-ce tenable ? Est-ce encore digne de l’humain que nous sommes ? La tension est ici sensible : soit en effet il est possible de vivre sans morale, soit ce n’est pas possible humainement.

L’enjeu est alors de taille : si ce n’est pas possible de vivre sans morale, cela veut dire que la moralité fait partie de nous et est un critère d’humanité. Cela amène alors la problématique suivante : est-il possible, autorisé et légitime, pour un être humain, de vivre sans morale, ou n’est-ce pas envisageable au sens où cela remettrait en question toute l’humanité de cette vie ?

PROPOSITION DE PLAN

I. OUI, IL EST POSSIBLE DE VIVRE SANS MORALE. LA MORALE ET LA VIE SONT DEUX CHOSES BIEN DISTINCTES ET PAS INDISSOCIABLES EN TANT QUE TELS.

A. La vie et la morale, deux domaines bien distincts.

La vie, c’est le domaine du concret, du réel, le domaine des faits et des inégalités de nature. La morale, c’est un monde idéal, un monde en principe, qui diffère de la réalité. Même si parfois fort heureusement, la morale donne un cadre à ne pas dépasser à la vie, il y a une forte distorsion entre le domaine factuel, et le domaine des principes, entre la pratique et la théorie. Si la morale entend bien régler la vie, elle reste du domaine immatériel et est parfois difficilement applicable.

Preuve de cette distorsion, la querelle entre Benjamin Constant et Kant sur le mensonge et la vérité. Kant dit qu’il ne faut jamais mentir parce que cela peut mettre en péril l’humanité tout entière, qui si elle ne se fait plus confiance, ne peut plus avancer ensemble. De sorte que si un policier vient chez moi pour rechercher un innocent, je ne dois pas lui mentir, mais mettant en péril la vie de l’innocent.

Constant quant à lui répond à Kant que la vie, la réalité, à un moment donné, vient donner ses règles à une morale devenant injuste quand elle est trop solidement appliquée à la réalité. Parfois, c’est mieux, dans la vraie vie, de mentir, pour ne pas mettre en péril la vie d’un homme.

B. Une vie sans morale est donc tout à fait envisageable.

Une vie sans morale est donc tout à fait envisageable. D’ailleurs, on s’étonne toujours de ce que les personnes particulièrement crapuleuses puissent malgré tous leurs faits et gestes dormir sur leurs deux oreilles.

Preuve en est qu’on peut tout à fait supporter l’immoralité ! Ce serait même finalement une tendance de la vie humaine. C’est ce que montre le mythe de l’anneau de Gygès de Platon. Selon Glaucon qui raconte ce mythe pour montrer à Socrate qu’il n’est pas naturel pour l’homme d’être juste (donc moral), Gygès a un jour trouvé un anneau qui le rend invisible lorsqu’il est porté.

C’est alors que tout naturellement, puisqu’il peut le faire en toute impunité, il commet des injustices. Seule la loi et la punition qu’elle entraîne, donc la contrainte, empêchent l’homme d’être injuste. Mais naturellement il se conduirait autrement. Preuve que biologiquement, évidemment que l’on peut vivre sans morale. La morale n’existe pas chez les animaux, cela ne les empêche pas de vivre non plus.

II. NEANMOINS, LE VIVRE ENSEMBLE SUPPOSE UN CERTAIN CADRE POUR NOS ACTIONS, DONC UNE MORALE, CE SANS QUOI LA SOCIETE NE POURRAIT ETRE PERENNE.

A. Le besoin d’un cadre pour nos actions

Il y a une différence entre la vie biologique, la vie de n’importe quel animal, et la vie de l’homme, qui vit une existence en société et qui pour s’adapter doit bien respecter certaines règles d’action pour ne pas faire de tort et de préjudice à autrui.

Ce sans quoi « l’homme serait un loup pour l’homme » et seuls les plus forts ne survivraient, dans l’injustice la plus absolu. Mais qui dit vie en société dit cadre moral minimum où l’on respecte son prochain. C’est notamment ce qu’écrit Rousseau, avec l’idée du Contrat social. Dans l’état de nature, les hommes ne se respectaient pas et agissaient tels des animaux, se volant, se maltraitant, mettant leurs vies en danger. Le passage à l’état social suppose un dépassement de cet état quelque peu anarchique, il suppose un contrat tacite de chaque homme, qui est de respecter son prochain et de vivre selon des règles permettant une vie ensemble. Nos actions sont donc cadrées par la loi pour ne pas être intolérables et menaçantes pour autrui. Et la morale devient donc constitutive d’une vie en société.

