Théorie et expérience - Philosophie- Terminale ES

Théorie et expérience - Philosophie- Terminale ES

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Le contenu du document

Dans ce cours sur théorie et expérience, il va s’agir en fait d’apprendre comment les sens, donc l’expérience, impactent notre connaissance, quel est leur rôle dans l’acte de connaître et leur rapport à la théorie. 

Nous verrons d'abord que nos sens paraissent suffisants pour nous fournir toutes nos connaissances, comme si la théorie était absente : en effet, nos premières connaissances se font par immersion, imitation, et passent entièrement par les sens ; et ensuite, il semblerait bien que la condition nécessaire et suffisante pour atteindre la connaissance soit qu'elle se fonde sur l'expérience sensible, la base de la connaissance serait donc expérimentale et non théorique. 

Mais soutenir une telle position serait occulter le caractère double de la connaissance qui semble bien avoir besoin d'une fonction rationnelle, donc théorique. Si la raison n'intervient pas, nous le verrons, on ne peut tout simplement pas parler de connaissance à proprement dit. 

Cependant, les sens ne doivent pas être laissés en marge pour autant : sans eux, la connaissance pourrait bien se perdre, ne plus être rattachée à aucune réalité concrète et ne devenir que vaste divagation théorique. 

Ainsi, au terme de ce cours, il apparaît que les sens ne sont pas suffisants pour fournir toutes nos connaissances, mais qu'ils sont néanmoins nécessaires. La connaissance devient alors le lieu d’un rapport consubstantiel entre expérience et théorie, là l’une pour l’autre et non pas l’une contre l’autre.

PRÉREQUIS

Aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

La définition de l’expérience ; celle des sens ; celle de la théorie ; La distinction empirisme/rationalisme ; La connaissance probable chez les empiristes (Hume) ; La distinction connaître/penser chez Kant (expérience contre théorie pure) ; La connaissance pratique et par ouï-dire ; La connaissance théorique et les mathématiques ; Les petites perceptions de Leibniz et le morceau de cire de Descartes ; L’expérience comme appel de la théorie (Leibniz) ; La connaissance chez Kant comme alliance de l’expérience et de la théorie dans le transcendantal.

Introduction

A. Définition

L’expérience, c’est l’inverse de la théorie. C’est l’apprentissage ou l’accès aux choses par la pratique, par le vécu, par les sens. En philosophie, on parle d’empirisme pour évoquer l’expérience, car l’empirisme est cette doctrine consistant à dire que c’est par l’expérience, donc les sens, que l’on parvient à connaître les choses.

Les sens sont ce par quoi notre sensibilité se rapporte au monde, nous en avons cinq : la vue, le sens le plus utilisé, l’ouïe, l’odorat, le toucher, le goût. Les sens, on les a en commun avec les animaux, qui chez eux sont beaucoup plus développés puisqu’il s’agit de leur seul moyen d’appréhender ce qui les entoure. Nous, nous les accordons à notre esprit et ils ont pieds et mains liés à la connaissance. 

Dès notre naissance, les sens sont notre premier contact avec le monde extérieur : avant de raisonner et de conceptualiser les choses comme un adulte, le petit homme sent, goûte, voit, entend et touche. 

Ainsi, c'est par nos sens qu'au début de notre vie au moins, nous semblons acquérir certaines connaissances. Et tout au long de notre existence, il semblerait bien que ces derniers nous procurent du savoir sans que nous n'ayons d'efforts particuliers à fournir, car les sensations s'expliquent avant tout par un mécanisme physique face auquel nous sommes passifs.

La théorie s’opposerait ainsi à l’expérience au sens où on n’aurait pas besoin, pour les rationalistes, d’avoir recours à l’expérience sensible pour connaître. Pire encore, un tel détour nous opposerait ni plus ni moins qu’à la bonne conduite de la connaissance. 

La théorie signifie étymologiquement la contemplation (et vient même de base du mot “theo” qui signifie “dieu” !), elle est donc abstraction avant toute chose, pure, c’est-à-dire absolument détachée de tout sensible, de toute expérience, par définition.

REPÈRE. Le terme “pur” signifie détaché de toute expérience sensible, abstrait, théorique.

