Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac ES Liban 2016

Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac ES Liban 2016

Nous mettons à votre disposition le corrigé du sujet 1 de philosophie du Bac ES du Liban 2016.

"Suis-je l'esclave de mes désirs ?", voici le premier sujet de philosophie du Bac ES du Liban 2016. Les notions en jeu sont donc le désir et la liberté. Dans cette correction, notre professeur présente et analyse le sujet, vous donne les définitions des termes clés, et vous donne une proposition de plan détaillé pour votre rédaction. Ce corrigé n'est pas un corrigé type mais bien un exemple de plan valable pour répondre à la problématique posée.

Téléchargez gratuitement ci-dessous le sujet corrigé de philosophie du Bac ES du Liban 2016 !

Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac ES Liban 2016

Le contenu du document


SUJET 1 : SUIS-JE L’ESCLAVE DE MES DESIRS ?

Notions en jeu : le désir, la liberté


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « Suis-je l’esclave de mes désirs ? », a trait à deux notions classiques du programme de terminale ES, le désir, d’une part, faisant partie du grand domaine ‟le sujet”, et la liberté, d’autre part, faisant partie du grand domaine de “la morale”. Il s’agit donc de voir quels sont les rapports entre mes désirs et ma liberté, si mes désirs me contraignent, m’assujettissent au point que je n’aurais plus aucune liberté face à eux et que je pourrais bien en être l’esclave, ou si j’ai malgré tout un choix par rapport à ces derniers, une marge de contrôle et de maîtrise. 

Ce sujet est donc à portée morale et existentielle : il questionne quant à mon être au monde dans l’existence et quant à mes capacités comportementales.


ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.


DEFINITION DES TERMES

• suis-je : le verbe “être” est sans doute l’un des plus simples de la langue française. Il marque un état, voire un constat. Ici le sujet nous demande si l’on est esclave de nos désirs, il s’agit donc de faire un état des lieux quant à la question posée, et à ne surtout pas remplacer le verbe ‟être” par un autre en début d’analyse : soit je suis esclave de mes désirs, soit je ne le suis pas.


• l’esclave : c’est le mot clef du sujet, celui autour duquel la problématique va se centrer. Au sens strict, un esclave est celui qui est totalement soumis, qui ne s’appartient pas et qui n’a aucun droit. Il est assujetti à quelqu’un d’autre auquel il obéit. 

Se demander si je suis esclave de mes désirs c’est donc se demander si ces derniers me soumettent et choisissent à ma place, au point que ma liberté de choix et de décision s’en trouve remise en cause. Je serais alors agi par mes désirs plus qu’auteur ou maître de ces derniers.


• mes : possessif, qui désigne quelque chose qui m’appartient. C’est d’abord le verbe “avoir” qui prime, et non pas le verbe “être”.


• désirs : terme désignant un certain nombre d’envies, de pulsions, mais d’un ordre d’abord irrationnel et / ou corporel (lorsque je veux quelque chose, ma volonté est réfléchie, mais ce n’est plus réfléchi lorsque je désire). C’est aussi plus précisément la conscience d’un manque et l’effort que nous faisons pour pallier à ce manque qui crée le désir.


MISE EN TENSION DU SUJET ET PROBLEMATISATION

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.


Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

  • sujet : suis-je l’esclave de mes désirs ?
     
  • réponse évidente : non, spontanément il ne semble pas que je sois j’esclave de mes désirs, au sens où ces derniers ne sont pas une entité extérieure à moi qui viendrait m’imposer des choses, un agir, une soumission. Au contraire, les désirs peuvent tout à fait être entendus comme mon moi véritable, la personne que je suis non bridée, à l’état brut. En ce sens, mes désirs ne seraient qu’une extension de ma personne, je n’en serais pas esclave, ils seraient bien plutôt la marque de ma liberté.
     
  • réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : pourtant, mes désirs proviennent-ils véritablement de mon fond, de mon moi le plus authentique ? Ne sont-ils pas un mélange de codes imposés par la société, l’éducation, qui se donnent à moi sans que j’ai mon mot à dire ? Et puis ne suis-je pas soumis à ces désirs, alors même que je voudrais faire autrement que ce qu’ils me font faire ? Ne suis-je donc pas malgré tout esclave de mes désirs ?


↳ La tension est ici sensible : soit je suis esclave de mes désirs, soit j’en suis bien plutôt le maître (ce serait alors la question du contrôle des désirs qui entrerait en jeu).


Cela amène alors la problématique : les désirs, entre moi et autrui, contiennent une part de mon identité et d’altérité. Face à cette conception complexe des désirs, à leur genèse double, puis-je comprendre le rapport que j’entretiens avec ces derniers sous la catégorie de l’esclavage ou de la totale maîtrise ? Ne font-ils pas bien plutôt partie de ma nature d’être de manque, de sorte que c’est plus une libre dépendance que j’entretiendrais avec eux ? Mais alors, qu’est-ce que l’esclavage des désirs pourrait bien me dire sur mes propres désirs ?