B. La morale constitutive d’une vie en société

Ainsi donc, la société, comme la religion d’ailleurs, imposent à nos actions de se normer sur des règles bien spécifiques, de se cadrer. Les grands principes religieux et la crainte du péché et de ce que cela peut entraîner dans le jugement dernier, tout comme les lois avec leurs peines si elles ne sont pas respectées, sont les fondements de nos vies en collectivité. Leur existence, à la fois religieuse et sociale, montre à quel point l’homme a besoin de morale pour vivre.

Ici c’est une puissance supérieure qui décide de ce qui est bon ou mauvais pour nous, la morale s’épuise donc dans le légal, mais le but même du légal est bien d’être légal. Socialement donc, pour l’animal politique que nous sommes, selon la formule d’Aristote, il est donc inenvisageable de se passer de la morale pour vivre, pour vivre ensemble, les uns avec les autres.

III. LA MORALE ETANT AUSSI LE GAGE DE NOTRE HUMANITE, UNE VIE HUMAINE SANS CETTE DERNIERE SEMBLE IMPOSSIBLE.

A. La morale, départage de l’homme et de l’animal

Dans la série à la mode sur Netflix en ce moment, Altered Carbon, une partie des hommes a atteint l’immortalité. Ces dominants sont devenus vicieux, diaboliques, et leurs mœurs particulièrement immorales.

Ils peuvent tuer, violer, et se faire des coups bas en toute impunité, qu’importe, puisqu’ils sont immortels et peuvent indéfiniment se réincarner dans leurs clones pour continuer d’exister. Un groupe de résistants veut revenir en arrière et combattre l’immortalité, parce que pour eux l’immortalité anéantit l’humanité, en ce qu’elle n’empêche en l’homme ses démons de la nature. Elle rend les hommes immoraux et leur enlève de fait tout ce qui fait leur humanité.

Car la moralité, voici le propre de l’homme : respecter, être poli, ne pas faire de mal, ne pas faire passer ses intérêts sans voir les conséquences que cela peut avoir envers autrui, être altruiste plutôt qu’égoïste, voici des choses qui signent notre humanité et qui n’existent pas dans la nature, où les animaux, mus par l’instinct, ne se posent pas de questions et ne donnent aucun cadre principiel à leurs actions, leur but étant de survivre et non de vivre selon certaines valeurs.

B. Le bonheur dans la morale, dans l’excellence de notre fonction propre

Un être humain doit donc vivre selon des valeurs, et mener une vie qui met en perspective ses valeurs.

Marc Aurèle, empereur romain du début de notre ère, et philosophe stoïcien, faisait de ceci son principe même. Mener une existence humaine, selon lui, c’est faire en sorte que chacune de nos actions mette en œuvre ces valeurs pour lesquelles nous sommes au monde.

Il faut avoir la capacité de concrétiser, de matérialiser ces principes qui n’existent pas dans la réalité, et c’est seulement ainsi que l’on fera « œuvre d’humanité ». Car, Marc Aurèle le dit, nous sommes là pour quelque chose et non pour rien, et nous devons être à la hauteur de nos fonctions. Nous devons donc agir droitement, toujours, pour être pleinement humains. Quant aux méchants, nous devons selon lui toujours être dans une perspective éducative pour les redresser et leur montrer le droit chemin. Les éviter lorsqu’ils sont vraiment incurables, pour ne pas mettre nos propres valeurs en danger.

En tous cas, pour la plupart des philosophes antiques, une vie humaine ne vaut d’être vécue, n’est digne de ce nom, que si nous réalisons notre fonction propre, ce pour quoi l’on est fait. Et seule la vertu, la justice, permettent de réaliser cela et d’atteindre l’excellence.

Platon le dit dans la République, c’est alors atteindre la sagesse et le plus grand bonheur qui soit, l’harmonie intérieure, où nos désirs et passions sont réglés par la raison, l’harmonie extérieure, om politiquement les individus s’entendent et ne se détruisent pas, l’ataraxie, la paix de l’âme qui n’a aucun trouble, et l’excellence de celui qui agit noblement en toute situation.

« La douceur est invincible », disait à cet égard Marc Aurèle, plaçant dans toute vie humaine la morale comme valeur absolue, la seule qui nous rend chaque jour pleinement humains. Donc, s’il est possible de vivre une vie sans morale, le vivre ensemble suppose tout de même un certain cadre de nos actions pour pouvoir se faire, et surtout la dignité humaine suppose de mener une vie juste, vertueuse, respectueuse.

La moralité étant le signe même de l’humanité, non, pour un homme il est impossible de mener une vie amorale ou immorale, il se doit d’être moral dans son existence même.

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