Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac ES Liban 2016

Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac ES Liban 2016

Voici le corrigé du sujet 3 de philosophie du Bac ES du Liban 2016.

Notre professeur de philosophie a rédigé pour vous la correction de l'explication de texte de Russell sur la vérité en sciences et en religion. Vous trouverez une présentation du sujet et une analyse du texte, ainsi qu'une proposition de plan répondant au sujet. Cette correction n'est pas un corrigé type mais bien une proposition de correction valable.
Téléchargez gratuitement ci-dessous le sujet corrigé de Philosophie du Bac ES du Liban 2016 !

Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac ES Liban 2016

Le contenu du document


SUJET 3. EXPLICATION DE TEXTE

TEXTE DE RUSSELL SUR LA VERITE EN SCIENCES ET EN RELIGION

Notions en jeu : vérité, science, religion.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs, même s’il faut méthodiquement procéder de manière linéaire (expliquer ligne après ligne, du début à la fin, et montrer comment l’argumentation se déroule). Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


TEXTE A EXPLIQUER

Expliquer le texte suivant : 

« Un credo religieux1 diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité, éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire : elle s’attend à ce que des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires, et se rend compte que sa méthode est logiquement incapable d’arriver à une démonstration complète et définitive. Mais, dans une science évoluée, les changements nécessaires ne servent généralement qu’à obtenir une exactitude légèrement plus grande ; les vielles théories restent inutilisables quand il s’agit d’approximations grossières, mais ne suffisent plus quand une observation plus minutieuse devient possible. En outre, les inventions techniques issues des vieilles théories continuent à témoigner que celles-ci possédaient un certain degré de vérité pratique, si l’on peut dire. La science nous incite donc à abandonner la recherche de la vérité absolue, et à y substituer ce qu’on peut appeler la vérité “technique”, qui est le propre de toute théorie permettant de faire des inventions ou de prévoir l’avenir. La vérité “technique” est une affaire de degré : une théorie est d’autant plus vraie qu’elle donne naissance à un plus grand nombre d’inventions utiles et de prévisions exactes. La “connaissance” cesse d’être un miroir mental de l’univers, pour devenir un simple instrument à manipuler la matière. Mais ces implications de la méthode scientifique n’apparaissaient pas aux pionniers de la science : ceux-ci, tout en utilisant une méthode nouvelle pour rechercher la vérité, continuaient à se faire de la vérité elle-même une idée aussi absolue que leurs adversaires théologiens2. »

MILL, Science et religion, 1935. 

1 credo religieux : affirmation d’une croyance.

2 théologiens : ceux qui définissent le contenu de la croyance religieuse.


La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 


PRESENTATION DU SUJET

Ce texte de Russell a trait à une notion classique du programme de terminale ES, la vérité, faisant partie du grand domaine ‟La raison et le réel”. Mais le texte est transversal car il touche la vérité en religion (grand domaine de ‟La culture”) et en sciences (grand domaine ‟La raison et le réel”). 

Il s’agit donc d’un texte à dimension épistémologique, qui questionne les différences entres les vérités religieuses et les vérités scientifiques.


ANALYSE DU TEXTE

• Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.). 


• Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.


• L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale.


• Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes de l’Introduction, ce que nous allons donc faire ici.


SITUATION DU TEXTE

Dans ce texte, extrait du livre Sciences et religion, Russell...

1) Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait) 

... s’intéresse à la différence entre la vérité des théologiens et la vérité des scientifiques.


2) Thèse du texte (point de vue défendu par Russell)

Pour Russell, deux choses au départ distinguent la vérité religieuse de la vérité scientifique : leur degré de durabilité (définitive pour la religion, provisoire pour la science) et de certitude (assurée pour la religion, suspendue pour la science). Mais au final, seule la conception d’une conception pratique de la vérité départage véritablement religion et science, puisqu’alors la vérité n’est plus seulement théorique et absolutisée, mais a trait à l’action et à la pratique de notre monde réel.


3) Problème du texte

Mais alors, est-ce que la véridicité de la vérité passe après sa dimension pratique ? Comment comprendre cela sans que cela soit complètement paradoxal ? Que serait une vérité fausse mais dense pratiquement ?


4) Enjeu

Une nouvelle définition de la vérité, plus réaliste, moins idéaliste.


5) Annonce du plan (étapes par lesquelles Russell procède). 