PROPOSITION DE PLAN

I. Non, je ne suis pas l’esclave de mes désirs, puisque mes désirs sont ce que je suis à l’état brut, dans ma plus grande liberté, et que je peux bien plutôt les maîtriser.

1. Mes désirs, ma plus profonde liberté, ce moi à l’état brut en moi.

Définition basique du désir comme jaillissement pulsionnel, spontané et irrationnel d’une envie, d’une pulsion, d’une velléité en moi. Le schéma du désir semble répondre à une genèse tout à fait intime : untel désire untel, pour des raisons qui sont les siennes et que nous ne comprenons pas, sinon tout le monde désirerait la même chose. Le désir dépend de l’identité de tout un chacun, de son vécu, de son histoire, de sa vision du monde. 

Le désir en ce sens est personnel et ne vient que de moi, il fait fi des normes, des qu’en dira-t-on, des préjugés. Cf. Descartes, dans sa Lettre à Chanut du ¬6 juin 1647 explique son attirance personnelle et irrationnelle pour les demoiselles qui louchent… habituellement ceci est vu comme un défaut, une anormalité, et cela n’attire pas, mais cela attire Descartes, allons savoir pourquoi.

On n’impose pas grand-chose à nos désirs, ils sont la marque de nos envies les plus profondes, la caractéristique d’un moi authentique, à l’état brut. Signe d’une liberté fondamentale, donc. 


2. De la maîtrise des désirs.

Ces désirs, parce qu’ils sont miens, parce qu’ils sont une partie de moi, je peux les maîtriser, non pas au sens où je décide telle ou telle pulsion, ce ne serait alors plus une pulsion, mais un choix issu d’une réflexion ou d’une délibération, je peux les maîtriser donc au sens où je sais pertinemment distinguer lesquels je peux assouvir ou non sans que cela réfute ma nature, ma personnalité. En effet, parce que je suis un être humain, je désire, à la différence de l’animal qui n’a que des besoins. Or le désir, c’est du besoin + une conscience. La conscience permet donc à l’homme de ne pas se soumettre à tous ses désirs mais de choisir ceux qu’il est bon de suivre (l’animal au contraire est totalement esclave de ses instincts et ne choisit rien du tout). Cf. à cet égard la tripartition des désirs effectués par Épicure (Lettre à Ménécée) : il y a des désirs vains que je ne dois pas suivre ce sans quoi je m’enchaîne à des addictions dangereuses, il y a des désirs vains mais naturels que je peux suivre de temps à autres (la gourmandise par exemple), enfin il y a des désirs naturels et nécessaires que je dois suivre pour l’équilibre de ma nature. Chacun au final pourrait dresser une telle typologie de désirs, adaptée à sa personne.


↳ Les désirs provenant de mon fond intérieur signent notre authenticité au monde et manifestent une grande liberté (je suis ce que je désire). Comme ils sont moi et font partie de moi, et au vu de leur caractère conscient, je peux tout à fait les maîtriser pour l’équilibre de ma nature. Comment donc pourrait-on comprendre le désir sous la catégorisation de l’esclavage ?


II. Et pourtant, les désirs comportent bien une part d’altérité (extérieur de moi, scission à l’intérieur de moi) qu’il m’est difficile de contrôler et à laquelle je suis majoritairement soumis...

1. Le désir, jeu de l’identité et de l’altérité.

Même s’il semble jaillir du tréfonds de l’être tout à fait singulier que je suis, le désir s’avère malgré tout être, à le creuser un peu, structuré par de l’identité tout autant que de l’altérité pour deux raisons.

Première raison, le désir serait un produit de l’extérieur qui me serait imposé de l’intérieur. le moi, en effet, n’est pas aussi imperméable à ce qui l’entoure qu’on pourrait le supposer. Ainsi, un désir synthétise tout un tas de normes ou d’habitudes provenant de l’extérieur, de ce qui n’est pas lui. Car ce que je suis, je ne le suis pas que de moi-même, je suis en effet fabriqué par ce qui m’entoure : mon histoire suppose des proches, un milieu, une situation, une condition. Cf. Lacan (Séminaire) : lorsque j’ai un coup de foudre pour quelqu’un, explique-t-il, c’est parce que cette personne me renvoie à une image idéale de moi que je me serais constituée durant toute mon enfance, par les normes issues de mon éducation, de ma culture et de la société à laquelle j’appartiens, et par mes propres envies aussi. Ainsi, je serais bien plus le jouet de mon désir que son auteur, au sens où lorsque je désire, j’obéis inconsciemment à des règles que j’ai intériorisées indépendamment de moi. 

