Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac ES Washington 2016

Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac ES Washington 2016

Découvrez le corrigé du sujet 3 de Philosophie du Bac ES de Washington 2016.

Noter professeur de philosophie a rédigé pour vous le corrigé de l'explication de texte de Bergson sur la différence entre loi morale et loi physique, l'obligation et la nécessité. Les notions en jeu sont donc la science, la morale et la nature. Vous trouverez ici une présentation du sujet, une analyse rapide du texte, puis une proposition de plan en réponse à la problématique posée.

Téléchargez gratuitement ci-dessous la correction de l'explication de texte de l'épreuve de Philosophie du Bac ES de Washington 2016 !

Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac ES Washington 2016

Le contenu du document


SUJET N° 3. EXPLICATION DE TEXTE

Texte de Bergson sur la différence entre loi morale et loi physique, obligation et nécessité.

Notions en jeu : science, morale, nature.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs, même s’il faut méthodiquement procéder de manière linéaire (expliquer ligne après ligne, du début à la fin, et montrer comment l’argumentation se déroule). Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


TEXTE A EXPLIQUER

Expliquer le texte suivant : 

« L’obligation n’est pas la nécessité. Quand j’abandonne une pierre à elle-même, elle tombe et ne peut pas faire autrement, et quand j’énonce cette loi générale, les corps sont attirés vers le centre de la terre, j’énonce une loi nécessaire en ce sens que les faits qu’elle embrasse ne sauraient en aucune manière s’y soustraire et cela tient à une raison fort simple. Les lois de la physique qui sont nécessaires ne sont guère que la constatation de ce qui se passe. Le physicien observe, expérimente et exprime par une formule générale le résultat de ses observations. Il est donc impossible que les faits se dérobent à la loi puisque la loi exprime les faits. Si un jour un phénomène ou un objet échappait à son influence, cela prouverait qu’elle est fausse, qu’elle n’est pas la vraie. Il faudrait en chercher une autre à laquelle obéissaient même les phénomènes nécessaires. Une loi nécessaire est donc une loi postérieure aux événements qu’elle régit. Elle en est l’expression, la formule et les événements ne peuvent s’y soustraire pour la raison très simple qu’elle se borne à les traduire. Il n’en est pas ainsi pour la loi morale. Les lois de la morale sont antérieures aux événements qu’elles prétendent régir et c’est par là qu’elles se distinguent des lois physiques. Cette loi, il ne faut pas voler, n’est pas l’expression abrégée, l’expression générale de ce qui se passe. Il y a des vols et des voleurs ; elle n’indique pas ce qui est mais ce qui devrait être. Ce n’est point un abrégé de la réalité, c’est un idéal qui précède la réalité et auquel la réalité devrait se conformer. De là vient qu’à l’opposé des lois physiques, ces lois de la morale admettent des exceptions. On peut se soustraire à leur influence ; on ne le devrait pas, mais on le pourrait. Et c’est en quoi l’obligation se distingue de la nécessité. »

BERGSON, Leçons de Clermont-Ferrand, 1883


La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 


PRESENTATION DU SUJET

Ce texte de Bergson n’a pas trait directement à une / ou des notion(s) classique(s) du programme de terminale ES, mais se situe de manière transversale entre les domaines de la nature et de la morale. Il interroge en effet la différence entre deux concepts que l’on a tendance à confondre dans le langage courant : la nécessité et l’obligation. 

Il s’agit donc d’un texte à dimension épistémologique et morale, qui questionne les différences entres les lois physiques et les lois morales, en les distinguant selon le critère de la pure nécessité ou de la simple obligation.


ANALYSE DU TEXTE

• Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.).


• Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.


• L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale.


• Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes de l’Introduction, ce que nous allons donc faire ici.


SITUATION DU TEXTE

Dans ce texte, extrait du livre Leçons de Clermont-Ferrand, Bergson...

1) Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait) 

... s’intéresse à la loi physique et la loi morale.


2) Thèse du texte (point de vue défendu par Bergson)

Pour Bergson, loi physique et loi morale sont différentes, l’une ayant trait à la nécessité, l’autre à l’obligation.