Pour mener à bien son argumentation, Russell procède en trois temps. Dans un premier temps, le philosophe expose la différence de base qui départage la vérité scientifique de la vérité religieuse : la durabilité et la certitude, manquantes pour la première, totale pour la seconde. Cr la vérité scientifique ne peut être définitive, changeant perpétuellement selon les évolutions expérimentales. Ceci étant posé, dans un second temps Russell dit que cet aspect non durable de la vérité scientifique ne l’affaiblit pas pour autant, puisqu’elle trouve sa grandeur dans ce qu’elle permet pratiquement, quand bien même elle est approximative ailleurs : nombre d’inventions furent impulsées par des vérités dorénavant surannées. C’est alors ce qui distingue pour Russell un degré de vérité supérieur. Ce pourquoi dans un dernier temps, Russell en vient à dire que c’est uniquement cette dimension pratique, reliée profondément au monde matériel et réel, qui peut légitimement distinguer la vérité scientifique de la vérité religieuse, en ce qu’elle abandonne une vision absolutiste de la vérité.


PROPOSITION DE PLAN

I. La vérité scientifique, contrairement à la vérité religieuse, n’est ni durable ni certaine, elle n’est jamais définitive.

« Un credo religieux diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité, éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire : » 

↳ Russell distingue ici deux types de vérité : la vérité religieuse et la vérité scientifique. Deux critères les démarquent l’une de l’autre, premièrement celui de la durée, deuxièmement celui du degré de certitude. La vérité religieuse se caractérise par son caractère éternel et absolument certain, c’est un type de vérité qui dure, et dont la certitude est absolue. Au contraire, la vérité scientifique qui se distingue par sa non durabilité, et son caractère provisoire : au niveau de la durée elle est donc éphémère, et son degré de certitude s’en trouve nécessairement touché, elle ne peut être sûre. 


« elle s’attend à ce que des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires, et se rend compte que sa méthode est logiquement incapable d’arriver à une démonstration complète et définitive. »

↳ Explication de Russell qui précise pourquoi la vérité au sens scientifique est provisoire. De manière comparative à la position de falsifiabilité défendue par Popper (Logique de la découverte scientifique), la science sait que sa méthode reste suspendue à de possibles changements, de sorte que ses théories peuvent être amenées à être changées, ce sans quoi elles seraient fausses (c’est ce qu’implique le concept ici de “nécessité” : soit les théories sont changées soit elles sont fausses). Pas de vérité définitive pour la science, donc.


« Mais, dans une science évoluée, les changements nécessaires ne servent généralement qu’à obtenir une exactitude légèrement plus grande ; » 

↳ Exactement comme ce qu’il se passe chez Popper, les modifications d’une théorie ne hissent en aucun cas la théorie en question à un niveau de certitude indubitable qui ferait que la théorie est vraie définitivement. Elles permettent seulement d’amener la théorie vers une « exactitude » un peu plus grande. Autrement dit, il s’agit d’affiner une théorie, par exemple en modifiant telle ou telle de ses grandes idées qui ne se corroborerait pas dans l’expérience. Sans le faire, la théorie devient fausse, mais en le faisant, elle ne devient pas non plus vraie. Il s’agit donc là d’une conception scientifique de la vérité relative (par opposition à l’absoluité des vérités religieuses).


« les vieilles théories restent utilisables quand il s’agit d’approximations grossières, mais ne suffisent plus quand une observation plus minutieuse devient possible. »

↳ Qu’est-ce que cela signifie ? Non pas que les vieilles théories sont à jeter et à oublier, elles peuvent au contraire toujours être utiles pour aboutir à des « approximations grossières », nous dit Russell. Cette expression est intéressante et redondante, Russell par la redondance insistant sur le caractère très approximatif de ce que l’on obtient en usant d’anciennes théories : non pas des vérités précises mais des approximations, grossières qui plus est... Néanmoins ces vieilles théories ne suffisent évidemment pas quand il s’agit d’entrer plus dans le détail (dans la « minutie »). Est-il surprenant que de vieilles théories, que l’on suppose devenues fausses aujourd’hui, puissent néanmoins s’approcher de la vérité ne serait-ce que par des approximations ? Non, puisque nous l’avons vu, Russell ne défend nullement l’idée d’une vérité scientifique admise une fois pour toutes, mais bien plutôt d’une vérité attendant toujours d’être réfutée, jamais définitive qu’elle est.