B. Problématique

Théorie et expérience ? Théorie ou expérience ? Voilà le débat qui fait rage depuis des siècles ! Qui a raison ? Qui a tort ? Laquelle de l’expérience et de la théorie détient la suprématie en matière de connaissance ?

 S'il paraît évident, par leur fonction de mise en contact entre nous et le monde, entre notre esprit qui pense et raisonne, et ce qui nous entoure, que les sens jouent un rôle majeur quant aux informations qu'ils semblent ainsi nous transmettre, est-ce que ces informations peuvent être qualifiées de connaissances, ou ne faudrait-il pas autre chose pour qu'elles le deviennent ? 

Autrement dit, les sens seuls peuvent-ils nous fournir nos connaissances, aussi variées soient-elles, ou n'ont-ils pas besoin du recours de la raison, notre faculté intellectuelle, la théorie, donc pour que les informations qu'ils nous transmettent deviennent des connaissances à proprement parler ?

REPÈRE. L’expérience est le contraire de la théorie, elle a une dimension pratique et concrète. En philosophie, on appelle “empirisme” le courant de pensée qui place l’expérience et les sens au fondement et au cœur du processus de connaissance, au contraire du “rationalisme” pour qui l’expérience n’a rien à faire dans la connaissance, entièrement théorique.

I. D’APPARENCE, L’EXPÉRIENCE L’EMPORTE SUR LA THÉORIE, LES SENS SEMBLANT SUFFISANTS POUR FOURNIR NOS CONNAISSANCES

A. Les premières connaissances et les connaissances pratiques viennent des sens, donc de l’expérience

Nos premières connaissances nous proviennent des sens. Prenons l'exemple du nouveau–né qui est confronté très rapidement au réel par la vue, le toucher, le goût, l'ouïe et l'odorat.

D'ailleurs, la toute première connaissance que le bébé a de son corps, à savoir les délimitations de ce dernier (ce qui est lui, et ce qui n'est pas lui) proviennent des caresses incessantes de la maman, donc du sens du toucher. À ce stade de son évolution, il est impossible pour le bébé d'assimiler des savoirs sans utiliser ses sens.

Et cela se poursuit même dans son enfance, par cette connaissance que l'on appelle connaissance par immersion ou participation, qui a trait au savoir-vivre, et où, par imitation, l'enfant apprend des choses essentielles à la vie en communauté, ayant trait à sa culture, comme la manière de manger, de se tenir en société, de parler aux personnes alentours, et même d'aimer. 

L'imitation se fait alors par la vue (comment se comporter ?), par l'ouïe (comment parler poliment ?), etc. Et ce type de connaissance n'est pas des moindres, puisqu'il s'agit comme nous le disions auparavant de toutes les règles ayant trait au savoir-vivre en société. Ici l’expérience prend le pas sur la théorie.

B. Que les connaissances théoriques proviennent aussi des sens, et de l’expérience !

En plus de ces connaissances que l'on peut qualifier de pratiques (qui règlent notre comportement et nos actions), il semblerait que même les connaissances théoriques trouvent leur source dans les sens, dans l’expérience. C'est notamment la position de l'empirisme, doctrine selon laquelle la connaissance tire son origine des sens, des sensations et de l’expérience sensible. 

Ainsi, Hume, un des pères fondateurs de l’empirisme, explique que l'on atteint des connaissances sur les choses par l'habitude.  Qu'est-ce que l'habitude ? C'est, pour le sujet, le fait de voir se répéter constamment des phénomènes, de relever leur répétition, ou de voir succéder toujours aux mêmes causes les mêmes effets. 

Ce qui, pour Hume, fonde une connaissance par probabilité : de la répétition ou de la succession on en tire une vérité.   C'est pourquoi, Hume explique, dans l'Enquête sur l'entendement humain (section IV, partie 1) que « le soleil se lève chaque matin » est une vérité (une connaissance probable) parce qu'on l'a toujours vu se lever et que, par conséquent, on ne voit pas pourquoi il ne se lèverait pas demain.

C.Que les conditions de la connaissance dépendent de l’expérience

Il semblerait même, qu'au-delà des strictes connaissances, qu'elles soient pratiques (comme la connaissance par immersion) ou théoriques (comme les connaissances probables), c'est aussi au niveau des conditions de possibilité de la connaissance, de ce que Kant dans la Critique de la raison pure appelle la connaissance transcendantale, que les sens interviennent et jouent même un rôle fondamental. 