3) Problème du texte

Comment comprendre qu’une obligation morale ne soit pas du même type que la nécessité ? Pourquoi ne pas en faire une sorte de nécessité parmi d’autres et pourquoi ne voir de la nécessité que physique ?


4) Enjeu

Ne pas faire de l’obligation une nécessité, c’est ne pas contraindre ceux qui sont obligés, leur laisser une part de liberté et, se faisant, les responsabiliser.


5) Annonce du plan (étapes par lesquelles Bergson procède). 

Pour mener à bien son argumentation, Bergson procède en deux temps, assez descriptifs. Une phrase d’introduction toutefois précède l’ensemble et pose la thèse : « L’obligation n’est pas la nécessité ». Dans un premier temps, le philosophe se consacre à la nécessité, qu’il s’attache à expliquer sous le point de vue temporel (elle est postérieure aux faits) et sous celui de la soumission totale ou non des faits à celle-ci (totale en ce qui concerne la nécessité). Dans un second temps, Bergson s’intéresse à l’obligation, selon une manière parallèle à celle employée pour la nécessité : d’un point de vue temporel (elle est antérieure aux actes) et sous l’angle de la soumission totale ou non des actes à cette dernière (relative, ici, puisque les actes humains sont libres). En guise de conclusion, Bergson boucle la boucle, si l’on peut dire et clôt son propos de la façon suivante : « Et c’est en quoi l’obligation se distingue de la nécessité ».


PROPOSITION DE PLAN

I. La loi physique, loi de la nécessité.

« L’obligation n’est pas la nécessité. »

↳ phrase introductive posant la thèse de Bergson, afin de démarrer la démonstration.


« Quand j’abandonne une pierre à elle-même, elle tombe et ne peut pas faire autrement, et quand j’énonce cette loi générale, les corps sont attirés vers le centre de la terre, j’énonce une loi nécessaire en ce sens que les faits qu’elle embrasse ne sauraient en aucune manière s’y soustraire et cela tient à une raison fort simple. »

↳ Bergson part d’un exemple physique de la loi de la gravité : une pierre, soumise à un déterminisme précis, à une loi de cause à effet, la loi de la gravité, nécessairement tombe. C’est nécessaire, ce qui veut dire plusieurs choses : 1/ cela ne peut pas être autrement, 2/ cela ne tolère aucune exception, 3/ rien ne peut se soustraire à la nécessité implacable de la chose. Pourquoi ? Bergson va l’expliquer par la suite.


« Les lois de la physique qui sont nécessaires ne sont guère que la constatation de ce qui se passe. Le physicien observe, expérimente et exprime par une formule générale le résultat de ses observations. Il est donc impossible que les faits se dérobent à la loi puisque la loi exprime les faits. »

↳ Les lois de la physique ne fondent pas la réalité, elles dénotent la réalité, elles ne sont que le miroir théorique de ce qui se passe en réalité, issues de l’expérience. La loi ne construit pas les faits ni la relation entre les faits, elle exprime les principes qui relient ces faits entre eux, selon une observation stricte et répétée, de sorte qu’elle émet une généralité puis une nécessité sur des relations qui se sont toujours produites et qui ne dépendent pas d’elle pour exister.


« Si un jour un phénomène ou un objet échappait à son influence, cela prouverait qu’elle est fausse, qu’elle n’est pas la vraie. Il faudrait en chercher une autre à laquelle obéissaient même les phénomènes nécessaires. »

↳ Les faits ne peuvent déroger à la règle, et s’ils le font, c’est alors que la règle est fausse. Les faits se déroulent nécessairement, selon une logique implacable. S’il y a des exceptions à la règle, c’est que nous n’avons pas trouvé la bonne règle, et qu’il faut chercher encore.


