L'interprétation

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Le contenu du document

Dans ce cours sur l’interprétation, il s’agit de penser les tenants et aboutissants de cette notion. À quel domaine appartient-elle ? Notamment au champ épistémologique, et elle a trait à la connaissance. Elle apparaît même comme antagoniste à la connaissance pure et dure. Vouée à la subjectivité, à la labilité, à la contingence, l’interprétation n’aurait pas les bases fixes d’un savoir bien-fondé. 

Pourquoi ? D’abord en raison du fait que c’est un individu bien précis, singulier, qui interprète en appréhendant le monde qui l’entoure. L’interprétation est alors chargée de cette individualité la mettant en œuvre. 

Ensuite, parce que l’interprétation n’intervient que sur l’occurrence d’un phénomène, et un phénomène, comme son nom l’indique, n’est pas la chose même, il n’est qu’une manière de se manifester bien particulière. Enfin, en raison de son medium qui place un support particulier entre le sujet interprétant et l’objet à interpréter.

PRÉREQUIS

Aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

Exemples et définition de l’interprétation ; Interprétation contre connaissance et certitude ? ; La phénoménologie, l’étant et le Dasein chez Heidegger ; L’interprétation pulsionnelle chez Nietzsche ; L’interprétation, le plus bas degré de connaissance chez Platon ; Monde sensible et monde intelligible, phénomènes et choses en soi chez Kant ; L’interprétation textuelle chez Derrida ; L’interprétant et la sémiotique chez Pierce.

Introduction

A.  Définition

On interprète une musique, cela signifie qu’à partir d’une partition, on joue la mélodie d’une manière plus ou moins personnelle, le son qui en ressortira ne sera pas une pure objectivité, mais une certaine manière, une certaine façon de comprendre et de jouer les notes retranscrites.

Un interprète, par ailleurs, est celui qui traduit d’une langue à une autre. Pourquoi “interprète” ? Parce qu’on sait que nos langages ne peuvent se retranscrire fidèlement d’une langue à une autre, parfois certains mots manquent, certaines nuances n’existent pas. L’interprète est alors celui qui choisira de la façon qui lui semble la plus juste une manière de dire concordante.

Un bon acteur, voici encore un interprète ! C’est celui qui colle à son personnage, qui vit presque ce qu’il incarne fictivement. Une pièce de théâtre, un scénario, tout comme une partition de musique ou un texte en langue étrangère, s’interprète.

Mais le juge, lui aussi, va interpréter... Il va interpréter des faits, une situation, une défense, une accusation. Rien n’est fixé par avance et c’est précisément l’interprétation juridique qui fera que la loi s’applique ou pas, s’applique plus ou moins.

Et même le scientifique d’ailleurs ne peut pas ne pas interpréter. Il décide de faire des expériences par exemple, les résultats, il les interprètera de telle ou telle façon ! Telle ou telle série de faits, il les raccordera à telle ou telle explication qu’il choisira.

Autrement dit, l’interprétation est quasiment partout, et a priori, tout est interprétable.

Au sens strict, interpréter, c’est ainsi donner du sens, une signification à un phénomène, à une chose. L’interprétation peut être univoque (tout le monde est censé interpréter pareillement un panneau du code de la route, par exemple !) mais aussi plurivoque, et bien souvent c’est d’ailleurs la plurivocité qui l’emporte, avec son lot de subjectivité et d’incertitude. 

Vous et moi n’interprèterions pas de la même manière un tableau, un poème, l’attitude de telle personne dans la rue, ou tel regard jeté sur nous. Le problème philosophique au cœur de l’interprétation est ainsi celui de la fidélité à la réalité, du jugement adéquat au phénomène que l’on interprète.

B. Problématique

L’interprétation fait ainsi généralement figure de parent pauvre de la connaissance. Trop sujette aux subjectivités du sujet, trop sujette aux apparences des phénomènes, trop sujette à la polyphonie en tout genre, elle n’aurait pas l’objectivité ni le critère d’universalité ou de certitude que l’on veut à tout prix pour la connaissance à proprement parler.

Pour autant, la question se pose : est-elle vraiment évitable dans le champ épistémologique ? la connaissance peut-elle s’en détourner ? Quelle place peut-elle avoir au sein du savoir alors même qu’elle se veut parfaitement lointaine des certitudes propres aux théorèmes mathématiques et de l’indiscutabilité des formules chimiques ? 

N’est-elle qu’un bas degré de connaissance ou doit-on lui reconnaître un rôle bien plus prégnant en la matière ?