En effet, nous ne pourrions prétendre connaître en dehors de l'expérience sensible, en dehors de ce que l’on appréhende dans la réalité. Kant, à cet égard, distingue l'acte de penser de celui de connaître. La connaissance pour lui est une activité de l'esprit qui raisonne en se réglant sur l'expérience sensible qu'il se fait d'un objet extérieur à lui, mais si l'activité de l'esprit qui raisonne se fait à l'intérieur de lui-même, hors des sens et sans lien avec eux, alors il n'y a plus connaissance mais pensée. 

Ainsi, on ne peut prétendre avoir une connaissance quant à l'immortalité de l'âme ou non, puisque cette dernière, comme le monde et Dieu selon Kant, ne peuvent être objets d'une expérience sensible. Donc :

  • Penser : activité de l’esprit qui raisonne, qui enchaîne les représentations et les idées, mais à l’intérieur de lui-même. On peut penser un objet qui n’est que possible et qui n’a pas de réalité objective, comme Dieu, ou l’âme, ou le monde ;
  • Connaître : activité de l’esprit qui raisonne en se réglant sur l’expérience sensible qu’il se fait d’un objet extérieur à lui. On ne peut pas connaître un objet dont on n’est pas susceptible de faire l’expérience, comme Dieu, ou l’âme, ou le monde.

REPÈRE. Penser n’est pas connaître, on peut penser un objet qui ne soit pas réel ni concret, détaché donc de l’expérience ; par contre il est impossible de connaître un objet hors expérience.

Aussi, tant au niveau théorique, que pratique, ou transcendantal, il semblerait bien que les sens soient suffisants pour nous fournir toutes nos connaissances. La connaissance ne peut se tenir dans la seule théorie, cette dernière trouve son fondement dans l’expérience.

II. LA CARACTÈRE DOUBLE DE LA CONNAISSANCE ET LA NÉCESSAIRE MÉDIATION INTELLECTUELLE – THÉORIE ET EXPÉRIENCE ENSEMBLE

Mais, à y regarder de plus près, cela signifie-t-il réellement que les sens sont suffisants pour nos connaissances, et qui plus est pour toutes nos connaissances ? Les sens seuls peuvent-ils créer de la connaissance ? C'est sur ce questionnement que nous allons nous pencher dans ce deuxième temps de notre réflexion et nous verrons que la connaissance ne se réduit pas à l’expérience, elle est un jeu, une alliance, entre théorie et expérience.

A. N’y a-t-il pas un domaine scientifique dont la rigueur repose sur une cohérence interne du discours et non sur l’expérience sensible ? Le cas des mathématiques, théorie pure

Déjà, n'y a-t-il pas une science, une connaissance, qui ne serait pas liée aux sens et qui donc mettrait fin à l'idée selon laquelle nos sens nous fourniraient toutes nos connaissances ? Les mathématiques ne seraient-ils pas cette science pure, étrangère à l'expérience sensible ? Leibniz défend cette idée, et voit en cette science quelque chose de purement rationnelle, envers laquelle les sens ne peuvent pas grand-chose. 

Pourquoi ? Il le dit dans la Préface des Nouveaux Essais sur l'entendement humain : les sens peuvent bien nous fournir des exemples mathématiques, mais ces derniers n'ont rien à voir avec la connaissance mathématique même, ils ne font que l'illustrer, et en fournir des vérités seulement particulières, qui ne sont pas de vraies connaissances parce qu'il leur manque la nécessité et l'universalité. 

Et Leibniz d'aller plus loin : la nécessité et l'universalité, seul l'esprit peut les engendrer, à partir de ce qu'il appelle les idées innées. « L'esprit ne prend les vérités nécessaires que chez soi », écrit-il. Dans le cas des certaines sciences, abstraites comme les mathématiques, la théorie pure suffit, au détriment de l’expérience. Les sens, donc l’expérience, sont parfois absents de certains domaines de la connaissance.