II. Vers une nouvelle définition de la vérité : la vérité pratique ou technique.

« En outre, les inventions techniques issues des vieilles théories continuent à témoigner que celles-ci possédaient un certain degré de vérité pratique, si l’on peut dire. »

↳ Russell fait ici intervenir un concept qui n’est pas très habituel dans le domaine si théorique de la vérité : celui de “pratique”. L’idée de Russell est la suivante : quand bien même théoriquement les vieilles théories n’étaient pas valables, elles étaient fertiles pratiquement, de sorte qu’elles avaient un « certain degré de vérité pratique ». Qu’entendre par « degré de vérité pratique » ? Le fait qu’elles aient été capables d’impulser des inventions techniques, donc de changer l’ordre des choses pratique, du domaine de l’agir.


« La science nous incite donc à abandonner la recherche de la vérité absolue, et à y substituer ce qu’on peut appeler la vérité “technique”, qui est le propre de toute théorie permettant de faire des inventions ou de prévoir l’avenir. »

↳ Nouvelle définition de la vérité qui apparaît sous la plume de Russell, sa dimension pratique, à tel point dit-il qu’il faut abandonner la « recherche de la vérité absolue » pour la « vérité technique ». Russell s’inscrit ici contre la tradition philosophique idéaliste, qui érige la vérité en absolu théorique, à tel point que sa recherche est presque de l’ordre du devoir. À la suite de Nietzsche notamment (Mensonge et vérité au sens extra-moral), Russell rend compte des capacités pratiques de la vérité.


« La vérité “technique” est une affaire de degré : une théorie est d’autant plus vraie qu’elle donne naissance à un plus grand nombre d’inventions utiles et de prévisions exactes. »

↳ Pour Russell, ce n’est pas aller totalement à l’encontre de la définition juste de la vérité que de dire qu’elle a une dimension technique, il n’est en effet pas question de dénaturer, de changer la nature de la vérité, c’est une affaire de « degré » seulement, dit-il. Une affaire de degré à comprendre de la manière suivante : si une vérité a une dimension pratique ou technique, alors une vérité est « d’autant plus vraie ». C’est le critère pour Russell d’une “vraie” vérité, d’une vérité digne de ce nom. Cette dimension pratique de la vérité se décline en deux catégories : d’abord les inventions qu’elle a impactées, ensuite les prévisions exactes qu’elle peut engendrer. Par prévisions, nous pouvons sans doute entendre ce qu’une théorie prévoit et qui se passe, quand bien même la théorie n’est pas fondamentalement juste.


III. L’enjeu de cette nouvelle définition de la vérité : la connaissance n’est pas dans un au-delà spirituel du monde réel.

« La “connaissance” cesse d’être un miroir mental de l’univers, pour devenir un simple instrument à manipuler la matière. »

↳ Enjeu fondamental de cette nouvelle définition pratique de la vérité : la connaissance cesse d’être un « arrière-monde » du monde réel, une sorte de miroir déformant car trop spirituel, « mental », de la réalité. Elle cesse aussi d’être hors du monde, ou d’être conçue comme supérieure au monde réel (on pense au monde intelligible de Platon, dégradant le monde sensible dans lequel nous vivons). Bien au contraire, pour Russell, une telle définition de la vérité fait de la connaissance un instrument pratique, et non plus seulement théorique. Il s’agit de connaître pour « manipuler de la matière », et non pas pour connaître sans rien changer du monde, d’une manière contemplative.


« Mais ces implications de la méthode scientifique n’apparaissaient pas aux pionniers de la science : ceux-ci, tout en utilisant une méthode nouvelle pour rechercher la vérité, continuaient à se faire de la vérité elle-même une idée aussi absolue que leurs adversaires théologiens. »

↳ Russell en cette dernière phrase du texte boucle la boucle, si l’on puit dire, en revenant à la religion et à la vérité théologique. Comment procède-t-il ? Tout simplement en comparant les origines de la science dans la recherche de la vérité avec la manière dont on procède en religion : les scientifiques, quand bien même ils instaurent de nouvelles méthodes quant à la recherche de la vérité, contrairement à la religion si certaine et si dogmatique, ne changeaient pas le piédestal théorique sur lequel les théologiens plaçaient la vérité de manière si absolue. Or pour Russell, absolutiser ainsi la vérité, c’est non seulement la rendre dogmatique, mais peut-être plus grave encore, l’éloigner du monde réel au nom d’un idéalisme digne de théologiens seulement mais pas d’hommes vivant dans le monde.

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