I. L’INTERPRÉTATION, MARQUE DE LA SUBJECTIVITÉ DU SUJET

Il est ici question de comprendre l’acte d’interprétation à partir de l’énonciateur de celle-ci.

La subjectivité du sujet ne s’assimile pas ici aux simples jeux d’imagination d’un esprit fantasque, elle concerne plus exactement le fait que la présence du sujet dans l’opération d’interprétation est un facteur même de celle-ci. Le sujet n’est jamais neutre, il apporte de lui-même dans l’interprétation.

Et le sujet ne peut annihiler la présence de son corps, de ses affects ou encore de ses pulsions, comme interactions à l’objet de son interprétation.

Cela marque en tous points l’interprétation, reflet absolu de la subjectivité du sujet.

A. Phénoménologie - Pas de monde sans sujet appréhendant le monde

« Et si la question du monde est posée, à quel monde pensons nous en la posant? », telle est la question que se pose Heidegger, dans Être et temps, soulevant par-là l’idée selon laquelle il ne saurait rien y avoir d’appréhendé sans la marque du sujet appréhendant, ce qui signifie que tout, toujours, est le fruit d’une interprétation.

Pour mieux comprendre la position d’Heidegger quant à cette notion d’interprétation, il faut faire le détour par deux concepts majeurs de sa philosophie :

  • L’étant, c’est le concept par lequel Heidegger rompt avec la question de l’essence de l’homme. Pour lui, l’homme n’est appréhendé que dans son existence. Actions, comportements, pensées, paroles, définissent l’homme au moment même de leurs manifestations. L’homme n’est que ce qu’il fait, il se définit par ses actions, il n’est pas figé dans un être ou une essence, il est un étant.
  • Le dasein, c’est la présence du sujet au monde, littéralement son indubitable “être-là”, son être au monde. Le dasein entend dire que le sujet ne peut prendre de véritable recul sur la réalité qu’il se propose d’appréhender. Ainsi le dasein est ce qui rend possible l’étant, sa condition sine qua none, il est cette prise au monde par laquelle se réalisent les actes susmentionnés de l’étant.

Notons, pour en clarifier le processus, que le dasein n’est pas réductible à une position du sujet dans l’espace. Il est l’ouverture au monde du sujet, l’ensemble de ses possibilités, l’ensemble de ses potentialités culturelles, physiques et temporelles par lesquelles il est au monde.

Ainsi, en définitive, l’interprétation du sujet est d’une part le fait de l’étant, c’est-à-dire que ladite interprétation n’a d’absolu que dans son effectuation même ; et d’autre part elle est le fait du Dasein, c’est-à-dire qu’elle ne transcende jamais l’objet de son énonciation, elle ne peut pas outrepasser la subjectivité de celui qui l’accomplit.

L’interprétation n’a dans cette perspective, et pour reprendre les termes de Heidegger, que valeur de pré-compréhension, car elle n’a ni la certitude ni l’objectivité de la connaissance à proprement parler. Dasein et étant mettent à mal l’objectivité et ses figures univoques de l’interprétation intellectuelle au profit d’une saisie sensible, nécessairement dynamique et multiple, du monde. 

L’interprétation est donc une forme de connaissance première, charnelle, phénoménologique, c’est-à-dire qu’elle correspond à l’appréhension d’un sujet existant au monde de manière propre et personnelle, percevant les phénomènes à sa façon. Un phénomène, au sens strict, c’est d’ailleurs la manière dont une chose apparaît (du grec “phainomenon”, l’apparition) à quelqu’un en particulier. 

L’interprétation est donc le reflet absolu, phénoménologique, d’un sujet appréhendant les choses.   

REPÈRE. La phénoménologie est un courant de pensée consistant à dire qu’il n’y a pas de choses en dehors de leurs apparitions pour un sujet singulier. Autrement dit, aucune objectivité dans l’appréhension des choses, seulement une multitude d’appréhensions et de projections subjectivement orientées.

B. L’interprétation, ou quand l’intellectualité se trouve troublée par notre côté instinctif

Si l’on va plus loin qu’Heidegger, on peut aller jusqu’à penser que c’est le corps, l’instinctif, qui vient troubler l’intellectualité, en plus d’un rapport au monde forcément subjectif. Nietzsche dit cela et emprunte d’autres voies que celle de Heidegger pour montrer la configuration subjective de l’interprétation, mais on y retrouve cette même remise en question d’une rigide objectivité intellectuelle. 