Deuxième raison : je ne peux désirer que ce qui n’est pas moi, ce qui m’est autre, ce qui ne m’appartient pas (encore). Cf. le but du désir chez Hegel : « l’identité de l’identité et de la différence » (Phénoménologie de l’esprit). C’est l’altérité qui me travaille, dans le désir, et tant que je n’ai pas fait cette altérité mienne, que je ne l’ai pas incluse dans mon identité, je désire. D’où d’ailleurs le fait que le désir s’arrête quand je possède la chose désirée, d’où son côté insatiable également. Cf. Lévinas : « le désirable ne comble pas mon désir mais le creuse, me nourrissant en quelque manière, toujours, de nouvelles faims. » (Totalité et infini). Le désir, appel en moi de l’altérité comprise comme l’extérieur de moi.


2. Le désir passion et les paradoxes de l’irrationalité : le désir comme scission en moi.

Alors je suis pris dans le mécanisme du désir que je ne contrôle pas, qui me soumet et que je ne peux nullement stopper juste par une décision de ma raison. Car ma raison ne gouverne pas mon corps « comme un pilote en son navire » (Descartes, Méditations métaphysiques). La raison habite un corps qui est lui-même habité par des désirs et des pulsions. Le désir crée une part d’altérité en moi, il crée une scission en moi, que je ne peux pas contrôler mais qui souvent se joue de moi. Cf. Freud, « un autre en moi en moi », qui contrôle 90% de mes actions et de mes pensées, depuis l’inconscient.

Le désir vu ainsi est alors dangereux au sens où j’en serai la marionnette si je ne le contrôle pas et que je lui laisse les rênes. Il serait alors une passion pour l’âme, qui perdrait tous ses moyens et se laisserait dominer, ce qui fonde alors les paradoxes de l’irrationalité. Cf. Médée : « Je vois le meilleur, je l’approuve, et pourtant je fais le pire » : l’incapacité de la raison à nous faire agir comme elle l’entend, puisque nous sommes en proie aux désirs.

 Cf. Platon, Gorgias et le mythe du tonneau des Danaïdes : à trop écouter nos désirs, on désire encore plus, sans mesure, c’est comme si nous étions un tonneau percé, dont les denrées s’écoulent sans cesse et que nous serions contraints de remplir sans cesse. Il faut maîtriser nos désirs par la raison, ce sans quoi nous en serions les esclaves et perdrions notre qualité d’être humain, notre faculté d’être spirituel. Cf. saint Paul, « vivez selon la chair et vous mourrez, vivez selon l’esprit et vous vivrez » (Épître aux Romains).


↳ Le désir, esclavage plutôt que liberté fondamentale ? Toujours avec une possibilité de contrôle par la raison, si on ne se laisse pas dépasser. Mais l’homme, en tant qu’être avorté, qu’être de manque, ne serait-il pas dans une libre dépendance avec le désir, plutôt que dans une relation soit libre soit esclavagiste avec ce dernier ?


III. L’homme, un être avorté qui cherche à combler ses manques, ou la dépendance naturelle de l’homme au désir.

1. L’homme, un être avorté, amputé, un être de manque.

L’homme serait un être de manque, un être avorté. En effet, l’homme est marqué par la finitude, il sait qu’un jour il va mourir. L’homme est en recherche constante de quelque chose qui pourrait le compléter. Cf. mythe d’Aristophane où l’homme un jour a été scindé en deux par Dieu, et depuis il n’a qu’un but, retrouver sa part manquante, sa moitié. Depuis, l’homme, naturellement, inéluctablement, désire, comme pour combler un vide. Il ne serait donc pas esclave du désir, mais le désir lui serait consubstantiel, de sorte que s’il ne désirait pas, il serait dénaturé. D’ailleurs, seules les personnes malades psychologiquement, dépressions ou autres, ne désirent plus. L’homme serait dans une dépendance naturelle d’avec le désir, le désir naissant de son amputation originelle. 


2. Le désir, dés-astre, manque, signe de notre misère humaine.

Le désir est alors considéré comme la conscience d’un manque, un manque lié à la quête d’être comblé. Cf. son étymologie, du latin desiderare, de sidus, “étoile” ; mot provenant de la langue des augures, étymologiquement le désir est le regret d’un astre disparu, la nostalgie d’une étoile. 

Cf. le dés-astre, l’absence de l’astre, dont parle chez Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra).

Le mécanisme du désir suppose cette recherche absolue pour combler le manque, il suppose donc une dépendance perdue, arrachée... et recrée cette dépendance au sein de l’homme qui désire incessamment. 

Je ne suis donc a priori pas l’esclave de mes désirs, je suis dans une relation de libre dépendance à mes désirs : “dépendance” parce que cela m’est connaturel de désirer, “libre dépendance” parce que je peux toujours, par ma raison, les contrôler afin qu’ils ne prennent pas le dessus sur moi et fassent de moi leur esclave.

Fin de l'extrait

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