Le bonheur (2/2) - Bac de Philo - Terminale ES

Le bonheur (2/2) - Bac de Philo - Terminale ES

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Le bonheur (2/2) - Bac de Philo - Terminale ES

Le contenu du document

Ce deuxième cours sur le bonheur s’en veut à la fois la suite et l’approfondissement du premier. 

Ici, nous répéterons en introduction les définitions essentielles quant à notre notion, les bases conceptuelles qu’il faut connaître par cœur, puis nous développerons un ensemble inédit de problématiques, autre que celle vu dans la partie première du cours, la possibilité ou non d’être heureux. 

Ainsi, nous aborderons les notions de malheur humain eu égard au bonheur tout simple de l’animal, de lâcher prise comme devoir-être non idéaliste du bonheur, ou encore d’amour de soi et de résistance à l’uniformisation du groupe. 

Le bonheur est ici davantage vu d’un point de vue existentiel que dans la première partie du cours.

PRÉREQUIS

La partie 1 du cours sur le bonheur. Sinon, aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

L’étymologie du bonheur ; La différenciation bonheur / plaisir / joie ; Satisfaction animale et bonheur humain (Nietzsche, Mill) ; La conscience comme défaut dans le bien-être (Nietzsche, Descartes) ; Le lâcher-prise et l’ataraxie (Stoïciens, Descartes) ; Ne pas être un mouton et s’aimer soi-même (Sénèque, Jollien).

Introduction, les données de base à savoir par cœur

A. L’étymologie du mot bonheur qui le rend hasardeux et pose le problème de la volonté

L’étymologie du mot “bonheur” indique qu’il s’agirait de quelque chose d’aléatoire, d’hasardeux, qu’il serait donc possible, mais sans qu’il dépende de nous. En effet, “bonheur” vient du latin “bonum augurum”, “augurum” signifiant “chance”, “opportunité”, “bon augure”.

Un problème surgit alors : si le bonheur est si hasardeux, pourquoi tout homme le cherche malgré tout ? Pourquoi voulons-nous tous être heureux ? Autrement dit, en langage philosophique, pourquoi le bonheur est-il une quête universelle (= qui vaut pour tous) ?

B. La définition du bonheur qui le dissocie de la joie et du plaisir

La définition stricte du bonheur est la suivante : état de contentement ou de satisfaction continu.

Le bonheur est donc quelque chose de durable, et c’est cette durée qui est problématique, car il y a des circonstances, des moments plus ou moins importants de notre vie, qui s’avèrent plus ou moins durs.

La solution serait alors de tout faire pour avoir la force d’être heureux malgré tout. C’est ce que revendiquent les Stoïciens (nous le verrons), et c’est ainsi que l’on peut comprendre la citation de Nietzsche : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts ».

REPÈRE. Le bonheur est un état de satisfaction continu. Par la durabilité qui semble le caractériser par définition, il s’oppose donc à ses faux-amis que sont le plaisir et la joie. Attention donc à bien distinguer le fait d’être content / joyeux, de celui d’être heureux. On peut avoir du plaisir ou de la joie sans pour autant être dans le bonheur.

C.   Synonymes et mots proches, pour récapituler

= félicité, béatitude, satisfaction continue.

≠ joie, plaisir, bien-être, qui ne sont pas continus mais ponctuels.

I. BONHEUR ANIMAL, MALHEUR HUMAIN ?

« Contemple le troupeau qui passe devant toi en broutant. Il ne sait pas ce qu’était hier ni ce qu’est aujourd’hui, il court de ci, de là, mange, se repose et se remet à courir et ainsi du matin au soir, jour pour jour, quel que soit son plaisir ou son déplaisir. 

Attaché au piquet du moment, il n’en témoigne ni mélancolie, ni ennui. L’homme s’attriste de voir pareilles choses parce qu’il se rengorge devant la bête et qu’il est pourtant jaloux du bonheur de celle-ci car c’est là ce qu’il veut, n’éprouver comme la bête ni dégoût ni souffrance, et pourtant il le veut autrement, parce qu’il ne peut pas vouloir comme la bête. 