B. Les sens seuls ne peuvent distinguer ce qui est illusoire et ce qui est fiable dans l’expérience – La théorie, par l’intellect, doit s’allier à l’expérience pour assurer l’ensemble

Pour ce qui est des autres connaissances, pas forcément purement rationnelles, il semblerait que les sens seuls ne suffisent pas, voire qu'ils ne soient pas fiables seuls. Si l'on suit l'exemple du morceau de cire de Descartes (Méditations métaphysiques, II), il apparaît que les sens ne sont pas capables de reconnaître un même objet dans des états différents, comme le morceau de cire à l'état solide (ayant donc tel aspect, telle couleur, telle forme) et le morceau de cire à l'état liquide qui aurait fondu près d'une flamme ou d'une source de chaleur. 

Pourquoi cette incapacité des sens ? Parce que les strictes qualités sensibles de ce morceau de cire, dans deux états différents, ne sont pas les mêmes : aspect dur/aspect mou, odeur plus forte en l'état liquide, jaune plus intense à l'état solide, pas le même volume, etc. Seuls, les sens ne peuvent pas distinguer le morceau de cire. Ils ne peuvent pas le reconnaître, preuve qu'ils ne peuvent pas le connaître. 

Pour Descartes, les sens alors ne sont pas fiables, il explique ainsi que c'est l'entendement, l’esprit, qui distingue ce que les sens nous donnent à voir, qui donc reconnaît – et connaît - ce même morceau de cire malgré le changement qui le métamorphose.  Les sens nous fournissent des vérités seulement particulières qui ne sont pas de vraies connaissances parce qu'il leur manque nécessité et universalité, que seul l'esprit peut engendrer à partir d'idées innées. Les sens ne nous fournissent que des exemples, et par suite seulement des vérités particulières.

C. Les vérités particulières n’ont pas la nécessité et l’universalité des connaissances – La théorie a la suprématie de l’expérience

Ces vérités particulières ne peuvent pas être comprises comme de véritables connaissances, puisque leur particularité même les empêche d'accéder à la nécessité et l'universalité, conditions de possibilité des connaissances vraies, dont il apparaît que seul l'esprit peut les engendrer. Pourquoi ? 

Parce que jamais l'expérience ne pourra fournir l'universel et le nécessaire puisque ces derniers ne peuvent jamais être objets d'expérience. Et pourquoi ils ne sauraient être objets d'expérience ? Parce qu'universalité et nécessité n'ayant de sens que par rapport à un tout, elles ne peuvent pas faire l'objet d'une expérience particulière. 

Ainsi, l'on peut être tenté de croire qu'une observation répétée même un très grand nombre de fois peut conduire à détecter une quelconque nécessité entre des éléments. Mais ce n'est pas le cas. En effet, il n'est pas du tout sûr, du simple fait que cela se répète un certain nombre de fois, et même beaucoup de fois, qu'il en sera toujours ainsi. 

Et quand bien même ! Si je peux observer d'une répétition qu'elle est constante, je n'en verrai pas la nécessité si je ne sais dire pourquoi il y a répétition constante. Or, la nécessité ou la cause est précisément ce qui répond à la question du pourquoi. 

Autrement dit, je peux voir mille fois que l'eau bout à 90°C, mais je ne peux pas simplement conclure de cela comme le font les empiristes qu'il s'agit là d'une vérité générale. Je n'atteins de connaissance véritable à ce sujet qu'en sachant la cause qui faut que l'eau bout à 90°C.

D. Certaines réalités sensibles sont inaccessibles aux seuls sens, là encore, pas d’expérience sans théorie

Il y a même des choses que les sens par eux-mêmes ne sont pas capables d’atteindre et dont l’idée même ne peut être fournie entièrement par eux. C’est le cas de l’infiniment petit ou de l’infiniment grand, qui ne peuvent être objets d’une expérience sensible car ils ne correspondent pas aux conditions de fonctionnement et de réglages de nos sens. 

Ils surpassent les conditions de notre expérience possible ! L’infiniment petit, l’infiniment grand, par exemple l’univers tout entier, il ne peut être l’objet d’une expérience sensible. C’est une idée à laquelle on peut penser, et non l’objet d’une connaissance objective.

