Dissertation de Philosophie, L'état - Philosophie - Terminale ES

Dissertation de Philosophie, L'état - Philosophie - Terminale ES

Retrouvez un sujet de dissertation de Philosophie, pour vous entrainer au Bac ES. Le thème est l'état.

Le sujet porte sur : "L'état est-il garant de la perennité de la société ?".

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Dissertation de Philosophie, L'état - Philosophie - Terminale ES

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SUJET : L’ETAT EST-IL LE GARANT DE LA PERENNITE DE LA SOCIETE ?

 

Dans nos sociétés modernes, les relations entre individus sont in fine régulées par l’Etat, c’est-à-dire par une instance politique souveraine définissant les droits et les devoirs de chaque citoyen.

Qu’il s’agisse de la rétribution d’un travail, de l’acquisition d’un logement, ou encore de l’union de deux personnes par les voies du mariage, l’Etat est censé s’assurer de la bonne marche des rapports humains et de la résolution d’éventuels litiges.

Une telle organisation de nos sociétés présuppose donc qu’il ne nous est pas permis d’entretenir une société viable par nos propres moyens. Il est à penser, qu’à terme, l’absence de pouvoir hiérarchique bien établi ne peut conduire qu’à l’anarchie et à d’insolubles conflits intestins. 

Que penser d’une telle induction ? Ledit rôle de l’Etat se justifie t-il ? Les individus sont-ils a ce point inaptes à réguler leurs interactions ?

Si la centralisation d’un tel organe de décision est un modèle communément répandu et admis, et cela au principe même de l’idéologie démocratique, c’est-à-dire du pouvoir du peuple par le peuple, c’est bien qu’il bénéficie d’une certaine crédibilité.

Pour autant, nonobstant les pouvoirs à caractère clairement despotique, ne constate-t-on pas quelques exactions au sein même de l’Etat qui puissent remettre en question le bien-fondé de son existence ? D’autres modèles de pouvoir n’aboutiraient-ils pas au projet escompté d’une société pérenne ? 

Le statut de l’Etat s’il n’est pas nécessairement à abroger doit probablement être réévalué à l’aune des propres relations des institutions politiques aux sociétés dont elles ont la charge.

 

Tout d’abord cette prédominance de l’Etat dans les sociétés modernes n’est peut-être que le fait de la nature même de l’homme. Plus qu’un héritage ou la réforme de la royauté, l’Etat réitère l’articulation même de la cellule familiale. Là, l’intégrité de la famille opère à travers la confiance que les enfants accordent à leurs parents. Une famille sans hiérarchisation encoure le risque de péricliter. Le rôle des parents réside alors dans leur faculté à fédérer autour d’eux, et cela exige que soient alors clairement identifiés des lignes de conduites à tenir, un sens de l’équité, et une certaine exigence morale. 

Plus complexe, plus stratifié, plus globale, l’Etat se fonderait donc dans la continuité du microcosme familial.  Il y aurait là une sorte de penchant naturel de l’homme à forger une entité étatique afin d’assurer l’harmonie de la vie commune.

Aristote aimait d’ailleurs comparer cette configuration naturelle de la société à celle de l’organisme humain lui-même. Ainsi la viabilité de celui-ci relève d’une juste répartition des tâches entre le commandement de l’âme, ou l’esprit, et l’exécution motrice du corps. Nous serions ainsi prédisposés à organiser nos vies suivant le modèle d’un décideur, d’un esprit (psychique ou institutionnel), d’un Etat qui édicte des règles à des exécutants, à des corps (biologiques ou sociétaux), à des citoyens qui s’y tiennent.

La hiérarchie ainsi posée n’infère pas essentiellement un rapport de supériorité et d’infériorité. Elle se pense plus certainement en termes de complémentarité. Le décideur et l’exécutant travaillent en fait de concert aux fins de l’intérêt commun. Dans cette perspective, l’Etat assure l’équilibre d’une société dont il fait lui-même partie. 

 

Dans la droite ligne de considérations démocratiques c’est à travers le consentement mutuel des membres de la communauté que l’Etat dispose d’un tel pouvoir. Celui-ci constitue dans ce cadre le tiers auquel des individus potentiellement en désaccord confient le soin de le résoudre. La perte relative d’autonomie et de liberté d’un individu par l’action de l’Etat et aussi de fait sa protection contre les exactions d’autrui. En même temps que l’Etat m’assigne à des devoirs il m’offre la jouissance de droits.