Chez lui, l’ordre et la logique de la raison interprétative n’ont de cesse d’être troublées par l’irruption des désirs, des pulsions et des instincts de l’être. Celui-ci de ce fait ne se circonscrit jamais aux figures de la détermination, il est en perpétuel devenir. Pour Nietzsche, il ne s’agit pas tant de voir le monde, de l’interpréter, au prisme du sensible et de ses affects, que de considérer que ceux-là constituent le monde même. 

Cette configuration chaotique du monde n’est pas simplement une manière de l’approcher, elle est le monde dans son absolu. Ici, il n’y a pas de place pour des dispositifs intellectuels d’analyse des faits, il n’y a qu’une énergie primordiale et vitale faite d’interprétation. Ce pourquoi Nietzsche dira d’ailleurs qu’ « il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations ». Le monde ne peut pas être autrement.

Ainsi Nietzsche écrit-il, avec une plume aussi martelante qu’à son habitude : « je pense que nous sommes aujourd’hui éloignés tout au moins de cette ridicule immodestie de décréter à partir de notre angle que seules seraient valables les perspectives à partir de cet angle. Le monde au contraire nous est redevenu “infini” une fois de plus : pour autant que nous ne saurions ignorer la possibilité qu’il renferme une infinité d’interprétations. 

Une fois encore le grand frisson nous saisit : mais qui donc aurait envie de diviniser, reprenant aussitôt cette ancienne habitude, ce monstre de monde inconnu ? Hélas, il est tant de possibilités non divines d’interprétation inscrites dans cet inconnu, trop de diableries, de sottises, de folles d’interprétation, notre propre nature humaine, trop humaine interprétation, que nous connaissons... » (Le gai savoir). 

Autrement dit, pour lui, l’interprétation est ni plus ni moins que le gage d’une appréhension humaine des choses, désobjectivée, dédivinisée. L’interprétation est ainsi le fait d’une subjectivité humaine, « trop humaine », fragile parce que spécifique à nous autres, dotés certes d’un esprit, mais surtout d’un corps.

II. L’INTERPRÉTATION LIMITÉE PAR L’OCCURRENCE DU PHÉNOMÈNE

Ici, l’interprétation sera évoquée à partir de la chose énoncée. La labilité, c’est-à-dire la relative précarité de l’interprétation, outre la subjectivité de celui qui appréhende les choses, provient des choses elles-mêmes. En effet, le monde ne se donne jamais en son entier, en son absolu, il ne livre que certaines facettes de son occurrence, il apparaît de telle ou telle façon, mais jamais en son entier. 

C’est ce qu’un philosophe comme Kant précise lorsque, dans la Critique de la raison pure, il en vient à distinguer entre les choses en soi, les choses telles qu’elles sont, et les phénomènes, les choses telles qu’elles apparaissent à l’homme.

REPÈRE. La distinction que fait Kant entre choses en soi, les choses telles qu’elles sont, auxquelles jamais personne n’a accès, et les phénomènes, c’est-à-dire les choses telles qu’elles se manifestent à nous, êtres humains. Le phénomène n’est qu’une vue particulière sur la chose en soi, une apparence, et c’est lui le point de départ de tout en matière de connaissance.

Or le phénomène, objet de l’interprétation, n’est jamais pleinement circonscrit par celle-ci. Trop fuyant pour se déterminer dans un discours, trop lointain pour y coïncider parfaitement, trop diffus pour s’y montrer clairement. 

A. La dichotomie monde sensible/monde intelligible, phénomènes et choses telles qu’elles sont

La distinction kantienne entre phénomène et chose en soi trouve en réalité son point de départ dans l’origine même de la philosophie, avec Platon qui, quelques siècles avant J.-C., pensait qu’il y avait deux mondes, le monde des Idées, monde intelligible, et le monde sensible, celui des apparences. 

Le monde des Idées c’est celui des vérités immuables et universelles ; le monde du sensible quant à lui se trouve aux antipodes de celui-ci, il en est une illusion, un simple reflet, c’est le domaine des apparences qu’il faut dépasser à tout prix pour parvenir à une connaissance vraie et pure des choses dans leur réalité même.

REPÈRE. La distinction monde sensible/monde intelligible est classique en philosophie. Elle est due à Platon et elle équivaut à départager les choses du corps, vouées à l’apparence et à l’illusion en matière de connaissance, et les choses de l’esprit, de l’intellect, seules dignes d’intérêt car portes d’accès à la vérité et à la connaissance objective.

Dès lors, dans l’expérience vécue, il revient à l’intellect et à la réflexion d’éclaircir les ambiguïtés du monde sensible, de saisir l’unité véritable de la chose derrière les multiples facettes du phénomène qui, pour Platon, est insuffisant dans ce qu’il donne à voir, et donc trompeur puisqu’il ne donne qu’un point de vue minimal quant à la chose qu’il est censé manifester. 