Leibniz donne un excellent exemple des sens qui sont dépassés via ce qu’il appelle les petites perceptions, dans sa Préface aux Nouveaux essais sur l’entendement humain : « Il y a mille marques qui font juger qu'il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais des changements dans l'âme dont nous ne nous apercevons pas, parce que les impressions sont trop petites et en trop grand nombre ou trop unies, en sorte qu'elle n'ont rien d'assez distinguant à part, mais jointes à d'autres, elles ne laissent pas de faire leur effet et de se faire sentir au moins confusément dans l'assemblage.(...) 

Et pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, j'ai coutume de me servir de l'exemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on est sur le rivage. 

Pour entendre ce bruit comme l'on fait, il faut bien que l'on entende les parties qui composent ce tout, c'est-à-dire les bruits de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l'assemblage confus de tous les autres ensemble, c'est-à-dire dans ce mugissement même, et ne se remarquerait pas si cette vague qui le fait était seule. 

Car il faut qu'on en soit affecté un peu par le mouvement de cette vague et qu'on ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelques petits qu'ils soient ; autrement on n'aurait pas celle de cent mille vagues car cent mille rien ne saurait faire quelque chose ». Ce que montre ici Leibniz c’est que l’infiniment petit, par exemple le bruit des gouttelettes dans la mer, on ne l’appréhende pas distinctement mais confusément, sur une sorte de bruit de fond continu. 

Nos sens ne sont pas suffisamment précis et puissants pour cela. Preuve là encore que c’est un subtil dosage entre l’expérience (les sens) et l’esprit, qui amène à la connaissance.

REPÈRE. Les petites perceptions sont un exemple théorisé par Leibniz pour montrer que les sens ne nous donnent pas accès à tout ce qui nous entoure. Nous n’avons par exemple pas du tout accès aux toutes petites perceptions que nous n’appréhendons que de manière confuse dans un ensemble plus grand.

E. La connaissance comme expérience avec médiation théorique – L’alliance des deux

Toute connaissance digne de ce nom nécessite ainsi la rencontre et la synthèse de ce que les sens nous fournissent et de ce que l’intellect nous fournit (la mise en forme et en ordre des infirmations par les idées, les concepts, etc.), entre l’expérience et la théorie. La connaissance c’est donc de l’expérience + une médiation intellectuelle.

REPÈRE. La connaissance serait donc à comprendre comme un entre-deux, une médiation des sens et de l’esprit, de l’expérience et de la théorie.

Si nos sens ne sont pas suffisants pour nous fournir toutes nos connaissances, ont-ils pour autant un rôle très amoindri en matière de connaissances ? Soutenir cela serait négliger tout ce que nous avons vu dans la première partie de notre enquête, nier qu'ils sont aptes à nous fournir certaines connaissances fondamentales (par immersion, par exemple). Mais pourtant, ils ne suffisent pas. Quel est donc leur rôle au sein de la connaissance ? S'ils ne sont pas suffisants, ne sont-ils pas malgré tout nécessaires ?

III. L’EXPÉRIENCE EST NÉCESSAIRE À LA CONNAISSANCE MAIS PAS SUFFISANTE – LE RECOURS À LA THÉORIE DOIT EXISTER

A.  L’expérience comme élan vers la connaissance, appel à la théorie

Prenons un exemple musical, celui de l'alto et du violon qui sont presque indifférenciables par l'ouïe, mais reconnaissables par la vue. Mais la vue, là, n'est pas un simple organe sensible. Si la vue ici distingue l'alto du violon, c'est parce que dans notre raison on a emmagasiné les images de ce que l'on voit, sur lesquelles on a mis un nom, et qui répondent à un concept. 

Et pour aller plus loin et voir jusqu'où va cette nécessité des sens dans la connaissance, nous pouvons évoquer les dires d'un rationaliste comme Leibniz qui explique que même dans une science totalement pure comme les mathématiques, où « les vérités nécessaires ont des principes dont la preuve ne dépend point des exemples, ni par conséquence des témoignages des sens », « sans les sens on ne se serait jamais avisé d'y penser » (Préface aux Nouveaux Essais sur l'entendement humain). 

Qu'est-ce à dire ? Qu'il serait faux et inexact de penser de manière radicale que les sens n'ont plus aucun rôle même dans la connaissance pure. Au contraire, pour Leibniz, les sens ont un rôle d'élan pour penser, en ce qu'ils constituent des occasions par lesquelles les connaissances sont éveillées, des occasions qui guident l'imagination et l'intuition dans la recherche de la vérité, des manières de cultiver l'esprit. 

