Corrigé Sujet 2 Philosophie - Bac ES Liban 2016

Corrigé Sujet 2 Philosophie - Bac ES Liban 2016

Voici le corrigé du sujet 2 de philosophie du Bac ES du Liban 2016.

Le second sujet de philosophie du Bac ES du Liban 2016 portait sur la problématique suivante : Une société juste peut-elle accepter des inégalités ?
Notre professeur de philosophie vous rappelle que ce corrigé n'est en aucun cas un "corrigé type" mais bien un exemple de traitement possible de ce sujet de dissertation. Vous yu trouverez la présentation et l'analyse du sujet, ainsi que les définitions des termes clés, puis une proposition de plan répondant à la problématique posée.

Téléchargez gratuitement ci-dessous le sujet corrigé de Philosophie du Bac ES du Liban 2016 !

Corrigé Sujet 2 Philosophie - Bac ES Liban 2016

Le contenu du document

 

SUJET 2 : UNE SOCIETE JUSTE PEUT-ELLE ACCEPTER DES INEGALITES ?

Notions en jeu : la société ; la justice.

 

AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…

 

PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « Une société juste peut-elle accepter des inégalités ? », a trait à deux notions classiques du programme de terminale ES, la société, d’une part, et la justice (et le droit), d’autre part, faisant toutes deux parties du grand domaine ‟la politique”. Il va s’agir ici de s’interroger sur les rapports entre la justice et l’inégalité au travers de la société. Il faudra bien évidemment avoir recours aux différentes notions de la justice abordées durant l’année, pour bien cibler le poids de l’égalité dans cette dernière.

Ce sujet est donc à portée politique : il questionne quant au devoir être politique de la société qui se veut juste.

C’est un sujet dangereux au sens où la neutralité des élèves doit être absolue pour qu’aucune opinion n’ait cours.

 

ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.

 

DEFINITION DES TERMES

• société : c’est un ensemble organisé, qui règle par des normes et des lois, les relations entre les individus sur un territoire défini.

 

• juste : le mot juste renvoie à la notion de justice. La justice est une institution chargée d’appliquer le droit, de faire respecter la loi et de réparer les torts subis par les victimes de l’injustice. C’est aussi une vertu morale. Elle se départage donc entre la légalité et la moralité.

 

• peut-elle : le verbe “pouvoir” a trois sens : 1) la capacité, 2) la légalité / le droit, 3) la légitimité / la morale. Il s’agit donc de se demander ce que l’on peut faire à ces trois niveaux.

 

• accepter : ce verbe souligne une imperfection, ce qui est acceptable n’est pas ce qui est bon ou idéal, c’est ce qui s’accepte sous certaines conditions seulement, qui n’est pas bon en soi mais bon relativement à un contexte. Synonymes : tolérer, envisager.

 

• des inégalités : l’inégalité est ce qui pose un principe de différence entre les individus. Les inégalités sociales désignent les traitements différents qui peuvent avantager une classe sociale, un groupe ou un individu par rapport à d'autres et qui établissent des hiérarchies sociales.

 

MISE EN TENSION DU SUJET ET PROBLEMATISATION

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.

 

Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

  • sujet : une société juste peut-elle accepter des inégalités ?
     
  • réponse évidente :  non,  spontanément il semble qu’une société juste ne peut ni ne doit accepter d’inégalités, l’égalité étant a priori le premier critère de la justice et les inégalités étant ce qui fondent l’injustice entre les hommes.
     
  • réponse opposée, qui réfute la première réponse, ou en montre les limites :  et pourtant, l’égalité à tout prix, si elle est juste formellement, semble bien compromettre l’idée de juste pratiquement, puisqu’elle ne ferait que creuser les inégalités de fait déjà existantes. Une société juste ne devrait-elle donc pas pallier les inégalités de fait par l’équité, qui viserait une égalité de droit ? En ce sens, ne doit-elle pas accepter certaines inégalités pour rendre les choses plus justes ?