L’homme s’étonna aussi de lui-même, parce qu’il ne pouvait pas apprendre à oublier et qu’il restait sans cesse accroché au passé. [...] Alors l’homme dit : “je me souviens”. [...] C’est pourquoi il est ému, comme s’il se souvenait du paradis perdu, lorsqu’il voit le troupeau au pâturage, ou aussi, tout près de lui, dans un commerce familier, l’enfant... Trop tôt on le fait sortir de l’oubli. 

Alors il apprend à comprendre le mot “il était”, ce mot de ralliement avec lequel la lutte, la souffrance et le dégoût s’approchent de l’homme, pour lui faire souvenir de ce que son existence est au fond : un imparfait à jamais imperfectible. »   

Nietzsche, Seconde considération intempestive.

Que nous dit Nietzsche dans ce texte ?

Que c’est parce qu’il a une raison que l’homme réfléchit trop et qu’il se torture l’esprit et se fait mal. L’homme, parce qu’il pense trop, se rendrait malheureux et, parce qu’il aurait une mémoire, serait en plus dans l’incapacité d’oublier ses malheurs. 

Pour Nietzsche, le bonheur de l’animal s’explique par le fait qu’il n’a pas conscience du temps, qu’il n’est qu’un être de moment, il ne peut donc ni être triste, ni s’ennuyer, ni avoir des regrets ou des remords. 

Aucune passion négative chez cet être de l’instant. Tout le contraire de l’homme, qui parce qu’il possède une mémoire, est comme condamné au malheur. L’homme ne peut donc, selon Nietzsche, qu’être jaloux du bonheur innocent animal.

En réponse à Nietzsche, le philosophe Mill, dans son livre L’utilitarisme, défend l’idée qu’aucun être humain n’accepterait de devenir animal pour accéder au bonheur. 

Il réfute Nietzsche sur deux points. D’abord, il pense qu’il serait totalement dément de vouloir devenir animal pour être heureux car se faisant nous perdrions ce qui fait notre grandeur et notre humanité : notre conscience. 

Ensuite, il dit que parler de bonheur animal ne va pas de soi, il s’agit selon lui d’une confusion entre le vrai bonheur et la simple satisfaction des plus bas désirs. Quel homme se contenterait de cela ? Aucun, selon Mill, qui pense qu’il vaut mieux avoir une grandeur d’âme et des désirs proportionnels à cette grandeur d’âme que de simples satisfactions à assouvir. 

Mill défend donc l’idée d’un bonheur imparfait mais digne. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas de bonheur absolu que nous ne sommes pas heureux. Il ne faut donc en aucun cas jalouser les animaux et leur satisfaction. La citation de Mill suivante est à cet égard éloquente : « Il vaut mieux être un homme insatisfait qu’un porc satisfait ; il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait ».

REPÈRE. La satisfaction tout comme la joie et le plaisir, est moindre que le bonheur. La satisfaction parle des besoins, là où le bonheur parle de désirs et inclut donc la notion de conscience. Ce pourquoi un homme pourrait parfaitement être dans la satisfaction des besoins sans pour autant être heureux, il lui manquerait quelque chose.

II. LE LÂCHER-PRISE OU LE DEVOIR-ÊTRE NON IDÉALISTE DU BONHEUR

“Non-idéaliste”, qu’est-ce que cela veut dire ? Simplement qui ne vient pas de l’idée, donc de l’esprit. Autrement dit par ce titre, nous entendons que le lâcher-prise suppose que le bonheur ne doit pas être conçu de manière spirituelle, qu’il ne doit pas venir d’une réflexion ou de pensées. Mais alors d’où viendrait-il ? C’est ici ce sur quoi nous allons enquêter.

Nietzsche, dans la Seconde considération intempestive, explique que les animaux seraient heureux parce qu’ils seraient dépourvus de raison, donc de mémoire, et de pensée. Ils seraient heureux parce qu’incapables de penser. 

D’une manière tout autre, le philosophe André Comte-Sponville démontre que plus l’on s’efforce de se penser, de creuser en soi pour atteindre la connaissance de vérités sur nous-mêmes inconscientes, plus il est difficile d’être heureux. 

Là où le philosophe ne sonde pas par la pensée les moindres parcelles obscures de son être, le psychanalyste lui, le fait, et ne laisse aucun détail de côté, de sorte qu’en somme, il trouverait bien en chacun de nous des névroses et psychoses, donc des raisons de ne pas être heureux.

