Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac ES Washington 2016

Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac ES Washington 2016

Notre professeur de philosophie a rédigé pour vous le corrigé du sujet 1 de Philosophie du Bac ES de Washington 2016.

"L'artiste peut-il être indifférent au beau ?" est le premier sujet de l'épreuve de philo du Bac ES de Washington 2016. Vous trouverez tout d'abord une présentation et une analyse rapide du sujet, les définitions des termes principaux, ainsi qu'une proposition de plan détaillé.

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Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac ES Washington 2016

Le contenu du document


SUJET 1 : L’ARTISTE PEUT-IL ETRE INDIFFERENT AU BEAU ?

Notion en jeu : l’art.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « L’artiste peut-il être indifférent au beau ? », a trait une notion classique du programme de terminale ES, l’art, faisant partie du grand domaine ‟la culture”. 

Ce sujet est donc à portée esthétique : il questionne quant au rapport de l’art au beau et met finalement en évidence une question ultra-traditionnelle : l’art est-il consubstantiellement lié au beau, à tel point que l’artiste ne pourrait être indifférent à ce dernier ?


ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.


DEFINITION DES TERMES

• l’artiste : c’est celui qui crée, celui qui se distingue en principe de l’artisan, le créateur des Beaux-Arts. L’art étant une activité intentionnelle dont la finalité est de produire une satisfaction esthétique (définition qu’en donne Genette dans L’œuvre de l’art).


• peut-il : le verbe “pouvoir” a trois sens : 1) la capacité, 2) la légalité / le droit, 3) la légitimité / la morale. Il s’agit donc de se demander ce que l’on peut faire à ces trois niveaux.


• être : le verbe “être” est sans doute l’un des plus simples de la langue française. Il marque un état, voire un constat. En ce sens, tout simplement, est-il possible pour un artiste d’être indifférent au beau ? Mais le verbe “être” prend ici une autre ampleur, plus philosophique. Il s’agit alors de l’essence, de la nature : un artiste peut-il être indifférent au beau, sans remettre en cause sa nature même, son essence même d’artiste ?


• indifférent : l’indifférence, c’est la non-dépendance, c’est la relation qu’entretiennent deux choses qui ne se touchent pas, qui n’interfèrent pas l’une envers l’autre, qui n’ont pas de lien de cause à effet. Le contraire de l’indifférence serait alors la nécessité. Se demander si l’artiste peut être indifférent au beau revient donc à se demander si l’artiste n’est pas nécessairement lié au beau.


• beau : l’effet d’une satisfaction esthétique.


MISE EN TENSION DU SUJET ET PROBLEMATISATION

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.


Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

  • sujet : l’artiste peut-il être indifférent au beau ?
     
  • réponse évidente : non, spontanément il ne semble pas que l’artiste puisse être indifférent au beau. En effet, le beau, n’est-ce pas la visée de l’art et ce qui le différencie de la technique et le fonde comme Beaux-Arts ? Alors le beau ne serait-il pas nécessaire à l’artiste pour faire ce qu’il doit faire ?
     
  • réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : mais dans un second sens de l’indifférence, cette fois-ci façon récepteur du beau, l’artiste est-il forcément ouvert à toute beauté ? N’est-il pas frappé lui-même par la subjectivité inhérente au beau, de sorte qu’il pourrait bien y être indifférent du point de vue du jugement esthétique ? 


↳ La tension est ici sensible : soit l’artiste peut être indifférent au beau, soit il ne le peut pas et est soumis, par exemple, à une certaine nécessité de l’art au beau.


Cela amène alors la problématique : Mais alors comment concilier et la nécessité du beau pour l’artiste, et la subjectivité du jugement esthétique ? Le beau est-il vraiment nécessaire en tant que tel pour l’artiste, ou n’est-ce pas bien plutôt l’émotion suscitée sous ce dernier qui a la primauté et à laquelle serait suspendu l’artiste ?


PROPOSITION DE PLAN

I. Non, l’artiste ne peut pas être indifférent au beau, car le beau est ce qui fonde l’art des artistes. Le beau comme nécessité

1. La distinction de l’artiste technicien et de l’artiste artiste : le beau

À l’origine, l’art était techné, activité productrice en général, regroupant et la technique de l’artisan, et l’art de l’artiste. Ce qui finit par distinguer la technique et l’art, ce fut leur finalité : la première étant suspendue à l’utile, à la fabrication d’un objet servant et fonctionnel, le second visant le beau, par la création d’un objet désintéressé. Le beau intervient alors comme le critère même de l’art des artistes, et dans ce sens non l’artiste ne peut être indifférent au beau, au risque s’il l’est, de ne pas être artiste. 


2. Les Beaux-Arts, une tautologie

Ainsi naissent alors ce qu’on appelle les Beaux-Arts, qui comme le nom l’indique, semble détenir avant tout le présupposé du beau. L’art semble avoir une visée tout à fait esthétique et son acte fondateur, ce autour de quoi il se constitue, se fait et évolue apparaît bien être le beau.