 

↳ La tension est ici sensible : soit une société juste ne peut pas accepter les inégalités parce que c’est contraire à la justice, soit une société juste doit accepter des inégalités par esprit d’équité et pour vraiment mettre en œuvre une égalité de droit.

 

Cela amène alors la problématique : s’il peut paraître dérangeant de prime abord de tolérer certaines inégalités au nom de la justice, tant celui peut sembler antinomique avec l’idée même de justice, l’égalité ne serait-elle pas un concept ne valant qu’en droit et qui pose problème dès lors qu’on tente de le concrétiser ? Comment en effet penser qu’il y a une société juste si on considère selon un principe d’égalité des individus par nature inégaux ? Ne ferait-on pas alors que creuser des inégalités déjà marquées ? Comment alors, par équité, accepter certaines inégalités sans tomber dans l’injuste ? Quelles inégalités seraient acceptables et quelles inégalités ne le seraient pas ? Sur quoi fonder la démarcation ?

 

PROPOSITION DE PLAN

I. Non, une société juste ne peut pas accepter des inégalités, et même elle ne le doit pas.

1. L’égalité, critère premier de la justice.

Qu’est-ce que la justice ? C’est d’abord l’égalité. À l’inverse de la justice serait l’inégalité. Ne dit-on pas à cet égard, pour stigmatiser l’injustice, que dans tel traitement des personnes, dans telle répartition des charges, dans telle décision de justice, il y a « deux poids, deux mesures » ? La justice au contraire est symbolisée par la balance, qui mesure la stricte égalité. La loi réalise ainsi l’une des premières exigences de justice que constitue l’exigence d’égalité, en étant valable pour tous et en s’appliquant à tous avec une égale rigueur. Elle est générale et les hommes devant elle sont égaux. Sans universalité, la justice retomberait dans le heurt des subjectivités et dans l’arbitraire. Cf. Hegel et le caractère universel et général de la justice, Philosophie du droit, §102. L’égalité semble donc être la base de la justice.

 

2. L’érection de la justice comme lutte contre les inégalités de fait, de nature.

C’est précisément pour lutter contre le pseudo droit du plus fort et contre les inégalités de nature (tant physiques, force, qu’intellectuelles, ruse) que la justice est érigée. Ces inégalités de nature engendrent des dominations entre les hommes qui ne sont pas justes. C’est la grandeur de l’homme que d’ériger la justice contre la nature, et ainsi d’affirmer, encore contre la nature, que le fort et le faible ont même valeur et qu’ils ont les mêmes droits. La justice consisterait donc, originellement, à instaurer une égalité de droit là où de fait il n’y a que des inégalités. Comment donc une société juste pourrait accepter de quelconques inégalités ?

 

↳ Une société juste acceptant des inégalités semble être quelque chose de tout à fait paradoxal. Mais entre le domaine du droit et le domaine des faits, n’y-a-t-il pas distorsion, de sorte que ce qui est juste formellement ne le serait plus forcément une fois mis en pratique ?

 

II.  Et pourtant, l’égalité à tout prix s’avère contraire à la justice, au nom de l’équité et de la justice il faudrait donc accepter quelques inégalités de droit...

1. Les dangers de l’égalité.

L’égalité serait peut-être au final bien plus un problème qu’une réponse. Et l’on peut même penser que la loi, étant la même pour tous, en cela est injuste, car elle pèche de sa généralité : elle ne tient pas compte des cas particuliers qui ne peuvent être prévus par elle. C’est ainsi au moment de son application concrète qu’on s’aperçoit des défauts d’une loi de trop égalitaire. Si la loi, de par sa nature même, est générale et stable, il n’en va pas de même des hommes qui en tant qu’individus, ne sont pas identiques, sans parler des temps et circonstances qui peuvent changer. C’est pourquoi la justice, si elle est appliquée à la lettre, peut être injuste.