Dans ce contexte, l’interprétation, pour Platon, équivaut à une opération des sens, elle rend compte des différentes impressions du monde sensible quant aux phénomènes qui nous apparaissent, elle n’est que le simple report par le corps des ambiguïtés même du monde sensible que l’entendement aura absolument à charge de démêler pour parvenir à la vérité.

B. De là, les divers degrés de connaissance, et l’interprétation au plus bas degré

Prenons un exemple développé par Platon lui-même, entre le dur et le mou, le lourd et le léger. Tout ceci ne semble être qu’une question d’appréhension personnelle et ô combien subjective des choses, donc une question d’interprétation. Ce qui peut me semble lourd pourra sembler relativement léger à une autre personne, et vice versa. 

Ainsi l’intellect, l’âme, est plongée dans une grande confusion et devra s’élever au-delà de l’interprétation pour pouvoir avoir une juste définition du lourd et du léger, du dur et du mou, de toutes ces qualités dont les choses sensibles sont pourvues et qui dépendent de mon appréhension de ces dernières. 

Ainsi Platon écrit-il qu’« il est alors nécessaire, dans de tels cas, que l’âme soit dans l’embarras sur ce que ce sens peut bien signaler comme “le dur”, si en effet il dit que la même chose est aussi molle ; et avec celui du léger et du lourd, qu’en est-il du léger et lourd, s’il signale aussi bien le lourd comme léger que le léger comme lourd ? 

Et en effet, dit-il, ces interprétations sont vraiment insolites pour l’âme et ont besoin d’une enquête. Vraisemblablement donc, repris-je, dans de telles situations, l’âme tente tout d’abord, en faisant appel au raisonnement et à l’intelligence, d’examiner si chacune des choses qui lui sont dénoncées est une ou deux » (La République). L’intellect doit sortir de la confusion de l’interprétation pour atteindre un nouveau stade de connaissance.

Pensons à cet égard à la « ligne de la connaissance » que Platon développe toujours dans ce même ouvrage La République, il s’agit en fait de degrés croissants de connaissance :

  • 1ère étape, le domaine de l’opinion et de l’interprétation, plus bas degré de la connaissance, car sensible, subdivisé en deux : a) le domaine de l’illusion, de la représentation, qui a trait aux ombres et reflets des choses ; b) le domaine de la croyance quant aux choses matérielles, pas encore fondé en vérité. Ce domaine de l’interprétation doit être relevé par l’intellect.
  • 2ème étape, le domaine de la connaissance, où l’intellect entre en jeu et dépasse les appréhensions sensibles des choses, lui-même subdivisé en deux : a) le domaine de la pensée logique, qui a trait notamment aux formes intermédiaires (mathématiques, hypothèses) ; b) le domaine de l’intellect pur, qui a trait aux formes pures, les choses telles qu’elles sont, objectives et dénuées d’interprétation.

REPÈRE. L’analogie de la ligne de la connaissance est un excellent point de repère pour comprendre l’ascension vers la vérité chez Platon. D’abord, les ombres et les reflets et leur représentation, ensuite les choses matérielles et la croyance, puis les réalités mathématiques et la pensée discursive, enfin les réalités formelles et l’intellect pur.

III. LA POLYSÉMIE DU MEDIUM DE L’INTERPRÉTATION

C’est maintenant à l’énonciation de l’interprétation que nous nous intéressons. Le médium de l’interprétation, que ce soit une œuvre d’art, un texte, ou encore le langage lui-même, n’est signifiant qu’à travers les modalités qui le rendent possible.

Ainsi, le médium de l’interprétation peut constituer un moyen de relier un sujet à l’objet de son interprétation tout autant qu’un obstacle à une telle liaison.

Le médium de l’interprétation possède en quelque sorte sa propre vie, et la saisie de cette singulière existence participe de l’interprétation elle-même.

A. La lecture et l’interprétation textuelle

« Derrière un roman ou un poème, derrière la richesse d’un sens à interpréter, il n’y a pas de sens secret à chercher. Le secret d’un personnage n’existe pas, il n’a aucune épaisseur en dehors du phénomène littéraire », écrit Derrida, dans Le monde de l’éducation n°284. Qu’est-ce à dire ? 

Que pour Derrida, qui ici se concentre sur la question de l’écriture plutôt que sur celle de la parole, la lecture d’un texte n’ouvre pas sur un dialogue interhumain, c’est-à-dire sur un dialogue entre l’auteur du texte et son lecteur. En effet, la parole, par l’imposante présence qu’elle signifie, par la vitalité et l’immédiateté de sa manifestation, laisse croire que ce qu’elle énonce est la chose en soi. 