La question devient alors la suivante : est-il bon de tout savoir sur nous-mêmes, le monde, pour y vivre heureux ? Est-il bon de tenter d’éclairer l’obscurité ? Pourquoi les gens les plus simples (et ici, ce n’est pas péjoratif, la simplicité est bien plus féconde que la complexité...), qui se posent moins de questions, qui “ne se coupent pas les cheveux en quatre”, sont-ils plus heureux ? Pourquoi vivre peut paraître si difficile pour les uns, et moins pour d’autres ? Décide-t-on d’être heureux ? Cela dépend-il de notre volonté ? Le lâcher-prise évoqué serait-il alors une recette, dosable et efficace par le taux de volonté qu’on y mettrait ?

Un lâcher-prise bien délicat à mettre en place individuellement à l’heure actuelle où le temps c’est de l’argent, où la performance se résume à la rapidité, et où seuls les plus favorisés peuvent manifestement se permettre quelque peu d’oisiveté. On pourrait à cet égard presque penser que le bonheur serait de l’ordre du luxe.

Comment donc, en ces circonstances, lâcher-prise ? Et d’abord, comment définir le lâcher-prise ? Comme d’habitude, cherchons par l’étymologie ou les contraires. Lâcher, c’est le contraire de lier, de retenir. 

Il s’agit alors de se déconnecter, de se délier, de se couper de la réalité négative qui nous entoure, mais aussi des pensées négatives qui n’ont d’autres lieux que notre esprit et notre for intérieur. 

Lâcher prise, c’est alors suspendre ce qui nous tient en proie (“prise” et “proie” ont la même origine : le verbe “prendre”) et anesthésier les effets indésirables. Car comme le dit fort justement Épictète, un stoïcien : « Ce ne sont pas les choses qui nous troublent, ce sont les jugements que nous portons sur ces choses » (Manuel).

En raison de cela, du fait que selon Épictète ce qui peut nous affecter ou nous rendre malheureux ne sont pas les événements en eux-mêmes mais notre façon de les appréhender, il a recours, comme toute la tradition stoïcienne, à ce qu’on appelle une conversion de l’âme, un travail sur nos jugements négatifs pour les défaire de leur négativité, afin d’atteindre l’ataraxie, savoir la tranquillité de l’âme.

La science même, qui décidément nous aide beaucoup, prouve elle aussi, une fois encore, que le bonheur est bien dans notre tête, dans notre esprit ou notre cerveau. 

Nous pouvons le prouver biologiquement, par l’existence d’une hormone locale, l’hormone du bonheur, la sérotonine, qui sert de neuro-transmetteur dans le système nerveux central. 

La sérotonine est par exemple présente dans tous les anti-dépresseurs et les anxiolytiques, mais aussi dans ce qui n’est pas médical mais qui fait lâcher prise : l’alcool, la drogue... Elle se trouve aussi augmentée dans notre métabolisme lorsque nous avons des activités tendant à nous apaiser, à nous faire lâcher prise, précisément :

  • l’adrénaline, issue du bon stress ou du sport, influe sur notre taux de sérotonine ;
  • l’ocytocine, dite “hormone de l’amour”, issue de tout acte de douceur (une caresse maternelle, une tendresse amicale, une relation sexuelle, un câlin quel qu’il soit, le ronronnement d’un chat qui est dans la même pièce que nous – seul animal apte à influer sur notre système nerveux de manière scientifique prouvée, et ce par son ronronnement, une symbiose platonique entre plusieurs êtres, tout geste d’altruisme, de générosité, etc.).

Ainsi, le bonheur, ou plutôt la sensation de bonheur, est produite par notre cerveau ou notre esprit, et par notre bonne gestion de nos conflits intérieurs et de nos relations intersubjectives. 

Cela renforce l’idée du lâcher-prise rationnel, cette idée selon laquelle à un moment donné il faut s’arrêter de penser, de “tourner en rond”, de creuser, de chercher à comprendre, etc. Il faut alors supposer que suspendre son jugement (épochè, en termes de philosophie antique) devient le synonyme et la recette de ce lâcher prise.