L’égalité est une belle idée formelle mais dans les conséquences elle ne fait que creuser les inégalités déjà existantes. Cf. Rousseau, Du contrat social, II, 6, qui montre le problème que soulève le formalisme de la loi, son obsession pour l’égalité, et qu’elle en devient injuste. La loi, même en restant formellement juste, c’est-à-dire en respectant la forme de l’égalité, peut décider d’un traitement inégal des individus qui y sont également soumis. 

 

2. L’équité, pour un équilibre.

Face à la généralité de la loi et au principe d’égalité si formel qui la pousse à être injuste, il faut pondérer ces conséquences néfastes. C’est alors que l’on parle d’équité. L’équité est une forme de justice supérieure à l’égalité puisqu’elle tend à réparer les inégalités creusées par l’égalité. Cf. Marx, « À chacun selon ses possibilités, à chacun selon ses moyens ». Cf. la différence entre la justice corrective et la justice distributive chez Aristote (Ethique à Nicomaque) : 

  • la justice corrective pose l’égalité dès le départ : entre personnes supposées égales, il est juste que le partage soit égal, basée sur le principe d’égalité.
     
  • la justice distributive donne au contraire à chacun la part proportionnée à son mérite, il serait ainsi injuste de donner autant à l’homme méritant qu’à celui qui vaut moins. Elle est basée non plus sur le principe d’égalité mais sur le principe de proportionnalité. On passe à l’idée d’équité.

 

L’équité c’est alors admettre des inégalités de traitement pour ne pas creuser des inégalités déjà existantes. En ce sens oui une société juste semble pouvoir, et même devoir, accepter de telles inégalités.

 

↳ Mais les inégalités posées par l’équité ne sont que des inégalités régulatrices, qui ne changent pas la donne concrètement au sens où elle ne creuse pas d’inégalité ou n’en fonde pas de nouvelles. Mais une société peut-elle accepter des inégalités autres que des ces inégalités de l’équité ?

 

III. Oui, pour la justice, la société peut accepter certaines inégalités sociales.

1. L’inégalité sociale, condition de la justice (point de vue anti-démocratique).

Platon, République, explique que la démocratie, parce qu’elle donne à des individus tous différents des droits égaux, ne peut éviter l’apparition d’inégalités destructrices du bien commun. Ce pourquoi selon lui la cité idéale (une société juste, donc) consiste non pas dans une égalité totale mais la spécification de chacun dans un rôle social propre, dans une complémentarité de tout le monde en vue de leurs capacités propres. La démocratie selon lui perdrait la société à vouloir l’égalité de partout. À noter que certains libéraux ont repris cette idée : pour le bien d’une société donnée, il ne faudrait pas interagir dans les inégalités de fait, celles-ci poussant les individus à être plus compétitifs et la société à progresser inéluctablement.

 

2. Le principe de différence (ou comment tolérer les inégalités sociales en démocratie).

Les inégalités ne seraient acceptables, c’est-à-dire tolérables et envisageables, que si elles constituent un mal pour un bien, c’est-à-dire si elles profitent aux mal lotis. C’est le « principe de différence » théorisé par Rawls. Pour lui, les inégalités sociales peuvent être considérées comme justes à deux conditions : d’une part que les citoyens restent égaux devant la loi (sinon toute idée de justice s’écroule), d’autre part qu’elles profitent aux plus désavantagés, en réparant les inégalités sociales liées à la naissance. On ne parlera alors ni plus ni moins que de discrimination positive. Donc, une société démocratique ne peut se contenter d’accorder aux citoyens l’égalité des droits fondamentaux : elle doit tolérer les inégalités qui profitent aux plus défavorisés et compenser ainsi l’inégale distribution des talents. En cela elle diffère de l’équité qui fonctionne pour une part au mérite. La justice n’exige donc pas d’accorder également à tous les mêmes positions sociales. 

Fin de l'extrait

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