La parole est le lieu privilégié du logocentrisme. Derrida stigmatise ici la pensée occidentale dans laquelle le logos signifie à la fois discours et rationalité, comme si le verbe était révélation même du monde.

Mais dans l’écriture, c’est différent. Derrida insiste ainsi sur le fait que le texte est absence, absence aussi bien du référent que du locuteur. Il met alors en place le concept de “déconstruction”, qui vise ainsi à mettre en lumière ces tensions qui œuvrent à l’écriture, cette torsion de l’absence et de la présence, cet intervalle entre eux et dans lequel se réalise la véritable nature et le véritable sens des mots. C’est là toute l’essence du travail d’interprétation. 

On le voit donc, l’interprétation textuelle est tout à fait propre au medium de l’écriture, qui est une forme de parole bien particulière.

B. Le rôle de l’interprétant dans la sémiotique

Alors qu’il travaille à la pragmatique de sa sémiotique, c’est-à-dire à l’étude systémique et systématique des signes et de leurs significations, Pierce décide de faire intervenir la notion d’interprétation dans son programme épistémologique.

À travers le concept d’interprétant, Pierce tente de mesurer les effets que suscite un signe donné sur son locuteur et sur son auditeur. Pouvant être de nature émotive (effets de sentiments), énergétique (effets d’actions), ou logique (effets de représentation), l’interprétant est ainsi ce qui accompagne et nourrit la signification elle-même d’un mot.

Ainsi, si la signification en soi circonscrit un champ relativement déterminé de compréhension, par son interprétant elle acquiert une polysémie quasi infinie. 

Voilà pourquoi Pierce écrit, dans La logique de la science, que « c’est chose terrible à voir, comment une seule idée confuse, une simple formule sans signification, couvant dans une jeune tête, peut quelquefois, comme une substance inerte obstruant une artère, arrêter l’alimentation cérébrale et condamner la victime à dépérir dans la plénitude de son intelligence, au sein de l’abondance intellectuelle ».

Conclusion

À travers le thème de l’interprétation, il semble donc que les critères de subjectivité et d’objectivité perdent de leur apparente opposition. L’interprétation, dès lors qu’elle n’est pas rabattue sur l’expression de fantaisies, interroge le fondement de toute donnée, de toute explication, de toute démonstration. Elle est le ferment de toute épistémologie donc de toute connaissance possible.

Elle est en sens comme une sorte de garde-fou à la pensée du positivisme, elle est une invitation à considérer la relativité, l’inachevé, l’indicible, l’insondable, et l’abscons, comme des déterminations même de l’expérience.

L’interprétation est ainsi peut-être le critère le plus objectif sur lequel peuvent s’appuyer les sciences, y compris les plus pragmatiques. Elle n’est donc pas à entendre comme on aurait pu le penser de prime abord comme un degré seulement moindre de la connaissance, bien au contraire.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Lorsque tu dissertes sur l’interprétation, il va bien falloir distinguer à quel niveau tu te situes : au niveau du sujet de l’interprétation, celui qui appréhende et interprète, donc ; au niveau de la chose qui apparaît, c’est-à-dire le phénomène ; enfin au niveau du medium de l’énonciation, ce par quoi elle se fait (un texte, une musique, un tableau, etc.). 

En effet, il va te falloir être particulièrement précis et bien situer ton propos entre ces trois pôles, ce sans quoi tu perdrais ton correcteur dans une confusion généralisée.

POUR ALLER PLUS LOIN …

Lis quelques pages du livre De l’interprétation, de Ricœur, qui s’intéresse ici à Freud et comment interpréter à la fois la psychanalyse, et se faisant soi-même. L’ouvrage de Ricœur ouvre une perspective que nous n’avons pu élaborer dans ce cours : la connaissance de soi n’est pas non plus objective, elle reste de l’ordre de l’interprétation.

PROGRAMME COMPLET DE PHILOSOPHIE

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  1. La conscience
  2. L'inconscient
  3. Autrui
  4. Le désir
  5. Le langage
  6. L'art
  7. Le travail et la technique
  8. La religion
  9. L'histoire
  10. La théorie et l'expérience
  11. La démonstration
  12. L'interprétation
  13. La matière et l'esprit
  14. La vérité
  15. La société et les échanges
  16. La justice et le droit
  17. L'Etat
  18. La liberté
  19. Le devoir
  20. Le bonheur (1/2)
  21. Le bonheur (2/2)

 

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