Descartes, qui est pourtant le philosophe le plus rationaliste qui soit (= qui fait de la raison la faculté supérieure et l’explication de tous les phénomènes... cf. son « je pense, donc je suis » de la Seconde Méditation métaphysique), est aussi d’accord avec nous. Descartes, à la fin de sa vie, a eu une correspondance philosophique avec la princesse de Bohême, Élisabeth. 

Au départ, il était question pour Élisabeth de comprendre davantage la philosophie cartésienne, puis au fur et à mesure de la correspondance, Élisabeth se confie davantage, et parle de sa mélancolie à Descartes

À l’époque où nos deux compères écrivent (XVIIème siècle), la mélancolie équivaut à ce que nous pourrions appeler de nos jours une dépression de niveau 1. 

Élisabeth, du fait de son haut rang, des fonctions auxquelles elle a trait, se fait bien des soucis, et vit une vie complexe avec un entourage qui, pour des influences politiques, disparaît petit à petit sans raison. 

De sorte qu’elle a développé une tristesse incommensurable, cette mélancolie, qui fait qu’elle ne sait plus profiter de la vie ni trouver d’apaisement à son âme troublée. 

La solution de Descartes est alors bien un lâcher-prise, une suspension des pensées, appel bien étonnant de la part de ce rationaliste convaincu. Ainsi écrit-il dans sa Correspondance avec Élisabeth, la chose suivante :

« Une personne qui aurait une infinité de véritables sujets de déplaisir, mais qui s’étudierait avec tant de soin à en détourner son imagination, qu’elle ne pensât jamais à eux, que lorsque la nécessité des affaires l’y obligerait, et qu’elle employât tout le reste de son temps à ne considérer que des objets qui lui pussent apporter du contentement et de la joie, outre que cela lui serait grandement utile, pour juger plus sainement des choses qui lui importeraient, pour ce qu’elle les regarderait sans passion, je ne doute point que cela seul ne fût capable de la remettre en santé. [...] qu’il se faut entièrement délivrer l’esprit de toutes sortes de pensées tristes, et même aussi de toutes sortes de méditations sérieuses touchant les sciences, et ne s’occuper qu’à imiter ceux qui, en regardant la verdeur d’un bois, les couleurs d’une fleur, le vol d’un oiseau, et telles choses qui ne requièrent aucune attention, se persuadent qu’ils ne pensent à rien. »

Si nous poussons le lâcher-prise non idéaliste encore plus loin, nous aboutissons alors à une idée qui peut être choquante en elle-même, mais salvatrice du point de vue de nos sensibilités, celle selon laquelle ne pas tout savoir nous permettrait d’évincer quelques possibles objets de malheurs… 

Dois-je dire à mon conjoint que je l’ai trompé ? Ne pas le faire éviterait de le faire souffrir, si je suis dans une relation supposée exclusive avec lui. Dois-je ne pas tout dire à un ami pour ne pas le blesser ? Dois-je cacher, si je suis Maman d’un petit enfant, que je suis gravement malade ? Du même coup, ne dois-je pas m’empêcher de savoir certaines choses pour ne pas être malheureuse ? etc. etc. La vérité est parfois trop dure pour être affrontée. 

C’est pourquoi Nietzsche dit que « La vie a besoin d’illusions, c’est-à-dire de non vérités tenues pour des vérités » (Le livre du Philosophe).

III. LE BONHEUR, S’AIMER SOI-MÊME - UNE ÉQUATION ENTRE MOI ET AUTRUI

Être soi-même, c’est comme penser par soi-même, c’est assumer ce que l’on est. Ce que l’on est ? Cela signifie le poids du passé, le poids de notre histoire familiale, nos origines, nos opinions, ce qu’en philosophie on appelle notre “être au monde”. 

Tout un chacun en effet ne fonctionne pas de la même manière, comme il ne désire pas la même chose. C’est pourquoi nous sommes tous différents, des individus à part entière. Devenir adulte, c’est accepter cette idée, et assumer son être au monde singulier, quel que soit l’avis d’autrui.

Il faut bien comprendre que l’idée romantique de l’alter ego n’existe pas. Nous trouvons tous sur notre chemin des personnes qui nous ressemblent, et qui par ce fait nous rassurent et nous construisent : “s’il est, si elle est, s’ils sont comme moi, alors je vaux la peine d’être ce que je suis”. D’où l’adage « Qui se ressemble s’assemble ». 