« Une loi nécessaire est donc une loi postérieure aux événements qu’elle régit. Elle en est l’expression, la formule et les événements ne peuvent s’y soustraire pour la raison très simple qu’elle se borne à les traduire. »

↳ Paradoxe apparent : la loi nécessaire n’est pas ce qui rend nécessaire une relation entre les phénomènes qu’elle semble régir, elle est la théorisation de la nécessité existante entre les événements. En ce sens, purement définitionnel donc, aucune soustraction n’est possible. Deux sens à cette idée : 1/ des événements ne peuvent se soustraire à une loi qui n’existe pas dans la réalité mais qu’en théorie, cela n’aurait aucun sens, 2/ plus profondément, les événements ne se soustraient jamais à la nécessité qui les emprisonne, quelle que soit la loi physique qui découle de cette nécessité. Les événements physiques ne dépendent pas de lois physiques relevées par les scientifiques, mais d’une nécessité dure, brute, réelle, qui peut bien échapper à la pensée.


II. La loi morale, loi de l’obligation

« Il n’en est pas ainsi pour la loi morale. »

↳ Les lois morales se distinguent des lois physiques. Bergson reprend là une idée traditionnelle : les faits et les actes ne sont pas comparables car les actes dépendent d’un choix, d’une rationalité, d’une conscience et donc d’une liberté, quand les faits sont mus tout simplement. Ceci explique pourquoi les actes humains ne peuvent faire l’objet d’une science « dure », nécessaire... 


« Les lois de la morale sont antérieures aux événements qu’elles prétendent régir et c’est par là qu’elles se distinguent des lois physiques. »

↳ Ce qui fonde, selon Bergson, le critère de distinction entre la loi morale et la loi physique, c’est le rapport au temps : moralement, la loi précède les actes, physiquement la loi vient après les faits. De sorte que d’un point de vue tout à fait logique, certains actes peuvent échapper à la loi morale quand nul fait ne peut échapper aux lois physiques.


« Cette loi, il ne faut pas voler, n’est pas l’expression abrégée, l’expression générale de ce qui se passe. Il y a des vols et des voleurs ; elle n’indique pas ce qui est mais ce qui devrait être. Ce n’est point un abrégé de la réalité, c’est un idéal qui précède la réalité et auquel la réalité devrait se conformer. »

↳  Second exemple que prend Bergson, une interdiction morale, un impératif : « il ne faut pas voler ». L’impératif moral se conjugue avec le verbe ‟falloir” quand la nécessité équivaut à un ‟il ne peut pas en être autrement”. Ce qui les différencie, c’est que l’un appartient au domaine de l’idéal, du devoir, du devoir être même (la loi morale) quand l’autre appartient au domaine de la réalité, de ce qui est et qui ne peut pas changer (la loi physique). La loi morale fait fi de la réalité, peu lui importe la réalité, seul compte ce qui devrait être et auquel la réalité ne correspond pas. L’obligation naît de là : de cette tentative de tordre la réalité pour la conformer au devoir. Mais l’obligation morale ne peut pas changer des faits, elle peut juste essayer de régler des actes, des actes humains empreints de liberté et pouvant échapper à une implacable nécessité. 


« De là vient qu’à l’opposé des lois physiques, ces lois de la morale admettent des exceptions. On peut se soustraire à leur influence ; on ne le devrait pas, mais on le pourrait. »

↳ Conséquence de taille : là où aucune exception n’est possible dans la loi physique, elles restent possibles dans la loi morale, car la loi morale oblige, c’est-à-dire nous dit comment nous devrions agir, mais ne soumet pas nécessairement puisqu’elle nous laisse le choix. Elle influence quand la nécessité soumet absolument. Là où les faits physiques ne peuvent pas être autrement qu’ils sont, par implacable nécessité, les lois morales disent que les actes devraient être autrement, mais tout en sachant très bien qu’il n’y a là aucune nécessité et qu’ils peuvent très bien être autrement que ce qu’ils devraient être.


« Et c’est en quoi l’obligation se distingue de la nécessité. »

↳ Bergson peut donc conclure sur une phrase similaire à celle par laquelle il a commencé le texte : « et c’est en quoi », car maintenant il l’a démontré, « l’obligation se distingue de la nécessité ».

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac ES le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac ES

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac ES

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?