↳ L’artiste ne semble pas pouvoir être dans l’indifférence vis-à-vis du beau, puisque le beau apparaît comme une condition nécessaire à l’art.


II. Pourtant, le beau n’est pas le même pour tous, alors comment l’artiste pourrait-il bien ne pas être indifférent à tout type de beau ?

1. Le sentiment de beau

Si la beauté semble bien exister, cela n’est pas à remettre en cause, celle-ci n’est pas conceptualisable et objective, et ce parce que loin d’être une propriété de l’objet, elle est une qualité qui ne peut lui être attribuée que par un jugement esthétique (elle trouve donc son origine dans le sujet). Le beau est de l’ordre du sentiment, d’une satisfaction esthétique perçu par un des destinataires de l’œuvre d’art. Mais comment l’artiste, du coup, pourrait-il ressentir des satisfactions esthétiques envers toutes les œuvres d’art ? Aurait-il un sens du beau plus prononcé que la moyenne ? Cela semble évident. Mais que toute sorte de beau lui parle, cela est déjà plus problématique puisque le beau n’est pas objectif et reconnaissable en soi.


2. La subjectivité du beau

Le beau est donc subjectif. Ce pourquoi au travers de l’histoire des arts, les artistes ne le considéraient pas de la même manière. Le naturel classique s’oppose à l’illusion et la surcharge baroques, qui diffèrent aussi de la clarté harmonieuse antique. On note aussi de profondes diversités entre les arts orientaux et occidentaux. Tout cela est loin d’être anodin, cela signifie tout simplement qu’une même définition du beau ne vaut pas pour tous, en tout lieu et en tout temps. Le beau n’est donc pas universel. Par exemple, si pour Platon le beau trouve sa source dans une parfaite harmonie des formes (Hippias majeur), pour Hegel (Leçons d’esthétique) le beau est le reflet du spirituel dans le sensible. Sans évoquer la distinction entre la comparaison éthique (le beau comme Bien) et aléthique (le beau comme Vrai). Ainsi, l’artiste, selon sa vision du monde et son ancrage conceptuel, son courant artistique aussi, sera indifférent à telles ou telles conceptions du beau et pas à d’autres. Des goûts et des couleurs, l’artiste lui-même ne discute pas.


↳ Mais alors comment concilier et la nécessité du beau pour l’artiste, et la subjectivité du jugement esthétique ? Le beau est-il vraiment nécessaire en tant que tel pour l’artiste, ou n’est-ce pas bien plutôt l’émotion suscitée sous ce dernier qui a la primauté et à laquelle serait suspendu l’artiste ?


III. Le beau, une nécessité libre pour l’artiste

1. Le libre jeu de l’imagination et de l’entendement

Le beau n'est-il pas un libre sentiment de plaisir, la beauté étant l'objet d'un jugement subjectif ? Kant, Analytique du beau : pour lui, le jugement esthétique, c'est-à-dire le beau, découle de ce qu'il appelle un « libre jeu de l'imagination et de l'entendement », qui se caractérise en opposition au jugement de la connaissance où l'entendement, en subsumant une image de l'imagination, la soumet ni plus ni moins qu'à des règles. Dans le jugement esthétique, au contraire, précise-t-il, l'image ne se soumet jamais à l'entendement. Le rapport n'est plus réglé et l'imagination défie les règles de l'entendement. En effet, il y a art quand aucune image n'est capable d'être subsumée sous un concept. L'imagination et l'entendement ne sont donc pas réglés de manière dépendante l'un de l'autre. Ils sont dans un dérèglement (« leur rapport est déréglé », dit Kant) qui rend possible le jugement esthétique et donc l'art. Ici l'art a lieu lorsque les règles de la connaissance sont transgressées et ne deviennent que jeu. Ceci expliquant le fait qu'on ne peut pas savoir ce qui émouvra quelqu'un ou ce que quelqu'un trouvera beau dans une œuvre, puisque cela n'entraîne pas un jugement de connaissance implacable, mais un libre jeu de l'imagination et de l'entendement. 


2. La nécessité libre du beau chez l’artiste

De sorte que pour l’artiste qui tente de mettre ainsi en scène ces facultés chez le destinataire de son œuvre, le beau n’est qu’une nécessité libre, au sens où s’il n’y est pas indifférent mais qu’il y est soumis librement... Toujours est-il que l’on peut se demander si la recherche du beau par l’artiste est vraiment limitée au beau, ou si l’artiste ne recherche pas autre chose de plus fondamental à travers la satisfaction esthétique qu’il essaie de faire naître chez le destinataire de son œuvre, un étonnement, un effroi, un je ne sais quoi qui bougerait notre sensibilité pour nous faire réagir. Cf. Artaud, Le théâtre et son double, « dans l’état de dégénérescence où sont les hommes, c’est par la peau qu’on fera rentrer la métaphysique dans les esprits ».  

Fin de l'extrait

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