Mais de ce fait, est-ce que je m’assume moi en tant que tel ? Suis-je moi pour moi, ou moi pour autrui ? Et si un jour je ne suis plus comme ces alter ego, alors cela signifie que nos chemins se sépareront. Rupture. Douleur. Malheur. Plus de bonheur.

Quelle leçon en tirer ? Qu’il ne faut point dépendre du jugement des autres, des normes sociales. Et surtout qu’une des conditions du bonheur se trouve dans le degré d’indépendance que l’on a vis-à-vis des autres, et ce faisant, dans le degré de non-influence des autres sur moi également. 

Certaines personnes peuvent être complètement déprimées parce qu’elles ne correspondent pas aux attentes des autres, aux normes. Il se passe que peu de personnes que l’on fréquente sont bienveillantes, au sens qu’elles veillent sur les autres sans les juger, les stigmatiser. 

Mais il faut être soi, s’assumer pleinement, être un individu à part entière, libre de ses choix, pour pouvoir se donner les conditions d’être heureux, et aussi respecter par autrui.

Sénèque, encore un stoïcien (décidément…) nous livre à ce sujet, dans De la vie heureuse, de très belles et de très justes considérations. Il explique que le bonheur se trouve dans l’affirmation de soi face aux autres, dans la résistance à l’uniformisation au groupe, dans le fait de ne pas être un mouton. Le chemin du bonheur se veut personnel, déroute de l’opinion commune :

« Vivre heureux, voilà ce que veulent tous les hommes : quant à bien voir ce qui fait le bonheur, quel nuage sur leurs yeux ! Ainsi, par-dessus tout, gardons-nous de suivre en stupide bétail ou comme des moutons la tête du troupeau, en passant non par où il faut aller, mais par où vont les autres. 

Or il n'est rien qui nous jette en d'inextricables misères que de nous régler sur le bruit public et l’opinion, regardant comme le mieux ce que la foule applaudit et adopte. Quand c'est de la vie heureuse qu'il s'agit, ne va pas, comme lorsqu'on se partage pour un décompte électoral, me répondre : “Ce côté-ci paraît le plus nombreux. Voilà le choix de la majorité”. Car c’est justement le moins sage. 

L'humanité n'est pas tellement favorisée que le meilleur parti plaise au plus grand nombre : la foule est le critère du pire. Je veux un bonheur qui ne soit pas pour les yeux, je veux un bonheur qui ne soit pas seulement bon pour l’apparence, je le veux stable et solide, et que la partie la plus cachée en soit la plus belle ; voilà le bien qu’il faut découvrir, le trésor à exhumer. 

Et il n'est pas loin ; on peut le trouver : il ne faut que savoir où porter la main. Mais nous passons à côté, comme dans les ténèbres, nous heurtant contre l’opinion des autres. »

Au final, loin d’être une question de hasard, de « petit bonheur la chance », nous avons progressé vers une définition plus exacte du bonheur comme dépendant surtout de notre volonté. 

Comme le disent Luca et Francesco Cavalli-Sforza, dans La science du bonheur, « le bonheur n’arrive pas automatiquement, ce n’est pas une grâce qu’un sort heureux peut répandre sur nous et qu’un revers de fortune peut nous enlever : il dépend de nous seuls. 

On ne devient pas heureux en une nuit, mais au prix d’un travail patient, poursuivi de jour en jour. Le bonheur se construit, ce qui exige de la peine et du temps. Pour devenir vraiment heureux, c’est soi-même qu’il faut savoir changer ».     

REPÈRE. Le bonheur n’est pas un état hasardeux, contrairement à ce que l’étymologie pourrait bien faire penser. Si l’on veut se donner toutes les chances d’être heureux, il faut de la volonté et aussi un travail sur soi.

IV. LE BONHEUR AU CREUX DE LA FAIBLESSE

S’aimer soi-même, c’est aussi s’aimer dans ses plus profondes faiblesses, qu’elles se voient ou non. Ce n’est qu’ainsi, bravant complexes, cicatrices plus ou moins grandes, histoire plus ou moins difficile, que le bonheur s’atteint, imperméable à une quelconque détermination du regard d’autrui.