Là aussi cette impériosité de l’Etat peut trouver ses racines dans la nature et la condition humaine. La présence d’autrui, de ses désirs et de ses volontés, représente un certain frein au plein accomplissement des miens.  Par l’Etat on se prémunie alors des injonctions primitives de la ‘’loi du plus fort’’. Pour Thomas Hobbes « aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tient en respects, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, la guerre de chacun contre chacun ». Ici, plus que la recherche de l’harmonie, c’est du chaos dont il s’agit de se protéger. L’inclination de l’homme à ses pulsions et à ses passions réclame qu’une instance de pouvoir  en canalise la portée. Chez Hobbes la souveraineté de l’Etat se veut totale, c’est à cette seule condition que les individus seront contraints, à défaut d’y aspirer profondément, de lier leurs destinées. 

 

Cette vision radicale du rôle de l’Etat par Hobbes met toutefois l’accent sur un aspect qui pourrait paradoxalement conduire à un argumentaire allant précisément à l’encontre de la nécessité d’une souveraineté du pouvoir. En effet, l’Etat ainsi envisagé n’a de juste effectivité que dans la mesure où celui-ci ne serait pas lui-même enclin aux pulsions et aux passions. Or, peut-on véritablement instruire un Etat désincarné ? Autrement dit ainsi posé comme évidence, ne risque-t-on pas  d’omettre le fait que l’Etat est avant tout le fait d’hommes et de femmes soumis, par définition, aux mêmes tourments de l’âme ? La souveraineté de l’Etat c’est aussi, et peut-être avant tout, la leur.

La souveraineté de l’Etat confine à l’abstraction, mais dans les faits elle instaure une stricte démarcation entre le décideur et l’exécutant. Les membres d’un gouvernement paraissent ainsi comme absentés de la société dont ils font pourtant initialement partie.

Avec Karl Marx il est ainsi possible d’indexer un des effets retors d’un tel phénomène. Un pouvoir politique détaché des individus qui composent la société dont il est issu finit par définir un bien commun, un enjeu commun, lui-même désincarné. Marx stigmatise ainsi le fait que dans les sociétés modernes la notion de « capital » s’est substituée à celle de l’humain. Dès lors le « capital » seul, la valeur économique d’une société, devient l’enjeu majeur d’un intérêt collectif qui n’a de collectif que le nom. Le particulier ne vaut qu’en tant que force de travail et rétribution marchande.   

Dans ces conditions, les membres étatiques souverains auront tendance à ne répondre qu’aux seules exigences du marché.  Ils nourrissent ainsi les dichotomies entre les différentes couches sociales, renforçant notamment les inégalités entre les bourgeois et le prolétariat.  Marx parle ainsi de « lutte des classes » pour désigner en quelque sorte ce retour à ‘’la loi du plus fort’’ de laquelle était censée nous préserver l’Etat, comme il en était fait mention plus tôt dans le développement du sujet.

Dans un propos commun Marx et Friedrich Engels avançaient ainsi que la constitution d’un tel Etat faisait «  figure de communauté illusoire, mais toujours sur la base concrète des liens dans chaque conglomérat de famille et de tribu, tels que liens existants du sang, langage, division du travail à une vaste échelle et autres intérêts ».  Une telle société présente la structure d’une communauté, elle en reprend les figures telle que celle primordiale de la famille, mais dans les faits elle n’existe déjà plus. La pérennité et l’évolution de la société a laissé place à la croissance des capitaux.

Peut-on alors imaginer, à l’opposé de cela, que la survie d’une société dépende expressément de la proscription de tout organe étatique ? Comment une société pourrait-elle ainsi procéder à son autorégulation ? Pierre Clastres nous en donne un aperçu à travers son étude des modes de vie de tribus primitives. Selon lui certaines de ces dernières démontreraient de fait que les individus ne sont pas naturellement portés à ériger un pouvoir central qui les régirait. Dans ces communautés tous les individus sont égaux et toute tentative de prise de pouvoir de l’un de leurs membres est réprouvée, dans la violence si nécessaire. 