Le monde sensible est loin d'être inutile quant à la connaissance, il lui est même nécessaire (mais certes insuffisant) : son chatoiement intrigue et par là-même sans cesse élance et éveille la connaissance.

B. La connaissance comme synthèse de l’expérience et de la théorie

Et même, nous l'avons vu avec Kant, si la pensée ne peut être une connaissance, c'est bien parce que cette dernière n'est pas reliée aux sens (Dieu, ou plutôt son idée, ne peut correspondre à une connaissance puisque l'on ne peut pas prendre Dieu pour objet de notre expérience sensible) de sorte qu'elle est un raisonnement creux, « un concept sans intuition est vide » (Critique de la raison pure). 

Mais la connaissance, elle, a besoin, comme condition sine qua none des sens pour constituer un raisonnement valide, mais ces sens-là, tout aussi nécessaires qu'ils sont ne sont pas suffisants : il faut qu'ils soient synthétisés par une quelconque activité de pensée qui les rassemble pour certains et distingue pour d'autres, qui les catégorise dans une fonction bien précise, qui arrive à en tirer des généralités, etc. pour que connaissance advienne : « une intuition sans concept est aveugle », ne peut rien dire, ni connaître, donc. 

La connaissance se fonde sur des idées, des représentations posées comme vraies peut-être construites à partir de sens, mais néanmoins toujours produites par l'esprit.

Ainsi donc, la connaissance apparaît comme une rencontre des sens et de la raison, comme une synthèse véritable des données que les sens fournissent et des idées/représentations/relations/catégories, etc., que la raison construit. Sans les sens, nous n'avons pas de connaissances mais des rêves vagabonds, des pensées sans fondements, qui s'envolent hors des limites de la connaissance. 

Sans faculté intellectuelle, nous aurions juste, avec les données des sens, des sensations ponctuelles, des informations évanescentes, toutes détachées les unes les autres, solitaires car non reliées.

Conclusion

De prime abord, nos sens semblent avoir un rôle fondamental pour nous fournir toutes nos connaissances. Mais, à y regarder plus précisément, on s'aperçoit que seuls, nos sens ne nous fournissent pas toutes ces connaissances : ils ont toujours besoin de l'intervention de la raison, de la théorie. 

Pour autant, les sens n'ont pas un rôle nul ou caduque par rapport à la connaissance : s'ils sont certes insuffisants pour nous fournir toutes nos connaissances, ils se révèlent bel et bien nécessaires.

De ce fait, nous parvenons à une définition de la connaissance ni rationaliste (rôle primordial accordé à la raison ou tout autre faculté intellectuelle, à la théorie), ni empiriste (tout proviendrait des sens et de l'expérience), mais nuancée, celle selon laquelle la connaissance n'est autre que le lieu d'une rencontre et d'un accord entre les sens et nos facultés intellectuelles, entre l’expérience et la théorie.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Lorsque vous dissertez sur un thème qui est censé être aussi concret que l’expérience et abstrait que la théorie, il vous faut absolument être concrets vous-mêmes. N’hésitez donc pas à puiser dans des exemples réalistes (l’eau qui boue, le soleil qui se lève, etc.) et à sans cesse illustrer les limites de l’abstraction pure (la théorie pure serait insensée !).

POUR ALLER PLUS LOIN …

Lire l’exemple de Hume dans Enquête sur l’entendement humain, du soleil qui se lève chaque matin, pour comprendre ce qu’est une connaissance probable chez les empiristes, donc le fondement de la théorie dans la vision empiriste de la connaissance.

 

PROGRAMME COMPLET DE PHILOSOPHIE

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  1. La conscience
  2. L'inconscient
  3. Autrui
  4. Le désir
  5. Le langage
  6. L'art
  7. Le travail et la technique
  8. La religion
  9. L'histoire
  10. La théorie et l'expérience
  11. La démonstration
  12. L'interprétation
  13. La matière et l'esprit
  14. La vérité
  15. La société et les échanges
  16. La justice et le droit
  17. L'Etat
  18. La liberté
  19. Le devoir
  20. Le bonheur (1/2)
  21. Le bonheur (2/2)

 

Fin de l'extrait

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