Si le bonheur est question d’une juste estime de soi, et d’une volonté suffisamment puissante, ce faisant, il apparaît, contre toute attente initiale, comme étant le propre de ceux que Nietzsche appellerait les “forts” contre lesdits “faibles”. 

Et les “forts” ne sont pas forcément ceux que la société ou les normes qualifieraient ainsi. Ce que montre particulièrement bien Alexandre Jollien, né infirme moteur cérébral dû à une athonie, c’est-à-dire une asphyxie par cordon ombilical lors de sa naissance, et qui a puisé de son handicap, de sa faiblesse et de sa dite anormalité, toute sa force.

Alors que nous autres tenons debout, lui-même ne marchait qu’à 4 pattes à neuf ans. Alors que nous savons écrire, lui ne le sait toujours pas même devenu adulte. 

Au creux de ses faiblesses, qu’il a toujours assumé en tant que telles, il a découvert la philosophie, pour réussir davantage à se relever et à trouver sens à son existence, et à comprendre pourquoi il suscitait mépris et moqueries de la part des autres, des autres que lui, savoir, lesdits normaux. Ainsi peut-on croiser dans son ouvrage Éloge de la faiblesse les lignes suivantes :

« Le paralysé que tous prédisaient malheureux soutient le moral de qui le côtoie, cependant que l’élite intellectuelle et financière, promise à une somptueuse carrière et à un magnifique avenir, sombre dans un malheur sans mesure. Pourtant, “il a tout pour être heureux”. Cet énoncé confine à l’ineptie. Le bonheur se confectionnerait-il comme une brioche ? Une pincée de santé, de cuillérées de... »

Pourquoi la faiblesse serait-elle plus facile à vivre et se dirigerait plus vers le bonheur que la force supposée des individus ? Peut-être parce qu’elle tend plus à mettre du sens à la vie, à voir l’urgence des situations, à distinguer l’essentiel du superflu, à vivre comme si c’était le dernier jour, donc à créer des liens plus forts, plus sincères, plus stables, loin des idées préconçues de la société qui, de toute façon, rejette à tout prix le faible. (Autres exemples du même type : Manu Chao, Grand Corps Malade, etc.)

LE PETIT + DANS TA COPIE

Lorsque tu dissertes sur le bonheur, garde en tête la distinction bonheur (état durable) et joie (état éphémère) et la tension entre sa possibilité et/ou son côté inaccessible et donc illusoire. 

Ne pas oublier non plus que le bonheur, actuellement, fait l’objet d’une véritable dictature sociétale, on le nomme alors « happycratie », c’est la nouvelle norme qu’il faut arborer, au risque sinon d’être exclu et de passer pour un raté. Edgar Cabanas et Eva Illouz traite du sujet dans leur « Happycratie – Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies ». Le bonheur ne serait-il alors qu’un nouveau précepte collectif avant d’être une dimension existentielle personnelle ?

POUR ALLER PLUS LOIN …

Pour approfondir la question du bonheur et en avoir une vue plus personnelle, lire l’excellent ouvrage de Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur, très concret et qui équivaut à un véritable guide pour trouver ce bonheur que bien des philosophes considèrent, à tort, comme un idéal à jamais inatteignable. Cet ouvrage offre une réponse optimiste, d’origine bouddhiste, à toute notre tradition occidentale judéo-chrétienne, souvent bien pessimiste, quant au bonheur.

PROGRAMME COMPLET DE PHILOSOPHIE

Accède à toutes les fiches du programme de Philosophie ci-dessous. Notre professeure t'a rédigé de quoi réviser sereinement ton épreuve de Philo ! Télécharge la fiche gratuitement en créant ton compte pour réviser n'importe où.

  1. La conscience
  2. L'inconscient
  3. Autrui
  4. Le désir
  5. Le langage
  6. L'art
  7. Le travail et la technique
  8. La religion
  9. L'histoire
  10. La théorie et l'expérience
  11. La démonstration
  12. L'interprétation
  13. La matière et l'esprit
  14. La vérité
  15. La société et les échanges
  16. La justice et le droit
  17. L'Etat
  18. La liberté
  19. Le devoir
  20. Le bonheur (1/2)
  21. Le bonheur (2/2)

 

Fin de l'extrait

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