Clastres affirme ainsi que ce qui si une « société n'est plus primitive, c'est qu'elle est devenue une société divisée en dominants et dominés, en maîtres et sujets », et ajoute que «  l'émergence de l'Etat détermine l'apparition des classes ». L’homme ne serait donc pas naturellement politique, voué à la constitution d’un Etat. Celui-ci ne serait en fin de compte qu’un projet singulier d’une aliénation de l’homme par l’homme que l’on aurait su réprimer. L’Etat ne serait pas le garant de la société, mais tout au contraire il signifierait la division de ses membres, et donc l’avènement de sa fin. 

 

La question qui se pose alors au-delà du bien-fondé de l’Etat en soi concerne les formes de hiérarchie qu’il met concrètement en place. Nombre de nations ont été, ou sont encore victimes du despotisme de certains Etats, voire d’un seul souverain ; même le fonctionnement des Etats dits démocratiques souffrent encore des iniquités sociales qu’il recèle.

L’Etat devrait certainement inverser les pôles de ses processus politiques : à la contrainte de l’individu à l’obéissance privilégier la réalisation d’un idéal collectif. Jean-Jacques Rousseau parlait de « moi commun » comme vision essentielle des rapports de l’Etat et de la société. Dans cette perspective l’Etat doit demeurer en retrait des existences, des actes et des volontés des membres de la communauté. Sa mission n’est pas de dicter un intérêt collectif mais de travailler au consensus des ambitions et volontés des divers particuliers qui composent la société.

« Les gouvernements qui se conduisent le mieux sont ceux dont on parle le moins » ajoute Rousseau. L’Etat doit être dans la mesure plutôt qu’il ne doit prendre des mesures ; l’Etat doit être un arbitre plutôt qu’un décideur. L’Etat, dans la plupart de ses formes actuelles, travaille peut-être trop aux revendications des différentes couches de la société, des bourgeois et des prolétaires, des particuliers et des entreprises, des natifs de la nation et des immigrés, ... de fait il ne tend pas tant à harmoniser celles-ci qu’à en affirmer les altérités. Réglant les questions politiques au cas par cas il exacerbe les conflits au lieu d’instruire un projet commun, au lieu de réfléchir aux consensus comme cœur même d’un potentiel ‘’moi’’ social. 

Cette dimension de l’Etat paraît sans doute encore quelque peu absconse mais elle donne déjà une sorte de directive d’une pérennité de la société, d’une société avec ses mixités de tout ordre qui doivent néanmoins s’inventer un avenir ensemble. Autrement dit l’Etat doit peut-être avant tout chose, avant toute action politique précise, se constituer en symbole d’une union nationale. 

Le « philosophe roi » qu’annonçait et qu’appelait de ses vœux Platon parait encore loin. Platon croyait au monde des Idées, celui des vérités éternelles et universelles, et de la raison. Et le philosophe dans sa grande sagesse et par son apprentissage du passage du monde chaotique du sensible à celui stable des Idées, devait être la figure essentielle d’un Etat idéal, d’une « cité idéale » comme il le dénommait alors. 

Mais peut-être doit-on voir, à travers l’une de ses autres citations, penser à une philosophie reine plutôt qu’à un philosophe roi en tant que tel : « l'un des préjudices d'avoir refusé de prendre part à la vie politique est que vous finissez par être gouverné par vos subordonnés ». Il y a là le principe selon lequel l’affaire de l’Etat est bien l’affaire de tous, qu’il doit être social, partagé, plutôt que politique, souverain.

 

Même abordée dans le giron de la contemporanéité, la question de l’Etat et de la société renvoie inéluctablement à des considérations philosophiques. C’est par la philosophie qu’il est notamment possible d’avoir un certain recul sur l’actualité de cette question. Le citoyen a des devoirs et des droits régis par l’Etat, mais il a surtout le droit et le devoir de se considérer comme membre même de l’Etat. Il n’est pas un simple sujet d’un régime politique, il en participe.

On peut encore considérer que l’Etat est le garant de la pérennité de la société, mais cela doit être perçu non pas comme une contrainte, comme un mal nécessaire en d’autres termes. Des dérives de l’Etat souverain ont été constatées, des alternatives à celui-ci, jusqu’à son abolition même,  perdurent dans des sociétés dites primitives. L’Etat ne doit pas se confondre à une sorte de bourreau et d’inquisiteur, il doit trouver, ou retrouver, son fondement comme chance et espoir d’une existence partagée des individus.

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